LA PAIX EN RDC : Patrick Muwawa et Massad Boulos ont deux visions différentes

LA PAIX EN RDC : Patrick Muwawa et Massad Boulos ont deux visions différentes

TRIBUNE. « Aujourd’hui le président américain Donald Trump a demandé une prière pour la paix au Congo à la Maison Blanche, vous pensez que ça ne représente rien? Vraiment si cet accord n’était pas ce qu’il était, croyez-vous que le président allait autant s’y investir ? » C’est en ces termes élogieux que Patrick Muwawa, le ministre congolais des communications, s’expliquait devant un partenaire des journalistes pour donner crédit au probable Accod de Washington. Cette approche fait montre d’une grande ignorance de la mécanique de la diplomatie américaine. Et voici comment. – Commençons par la fameuse prière présidentielle. Mais quelle prière ? Et à quel Dieu? Puisque ce n’est pas le Dieu de Jesus-Christ qui est l’architecte de la guerre qui déchire le Congo-Kinshasa depuis 1996 mais la politique américaine depuis Bill Clinton jusqu’à ce jour. Les règles mises en place pour le pillage via des proxies africains des richesses rd congolaises, ces règles là n’ont jamais été abrogées. De GW Bush à Trump II, chaque nouveau dirigeant américain arrive à la Maison Blanche avec un narratif qui fait croire aux congolais que les choses ne seront plus comme auparavant mais en réalité rien de substantiel ne change. On modifie le maquillage mais le fond stratégique reste indemne. Pour preuve? En dépit des nombreux accords signés, les congolais continuent à être tués comme des mouches, leurs femmes violées comme des choses et leurs enfants massacrés sans aucune once de pitié. – Sachons-le une fois pour toutes : le président américain ne s’investit pas dans cet accord au nom du bien-être du peuple congolais. Dans la vision globale de la politique de son second mandat « America Great Again », l’objectif principal est d’exploiter le plus rentablement possible, le chaos qu’ils ont organisé partout dans le monde pour pérenniser l’hégémonie américaine mondiale. Et Trump n’y va pas de main morte. En RDC, les clauses de ce probable accord leur rapporterait 50% net de dividendes d’exploitation des ressources minières et le petit 25% concédé au véritable propriétaire ( peuple congolais) et qui pis est, à parité de 25% concédés gracieusement au pays agresseur ( Rwanda), sûrement à titre de récompense pour ses “bons” et loyaux services vis-à-vis du Donneur des ordres. Que conclure??? Trois constats. – Le premier constat : l’approche géopolitique que les dirigeants rd congolais se font du conflit interlacustre accuse beaucoup de déficit. La rage avec laquelle ils s’attaquent au Rwanda et la confiance et soumission quasi aveugles avec lesquelles ils traitent avec Washington les exposent à haïr l’exécutant pour cajoler son commanditaire. Ce qui bien entendu ne pourra rien changer sur le théâtre des opérations militaires à l’Est du Congo. – Entretemps la “diplomatie de jérémiades” maintes fois employée dans des tribunes internationales s’avère inféconde et démontre même à la face du monde l’impuissance d’un pays incapable de s’organiser pour défendre l’intégrité de ses frontières. En réalité les puissances mondiales lisent derrière es sempiternelles plaintes et acccusations, les signaux d’un État faible et failli. Pour cette raison ils trouvent plus de garantie, au nom de leurs intérêts, de traiter avec l’Etat Agresseur car ce dernier répond à leurs critères de puissance impérialiste. L’envoi tout récent par les USA des réfugiés sur le territoire rwandais; l’organisation d’un tournoi international du cyclisme à Kigali cette semaine en cours et le changement de narratif américain sur la guerre en RDC démontrent qui du gouvernement congolais ou rwandais bénéficient de plus de confiance aux yeux du Maître commandeur. – Que personne ne s’étonne de graves tournants qu’est en train de prendre ce projet devenu hypothétique de l’accord de Washington annoncé tambour battant par les officiels congolais mais qu’hier Massad Boulos, l’émissaire du président américain en Afrique, a remis dans ses justes proportions en déclarant : « la guerre qui déchire l’Est du Congo ne peut plus être perçue uniquement comme conflit régional mais comme un conflit INTERCONGOLAIS » . Toujours durant cette interview, le même émissaire va enfoncer le clou en levant certains malentendus diplomatiques. Il a réfuté certaines rumeurs dans le microcosme politique congolais annonçant la tenue d’un sommet à la Maison Blanche entre Tshisekedi et Kagame. Ce qui s’apparente en politique à un grand RECUL DIPLOMATIQUE qui balaie tout espoir misé par le pouvoir congolais sur la tenue de ce sommet en vue de mettre fin au conflit congolais. Ceci dit, le ministre Muyaya doit revoir son optimisme béat et se mettre en tête que pour les Yankees comme pour d’autres pays, seule compte la fructification de leurs propres intérêts vitaux même si pour cela des millions des vies congolaises sont sacrifiées. On l’a dit à maintes reprises et je le répète : Personne d’autre mais alors personne de l’extérieur ne sauvera le Congo en coma avancé sinon les congolais eux-mêmes réunis dans un nouveau contrat social autour d’un même idéal patriotique et d’une nouvelle vision stratégique globale. Par Germain Nzinga