Des intervenants suisses mettent en exergue l’importance du Maroc pour le SIFEM

L’investissement d’impact connaît depuis quelques années un essor remarquable dans bien de pays pauvres et émergents. Et malgré la crise de la Covid-19, qui réduit les capacités d’échanger et isole les économies et les entrepreneurs, il poursuit sur sa lancée. L’investissement d’impact, qui exige une incidence sociale et environnementale positive et une bonne gouvernance, était au centre d’une conférence tenue récemment à l’Académie du Royaume du Maroc à Rabat et placée sous le thème «L’investissement d’impact poursuit son action dans la crise». S’inscrivant dans le cadre des célébrations du centenaire de la présence diplomatique de la Suisse au Maroc, cette rencontre était organisée par l’Académie du Royaume du Maroc, en partenariat avec l’Académie Hassan II des sciences et techniques et l’ambassade de Suisse à Rabat. L’occasion pour l’ambassadeur de Suisse au Maroc, Guillaume Scheurer, de souligner le rôle du Fonds d’investissement suisse pour les marchés émergents (SIFEM) pour des économies émergentes comme le Maroc. Profitant de l’occasion de son intervention, il a ainsi déclaré que «le SIFEM effectue d’importants investissements qui, outre leur dimension financière, incluent une valeur ajoutée supplémentaire : des transferts de savoir-faire et d’assistance technique aux gestionnaires de fonds et aux entreprises du portefeuille». Le diplomate suisse a également indiqué que «ce savoir-faire se retrouve ensuite directement dans les petites et moyennes entreprises locales à haut potentiel» qui, en l’exploitant, peuvent alors participer durablement à la croissance et à l’économie nationale.Pour le premier citoyen suisse du Maroc, le SIFEM est un outil crucial qui permet à son pays de «jouer pleinement son rôle d’acteur responsable au service du développement durable, qu’il soit économique, financier, scientifique ou sociétal», a-t-il relevé dans son allocution de circonstance. Comme le suggère le thème de la conférence, animée par Jörg Frieden, président du Conseil d’administration du SIFEM, la crise actuelle n’a pas empêché l’investissement d’impact de poursuivre son action. C’est notamment vrai pour le Maroc où le Fonds helvétique s’est engagé dans le capital de 16 entreprises à travers un partenaire local, AfricInvest. Il faut dire que le Maroc est un pays important pour le SIFEM. «Un pays dans lequel nous avons le plus d’engagements», a affirmé l’ancien ambassadeur de Suisse au Népal (et par ailleurs délégué international d’Helvetas Swiss intercooperation depuis 2018) soulignant que le modèle du Fonds suisse consiste à prendre des prises de participation sur 6, 7 ou 8 ans et parfois plus. Avant de les vendre plus tard, «lorsque les entreprises auront acquis de la valeur», a expliqué le conférencier estimant ainsi que «nous sommes de vrais partenaires de la croissance». Evaluant les activités du Fonds en Afrique du Nord au cours des dix dernières années, Jörg Frieden a d’emblée indiqué qu’il existe des opérateurs sérieux et engagés dans les pays en développement qui obtiennent d’excellents «résultats tout en respectant des critères environnementaux et sociaux de haut standing». Le problème, c’est que «la perception du risque dans nos marchés financiers n’inclut pas cette vérité et c’est peut-être pourquoi il est l’un des résultats les plus importants à transmettre aux partenaires qui disposent de milliards de fonds qui pourraient s’engager au moins un peu», a-t-il poursuivi. Prenant le cas du Maroc, Jörg Frieden a annoncé qu’e le premier groupe d’entreprises marocaines dans lesquelles le SIFEM a investi il y a de cela 15 ans, «avant de se dégager par la suite se porte bien». Par ailleurs, «il est important de savoir que certaines entreprises de l’Afrique du Nord dans lesquelles nous investissons contribuent au développement de l’Afrique subsaharienne par leurs activités», a-t-il fait savoir. En ce qui concerne les impacts de la pandémie sur l’action du fonds, bien que se voulant rassurant, l’ancien directeur exécutif de la Suisse au sein du groupe de la Banque mondiale (entre 2011 et 2016) a concédé : «La crise nous touche parce qu’elle réduit nos capacités de rencontrer des personnes, réduit la capacité d’échanger et risque aussi d’isoler les entrepreneurs lorsqu’ils auront le plus besoin de contacts et de relations». Qu’à cela ne tienne, le SIFEM tente tant bien que mal de construire un pont entre les économies qui s’éloignent et surtout entre les personnes qui sont engagées dans la même direction. Un défi pas toujours facile à relever du fait des forces qui divisent l’économie mondiale et rendent les relations et les échanges internationaux plus compliqués. A commencer par les tensions politiques qui se sont accentuées au cours des dernières années. Jörg Frieden, qui a par ailleurs occupé divers postes au sein du Département fédéral des Affaires étrangères, pointe notamment du doigt «les influences et la perception des risques encourus par les investisseurs transfrontaliers ainsi que la capacité des institutions bilatérales de geler les problèmes globaux dans l’intérêt commun ». Le conférencier fait également allusion à la lutte d’influence entre la Chine et les Etats-Unis autour des valeurs occidentales, par exemple, qui bloquent «tout progrès significatif dans la gestion de la dette extérieure des pays en développement et imposent aux pays un choix impossible entre, d’un côté, la construction et l’extension d’infrastructures de base et la promotion d’entreprises de l’autre, lorsque de manière assez évidente les deux choses devraient converger et être complémentaires». En plus des foyers de conflits dans certaines parties d’Afrique, «il y a un réflexe de repliement sur soi qui sert les tensions actuelles. Ce qui n’est pas bon pour l’économie locale», a-t-il fait remarquer. Et même en Europe, il n’y a pas que de l’harmonie. Puisque «des tensions importantes, et la Suisse n’y échappe pas totalement, rendent plus difficile l’action unie européenne en faveur du développement et favorisent là aussi un repli et la recherche de solutions nationales ou de blocs par rapport aux solutions globales». A cela s’ajoute une perception globale très négative de la globalisation qui se traduit par «un rejet sommaire de ce qui a été acquis durant ces trente dernières années grâce à l’intervention des économies nationales», a ajouté Jörg Frieden. Sans oublier de mentionner également les réponses divergentes à la crise climatique qui comportent aussi des difficultés accrues dans la collaboration économique et internationale. «L’idéal de la