KOUKA Célestin : l’héritage d’un géant de la musique congolaise

KOUKA Célestin : l’héritage d’un géant de la musique congolaise

Notre amour sans fin pour cet artiste à la vie exemplaire, mérite davantage un vibrant hommage à l’homme et à la star, dont les mélodies ne cesseront jamais de résonner. Au fil de sa carrière, Célestin a toujours su innover. Dans une musique aux acteurs férus de pseudonymes, où ténors, contre-ténors et guitaristes (particulièrement les solistes) occupaient les feux de la rampe, s’en détachaient un prénom et une deuxième voix: Célestin. Tout le mérite d’un talent en cette époque des chanteurs à voix. Bien plus tard seulement, le grand public lui attribuera le diminutif Célio, pour épouser l’air du temps, puis Yâ KOUKA, tout en tradition et en déférence, soulignant ainsi le caractère affable, courtois et réservé d’une icône respectable. Toutefois, envers et contre tout, il reste pour le mélomane lambda, KOUKA Célestin, tout simplement. Il a fonctionné en cherchant toujours le talent. KOUKA Célestin a su se distinguer des voix harmoniques de la musique congolaise par son timbre de voix grave et racé, un brin rauque, à l’exécution raffinée et assurée. L’usage subtil de bémols et de demi-tons aux entournures d’une chute de phrase fut sa marque de fabrique, tout autant qu’il excellait dans la voix dissonante, si prisée dans la musique afro-cubaine et qu’il fut seul à pratiquer. En effet, tel un funambule sur son fil, cette technique exige une maîtrise parfaite de l’art du chant, tant la limite à se retrouver hors gamme ne tient à un rien du tout. KOUKA Célestin est un chanteur très technique. Outre le chant proprement dit, l’on ne saurait s’empêcher de souligner sa prestance au micro. Pausé, sourire en coin récurrent derrière son micro, KOUKA Célestin affichait la classe et l’élégance propres aux chanteurs de charme. Charismatique, il transmettait l’envie de chanter à celui qui le regardait. KOUKA Célestin respirait la musique! Au niveau de l’image, il était aussi un compositeur, et un auteur génial. Le baryton le plus célèbre de la musique congolaise fut également l’un de ses meilleurs compositeurs. Avec LUTUMBA Simaro et Gilbert YOULOU MABIALA, il constitue le cercle très restreint d’auteurs à succès des deux rives ne comptant pas de déchets à leur actif. Point de scories ni navets dans la discographie abondante de KOUKA Célestin. Ce détail valait la peine d’être souligné. Des chansons aux lignes apurées, dans des thèmes divers et variés : l’amour, la passion, la déception, le comique, la mort, la séparation, le voyage, le patriotisme etc… Mélodiste impénitent et puriste de la syntaxe lingala, ses chansons sont de subtiles combinaisons d’harmonies, dans un empilement « vertical » de notes qui s’entrecroisent telles des fils sur la trame d’un métier à tisser. Rien que des chansons éclectiques liée à une identité : le beau. C’est en cela qu’elles étaient reconnaissables à la première écoute parmi d’autres. C’est un aiguillon qui vient de nous quitter, un fou de musique ou « alanga nzembo » d’essence pure, un géant de la musique congolaise : KOUKA Célestin.

Musique. Kouka Célestin «Célio», porté en terre au cimetière ‘’Ma Campagne’’

Musique. Kouka Célestin «Célio», porté en terre au cimetière ‘’Ma Campagne’’

Décédé à l’âge de 81 ans, l’une des icônes de la musique congolaise, Kouka Célestin « Ya Célio», a été porté en terre le samedi 3 septembre 2016 à Brazzaville, au cimetière Ma campagne. Une veillée mortuaire digne du rang de cet homme a eu lieu au Cercle culturel Sony Labou Tansi, là où, au milieu des années 50, il avait fait ses premiers pas comme artiste-musicien dans l’orchestre Cercul-Jazz naissant. Pour l’impresario de l’orchestre le Peuple, Charles Bouétoum, qui l’a connu dans l’orchestre «CEPAKOS», ya Célio, comme tous les artistes de son rang, demeurera ad vitam aeternam dans les cœurs de milliers de mélomanes des deux Congo par ses œuvres remarquables, son parcours singulier, de l’OK Jazz à l’orchestre Bantous et l’orchestre le Peuple, dont il a été co-fondateur. A cette veillée, les prestations de son orchestre, Les Bantous de la Capitale et de Kimbolo Clotaire Douley ont réveillé des souvenirs. Son fidèle compagnon Edo, 83 ans, le dernier co-fondateur en vie de ce patrimoine culturel du Congo et de toute l’Afrique, Les Bantous de la capitale, était présent, totalement éploré. De l’autre côté du fleuve, sont arrivés, Verkys Kiamuangana Matéta, Jeannot Bobenga et le poète Lutumba Simaro qui a déclaré que Ya Célio a été son modèle de source d’inspiration. Avant de prendre la direction du cimetière, le De Cujus a eu droit à la reconnaissance de la république au Palais des congrès de Brazzaville où le ministre d’Etat Henri Djombo a déposé une gerbe de fleurs et s’est incliné au nom du Premier ministre. Ya Célio a été décoré à titre posthume. L’oraison funèbre a été lue par le ministre de la culture et des arts, Léonidas Mottom Mamoni. Une note déplorable a été notée par le poète Lutumba Simaro qui a fait remarquer le manque de jeunes à cette cérémonie.