L’Afrique face à la guerre commerciale mondiale : courber l’échine ou jouer ses cartes ?

TRIBUNE. Alors que la guerre commerciale entre grandes puissances redéfinit les équilibres de l’économie mondiale, une question s’impose : quelle place pour l’Afrique dans ce tumulte ? Et surtout, quelle posture adopter face à des partenaires devenus de plus en plus protectionnistes, à l’image des États-Unis sous Donald Trump ? L’ancien président américain, chantre d’un nationalisme économique assumé, n’a pas hésité à imposer des droits de douane sur une multitude de produits. Le continent africain n’y a pas échappé. Mais dans sa stratégie, Trump a soigneusement épargné les ressources les plus cruciales pour l’industrie américaine : pétrole, gaz, minerais rares. Des matières premières dont l’Afrique est l’un des principaux fournisseurs. De là, une double interrogation : faut-il, comme certains, adopter une posture conciliante en espérant une réciprocité hypothétique ? Ou au contraire, entrer dans une logique de rapport de force ? À l’image du Zimbabwe qui a supprimé certains droits de douane pour séduire Washington, ou bien à la manière de David face à Goliath ? Cette deuxième option peut sembler audacieuse, presque irréaliste. Et pourtant, elle mérite d’être sérieusement envisagée. L’Afrique dispose d’atouts stratégiques indéniables. En menaçant de suspendre ou de renégocier les contrats miniers avec les entreprises américaines, ou en imposant à son tour des taxes sur les exportations sensibles, le continent pourrait se faire entendre. Mais à une condition : parler d’une seule voix. L’Union africaine ou a minima, une coalition de pays producteurs devrait porter cette vision collective. Car pris individuellement, aucun pays ne pèse suffisamment face aux États-Unis. Et si cette tension mondiale offrait, paradoxalement, une opportunité historique ? Celle d’accélérer la mise en œuvre effective de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Ce marché potentiel de plus de 3 milliards de consommateurs reste largement sous-exploité. C’est le moment, peut-être, de le rendre concret, opérationnel, stratégique. Certes, le pouvoir d’achat moyen sur le continent n’égale pas celui des marchés occidentaux. Mais comme le disait Donald Trump lui-même : une guerre commerciale peut, dans certains cas, être un remède aux déséquilibres structurels. À condition de la jouer avec intelligence. Par Teddy Patou Journaliste et animateur radio