RDC-Rwanda : voici pourquoi Tshisedi n’a pas mis à l’exécution ses menaces d’attaquer le Rwanda

PARLONS-EN. J’ai toujours dit que la politique est un jeu dans lequel les émotifs ne sont ni qualifiés, ni conviés. La politique exige trois qualités essentielles : la lucidité, le pragmatisme, et la conscience du rapport de force dans un monde réparti en zones d’influences des supers puissances. Pendant la dernière campagne présidentielle, le président Félix Tshisekedi, candidat à sa propre succession avait déclaré lors d’une émission télévisée sur Top Congo FM ce qui suit : « à la moindre escarmouche du Rwanda, s’il tirait ne serait ce qu’une seule balle dans le Kivu, il réunira les deux chambres du parlement et bombardera le Rwanda. » Cette déclaration à elle seule avait déjà fait l’effet d’une bombe dans l’opinion congolaise aussi bien dans l’opinion rwandaise, si bien que le président Kagamé était obligé de tenir un point de presse à Kigali pour rassurer son peuple qu’il ne risquait aucun danger, tout en s’engageant dans une diatribe habituelle contre Tshisekedi. L’assaut des unités spéciales rwandaises en appui aux M23 à Bunagana et la prise de Goma et Bukavu a été un choc national qui a donné l’impression aux congolais que les déclarations du président Tshisekedi sur Top Congo FM ne reposaient sur aucune certitude, plongeant ainsi la population dans une déception et un désespoir total, quant à la capacité des FARDC de les défendre face à l’invasion Rwandaise, via ses supplétifs M23 qui avancent inexorablement. Depuis lors, l’expression » à la moindre escarmouche » est devenue péjorative dans certains milieux congolais pour railler « l’inefficacité » du président Tshisekedi qui pourtant avait promis avec beaucoup de conviction qu’il bombarderait le Rwanda. Alors, la question reste de savoir pourquoi le président Félix Tshisekedi n’a pas réuni les deux chambres du parlement pour larguer les bombes au Rwanda ? A entendre le président, ce n’est pas la logistique qui fait défaut à la RDC. Depuis le Kivu les missiles de la RDC peuvent atteindre Kigali. Mais pourquoi ne l’a t’il pas fait ? La vraie réalité est que, du point de vue stratégique et militaire, la RDC est de loin supérieure au Rwanda. Cela pourrait faire sourire plus d’un lecteur mais c’est ainsi. Jusqu’au moment où cet article est en train d’être écrit, la RDC malgré les revers sur le champ de bataille, reste paradoxalement la 8e puissance militaire d’Afrique selon l’institut américain Global FirePower index 2025, 66e puissance au monde sur 145 pays listés. tandis que l’armée Rwandaise n’est même pas dans le classement du Top 20 des puissances militaires en Afrique. En revanche, l’armée Rwandaise contrairement à la RDC, a des troupes mieux formés et disciplinées, sous un commandement qualifié et bien organisé, ce qui fait défaut à la RDC qui a des troupes facilement corruptibles. Cependant, le fait d’avoir les troupes disciplinées n’est pas un élément suffisant pour être classé comme une puissance militaire. Il y a plusieurs paramètres qui entrent en ligne de compte. La RDC a une profondeur stratégique que le Rwanda n’a pas. Le Rwanda est un micro État enclavé et densément peuplé. En cas d’une guerre directe avec la RDC, le Rwanda aura du mal à établir une ligne de front sur son territoire sans sacrifier sa population et ses infrastructures critiques. Si Tshisekedi avait mis à l’exécution sa menace en bombardant le Rwanda avant la chute de Goma il y aurait eu hécatombe au Rwanda. Car la RDC et ses alliés le Burundi et la Tanzanie encerclent le Rwanda. Sans profondeur stratégique, il est impossible que le Rwanda puisse tenir une semaine dans un affrontement de haute intensité sans capituler ou être décapité. Mais pourquoi Tshisekedi n’a pas frappé le Rwanda ? Les raisons ne sont pas militaires mais géopolitiques. Tshisekedi après sa sortie médiatique fracassante sur Top Congo FM avait eu beaucoup de pressions venant des bailleurs de fonds du Rwanda, (ceux qui ont des intérêts au Rwanda) mais aussi de ses propres alliés. Le Rwanda a pour soutiens les pays de l’OTAN (USA, Europe). Peu importe la petitesse de votre État, même si vous n’êtes qu’une citadelle, le fait d’être un allié stratégique des pays de l’OTAN, les gens réfléchiront à deux fois avant de vous attaquer. C’est le cas du Rwanda. Ce n’était pas par faiblesse que l’Afrique du Sud a eu du mal à attaquer le Rwanda après l’assassinat de plus d’une dizaine des soldats sud-africains par les forces spéciales rwandaises à Goma, un acte considéré comme une déclaration de guerre par Pretoria. Mais, l’Afrique du Sud n’a pas réagi simplement pour ne pas attirer les foudres de pays de l’OTAN qui ont des intérêts stratégiques au Rwanda. À titre d’exemple, le cas de la Chine avec Taïwan une petite île. La Chine est tout à fait capable d’envahir et d’annexer le Taïwan en deux jours, mais la lucidité chinoise sur les enjeux géopolitiques mondiaux sur la question du Taïwan fait temporiser la Chine jusqu’à ce que le rapport de force joue en sa faveur, car le Taïwan bien qu’une petite île, est un partenaire stratégique de la première puissance militaire du monde. Les alliés de Tshisekedi : Lourenço, Ndayishimiye, Ramaphosa, et autres ont certainement dissuadé Tshisekedi de mettre à exécution ses menaces ce qui aurait pu être une erreur stratégique lourde de conséquence. La cause de la RDC allait être diluée sur la scène internationale si la RDC avait bombardé Kigali. Ça aurait été un alibi rêvé pour les multinationales qui profitent de cette guerre absurde pour soutenir ouvertement le Rwanda en armes et renseignements en utilisant des prétextes tels que: « Deuxième Génocide, » « Crime contre l’humanité, » « petit pays vulnérable, » « épuration ethnique, » etc. L’approche de Tshisekedi d’aller négocier avec Washington n’a pas été un fait d’ hasard. Cela a été certainement après concertation avec ses alliés. C’est ce qui aboutit à l’accord de Washington qui ôte au Rwanda le rôle du négociant principal des mines du Kivu. Beaucoup des chefs d’états en concouru aux côtés de Tshisekedi pour l’aboutissement de cette accord qui garantit à la RDC sa souveraineté et sa sécurité. Deux facteurs
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