La question morale, la gangrène de la corruption et la moralisation de la vie politique et de la vie publique au Congo-Brazzaville

Une société humaine, quelle qu’elle soit, est toujours régie par des normes : normes juridiques, normes sociales, normes morales. Les pères fondateurs de la République rêvaient d’institutions fondées sur la vertu, et partant, d’une République immaculée, c’est-à-dire, irréprochable, fondée sur l’intégrité morale, l’obligation de désintéressement, le dévouement à l’intérêt général, l’honnêteté et le respect scrupuleux de la loi. Comme l’écrivait Fred KUPFERMAN dans un article publié en 1984 dans le n° 31 de la Revue Pouvoirs « LaRépublique s’est tracé un devoir moral. Elle exige des citoyens, vertu et engagement. Elle demande à ses magistrats d’être purs, à ses fonctionnaires d’être intègres, inaccessibles aux influences, incorruptibles. Elle engage tous ses serviteurs à exercer un sacerdoce ». On le voit, la République commande une gouvernance vertueuse. Dans une République, les acteurs politiques sont d’abord et avant tout, des militants d’une cause. Le désintéressement est leur principale qualité. Ils sont voués à l’intérêt général et au sacrifice. Ils sont guidés par l’éthique de la conviction ; leur conception de la politique repose sur un idéal moral. Ils entrent en politique pour servir l’intérêt général et non pas pour se servir et servir les intérêts de leurs familles, clans, ethnies ou régions d’appartenance. Les valeurs moralesfont les nations. Au Congo-Brazzaville, à contre-courant de cette tendance générale, beaucoup d’acteurs politiques manquent trop souvent de civisme et sont peu enclins au dévouement à l’intérêt collectif. Ils sont hantés par le goût du pouvoir pour le pouvoir. Ils ne pensent qu’à une chose : le pouvoir, les avantages et les privilèges du pouvoir. Ils n’ont qu’une seule idée en tête : se servir. Ils entrent en politique par souci alimentaire, pour faire carrière ets’enrichir à des fins personnelles. Uniquement préoccupés par la recherche du confort matériel et de l’argent facile, ils sont la proie de tentations auxquelles un très grand nombre d’entre eux cèdent facilement. Ils mangent à tous les râteliers et pratiquent la « politique du ventre ». On assiste à un effondrement de l’intérêt général. Là est la principale cause de l’explosion des comportements déviants dans notre pays. Il faut aussi signaler que denombreux Congolais à la conscience fragile, victimes de la conception vénale de la politique véhiculée par le pouvoir congolais, ont succombé à l’appel de l’argent facile et se laissent entraîner par les eaux nauséabondes de la corruption. En effet, aujourd’hui, le Congo-Brazzaville est plombé par plusieurs maux colossaux dont l’explosion exponentielle des comportements déviants, que par euphémisme, l’Etat/PCT et ses idéologues désignent sous le vocable « d’antivaleurs », ce, pour éviter de parler du cancer de la corruption qui gangrène la société congolaise globale et dont les principaux entrepreneurs et bénéficiaires sont les milieux politiques et économiques. La présente communication se propose, d’une part, de remettre à l’endroit ce que le pouvoir a délibérément mis à l’envers, et d’autre part, d’esquisser une définition de la corruption, décrypter ses effets pervers et suggérer quelques actions prioritaires à mettre en œuvre, pour limiter au maximum la corruption dans notre pays, car, il n’existe pas de degré zéro de la corruption. I- De la définition des concepts de morale et de corruption :1-1 : Du concept de moraleLe sens du concept de morale varie avec les auteurs et leur vision du monde. Cependant, par delà les nuances, la morale peut être définie comme étant, l’ensemble des règles de conduite, des relations sociales, qu’une société se donne et qui varient selon la culture, les croyances, les conditions de vie et les besoins de la société. C’est dire qu’il n’y a pas une morale, mais des morales. A chaque vision du monde, correspond une morale spécifique. En français facile, la morale est l’obligation de faire le bien et l’interdiction de faire le mal. Plus largement, la morale est l’ensemble des obligations qui édictent les bonnes conduites à tenir dans une société donnée, obligations ayant pour but, le bien des membres de cette société. La morale renvoie donc à l’ensemble des règles ou normes dont chaque membre d’une société ou d’un groupe humain doit avoir conscience et a le devoir de respecter, en vue du bon fonctionnement de la société à laquelle il appartient. 1-2 : La corruption : essai de définitionDans les lignes qui précèdent, nous avons indiqué qu’une société humaine est toujours régie par des règles juridiques, des règles sociales et des règles morales. Dans cette optique, la corruption peut être définie comme un écart, c’est-à-dire, une déviance par rapport aux règles qui gouvernent une société. Plus concrètement, la corruption désigne toute situation où des moyens illicites et occultes sont utilisés pour obtenir un résultat que les procédures légales ne garantissent pas. Un acte est considéré comme corrompu, s’il n’est pas conforme aux normes juridiques, sociales et morales en vigueur. En un mot, s’il enfreint la loi. 2 Les voies et moyens de la corruptionLa corruption se manifeste à travers plusieurs voies et moyens dont voici quelques-uns : La fraude fiscale, la fraude douanière, la fraude électorale ; – les détournements des deniers publics ; -l’appropriation personnelle des biens de l’Etat ; – l’enrichissement illicite ; -l’embauche privilégiée par un dirigeant de ses parents proches, des membres de son clan, de son ethnie, de sa région d’appartenance, de ses clients ; – l’utilisation politique ou personnelle d’employés publics ; – le détournement du matériel de l’Etat (véhicules, médicaments des hôpitaux, logements de fonction, terrains non-bâtis de l’Etat) ; – la perception des commissions occultes sur les marchés publics ; – les rétrocommissions versées aux intermédiaires dans les transactions financières ; – le placement des fonds publics dans des comptes privés ; – l’attribution d’adjudications faussées (marchés de gré à gré) ; – la prise illégale d’intérêts ; – le trafic d’influences ; – les factures majorées (surfacturations) ; – les fausses factures ; – les faux frais d’études ; – les faux en écriture publique ; – la falsification de documents ; – l’auto-attribution des marchés publics, d’indemnités et avantages divers dans l’exercice de ses fonctions ; – la distribution d’enveloppes ou de mallettes