Congo. Ghislain Ondelé met en garde la Sécurité présidentielle : les exécutions sommaires nourrissent la violence et l’impunité

Procéder à des exécutions sommaires n’est pas une solution pour éradiquer l’insécurité liée au phénomène « Bébé Noir » et aux groupes dits Kulunas, affirme l’activiste et défenseur des Droits Ghislain ONDELE KANGA. « C’est un crime qui ne fera qu’alimenter la violence et l’impunité », prévient-il dans un message adressé au directeur général de la Sécurité Présidentielle du Congo. Son message est à retrouver ci-dessous. « Message ouvert au Directeur Général de la Sécurité Présidentielle Monsieur le Directeur Général, Je m’adresse à vous en tant que citoyen préoccupé par la récente opération de lutte contre la délinquance menée dans plusieurs quartiers de Brazzaville. De nombreux témoignages concordants font état d’exécutions sommaires imputées à des éléments de la Garde Républicaine. La situation d’insécurité liée au phénomène « Bébé Noir » et aux groupes dits Kulunas ne date pas d’hier. Elle est le fruit de causes structurelles et profondes où l’État lui-même porte une part de responsabilité. Procéder à des exécutions sommaires n’est pas une solution : c’est un crime qui ne fera qu’alimenter la violence et l’impunité. Il y a de cela une semaine, le Président de la République, M. Denis Sassou Nguesso, a pris la parole lors du 80ᵉ anniversaire de l’ONU, appelant le monde entier à des réformes pour bâtir des États de droit et des environnements propices à une vie digne pour tous. Ces paroles fortes risquent de perdre tout leur impact si, dans le même temps, des pratiques contraires à l’État de droit sont tolérées sur notre propre sol. Ces faits, s’ils sont avérés, constituent une violation grave : de la Constitution de la République du Congo, qui garantit le droit à la vie et à un procès équitable ; des engagements internationaux du Congo, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l’homme. En tenant compte de votre lourde responsabilité à la tête de la DGSP, associer de telles exécutions à votre image contribuera inévitablement au dénigrement de la personne du Président de la République, M. Denis Sassou Nguesso, et fragilisera l’autorité morale du Chef de l’État. Je vous exhorte, dans l’exercice de votre haute responsabilité, à : 1. Mettre fin immédiatement à tout usage de la force létale hors des strictes conditions de légitime défense. 2. Ordonner une enquête indépendante sur les exécutions signalées et traduire en justice tout auteur, quel que soit son grade. 3. Réaffirmer publiquement l’engagement de votre service au respect de la Constitution et des droits humains. La stabilité d’un pays se mesure à la force de son droit, non à la peur qu’il inspire. L’Histoire retiendra les choix faits aujourd’hui. Veuillez recevoir, Monsieur le Directeur Général, l’expression d’un citoyen déterminé à défendre la dignité et la vie de chaque Congolais. Respectueusement, Ghislain ONDELE KANGA Entrepreneur Social | Auteur | Mentor | Formateur | Coach en Leadership I Autodidacte & Multipotentiel | Activiste & Défenseur des Droits. Diplômé de la Grande Université de la Vie. »
La condamnation des Kulunas en RDC : ce qui reste à faire …

Depuis le lancement des opérations « Zéro Kuluna » et « Ndobo », initiées respectivement par les ministères de la Justice et de l’intérieur pour lutter contre la criminalité dans les grandes villes de la RDC, plus de 100 bandits urbains ont déjà été jugés et condamnés à mort. Ces derniers ont ensuite été transférés dans des prisons de haute sécurité, loin de leurs lieux d’arrestation, pour l’exécution de la peine, conformément aux lois congolaises. Tout en gardant les réserves sur la levée du moratoire sur l’exécution de la peine de mort dans un pays qui se dit signataire du traité de Rome, je crois dur comme fer que cette mesure de Constant Mutamba ne résoudra guère la problématique du banditisme urbain dans sa substance. Disons-nous la vérité : les kulunas sont le reflet de ce qu’est devenu notre pays. Ils sont le miroir de notre conscience collective qui a perdu le sens de dignité humaine et s’est rendue prête à tailler à la machette n’importe quel corps humain en face comme on le ferait d’un animal. En RDC, en effet, on peut te tuer sans motif par une meute des bandits qui circulent dans la rue et qui croise ton chemin. En RD Congo la vie humaine a perdu de respect et dignité. Et ce déficit de considération n’est pas seulement dévolu aux enfants kulunas. Ce qui se raconte sur des empoisonnements très largement répandus ou des sacrifices humains à caractère magique nous fait comprendre que la question est plus grave et complexe qu’on ne le pense. Les 102 kulunas envoyés tout récemment à la prison de haute sécurité d’Angenga sont les résultats tangibles du pourrissement d’un peuple qui atteint son paroxysme. Ils sont la preuve manifeste de l’échec de notre société qui n’a pas su donner un rêve à nos enfants issus des familles misérables et privés de perspectives d’avenir pour la simple raison que depuis 1965, ceux qui siègent au pouvoir et dans l’opposition politique se caractérisent par une gouvernance défaillante et cleptomane qui pensent plus à leur ventre qu’aux intérêts supérieurs de l’Etat. “Nous allons afficher de la fermeté contre les kuluna qui seront arrêtés et mis à la disposition de la justice, car ils sèment morts et désolation dans la société”, a affirmé Monsieur le Ministre de Justice. Pourtant ceux qui suivent de très près l’évolution de la situation sociopolitique actuelle du Congo-Kinshasa se mettront d’accord avec moi sur le fait que les kulunas qu’on voit avec les machettes à la main dans les rues urbaines congolaises ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Ils sont là conséquence directe d’un autre banditisme ADULTE de notre classe dirigeante, de ces KULUNAS EN CRAVATE qui écument les bureaux de l’Etat depuis les ministères jusqu’au bas de l’administration publique et qui ont érigé une gouvernance vorace et corrompue qui asphyxie complètement la possibilité d’un vivre-ensemble décent dans ce pays. À la tête d’un pays si riche, ces kulunas en cravate ont réussi à paupériser cent millions de congolais et de faire de la RDC une prison à ciel ouverte, un enfer journalier où la population brûle sous le feu de misère atroce. Conclusion : nous ne pourrons jamais résoudre la question sensible des enfants kulunas aussi longtemps que les causes profondes de ce phénomène social ne sont pas éradiquées. C’est le cas de dire de mon pays qu’ici “ les pères ont mangé les raisins et les dents des enfants sont agacées.” Tant que ceux qui gèrent une parcelle de pouvoir en RDC continueront à agir en kuluna, c’est-à-dire en des mandataires de l’Etat impunis mais dont les faits et gestes relèvent du banditisme à l’âge adulte, les plus jeunes suivront ce minable modèle de voyoucratie et de destruction de la part des gestionnaires de l’état. Le pays a pourri par la tête et c’est donc à ce niveau supérieur qu’il faudra opérer une thérapie de choc, Excellence monsieur le Ministre de Justice. Employez-vous à éradiquer ces kuluna si nombreux au haut sommet de l’Etat et par voie de conséquence, ces enfants de gangs urbains reviendront à l’ordre social normal. Il faut user du pouvoir qui est le vôtre pour éradiquer et les causes et les effets de ce sinistre phénomène, faute de quoi le contraire n’amènera à rien de DURABLEMENT efficace. Car dans cette misère indescriptible du peuple congolais marquée par la loi de la jungle, un kuluna arrêté et condamné à mort suscite deux autres kulunas dans la rue. Germain Nzinga