Geneviève Verdier : « La hausse des prix des hydrocarbures contribue à renforcer la reprise de l’économie algérienne »

Geneviève Verdier : « La hausse des prix des hydrocarbures contribue à renforcer la reprise de l’économie algérienne »

ALGER. « Les perspectives à court terme de l’économie algérienne se sont sensiblement améliorées, essentiellement en raison de la hausse des prix des hydrocarbures », selon le Fonds monétaire international (FMI). « L’accélération de l’inflation et la vulnérabilité à la volatilité des prix des hydrocarbures constituent des défis majeurs qui devraient être relevés pour préserver la stabilité macroéconomique », a estimé le FMI au terme d’une mission de consultation au titre de l’article IV avec l’Algérie, du 6 au 21 novembre. Selon l’équipe conduite par Mme Geneviève Verdier, un rééquilibrage budgétaire est nécessaire pour préserver la soutenabilité des finances publiques à moyen terme, tout come un resserrement de la politique monétaire l’est aussi pour juguler l’inflation. La mission du FMI estime par ailleurs que la poursuite des réformes structurelles faciliterait la transition vers un modèle de croissance plus stable et diversifié et encouragerait la création d’emplois. « La hausse des prix des hydrocarbures contribue à renforcer la reprise de l’économie algérienne suite au choc de la pandémie », a déclaré Mme Geneviève Verdier notant que les recettes exceptionnelles provenant des hydrocarbures ont atténué les pressions sur les finances publiques et extérieures. Selon les estimations du FMI, cette année, le solde des transactions courantes de la balance des paiements devrait afficher son premier excédent depuis 2013, alors que les réserves internationales ont augmenté à 53,5 milliards de dollars fin septembre contre 46,7 milliards de dollars fin 2021, a poursuivi le Fonds expliquant qu’une hausse significative des exportations hors hydrocarbures a également contribué à cette amélioration. Grâce à la hausse des recettes et à des dépenses moins élevées que prévu, Mme Geneviève Verdier s’attend à « un excédent budgétaire en 2022 », tandis que la reprise économique suite au choc de la pandémie se poursuit. D’après les projections de l’organisation internationale, la croissance du PIB hors hydrocarbures devrait s’accélérer pour atteindre 3,2 % en 2022, contre 2,1 % en 2021. Ainsi, a-t-elle poursuivi, « les pertes de production dues au choc de la pandémie seront en grande partie résorbées, même si des séquelles durables sur le marché du travail et la croissance à moyen terme constituent toujours un risque ». Selon la cheffe de mission du FMI, la croissance du PIB devrait atteindre 2,9% en 2022. « Comme dans de nombreux autres pays, l’inflation s’est considérablement accélérée et constitue une préoccupation majeure. Le taux d’inflation annuel moyen s’est établi autour de 9,4% au cours des derniers mois, son niveau le plus élevé sur 25 ans », a fait remarquer Mme Geneviève Verdier notant que l’inflation sous-jacente est également en hausse. Et d’ajouter : « La banque centrale a pris des mesures pour contrôler les pressions inflationnistes, mais la politique monétaire est restée accommodante. S’il ne fait aucun doute que les perspectives à court terme de l’économie algérienne sont favorables, la cheffe de mission du FMI note cependant qu’elles sont largement tributaires des prix des hydrocarbures. Grâce aux recettes élevées des hydrocarbures qui devraient contrebalancer la reprise des importations, la représentante du FMI estime que le solde des transactions courantes devrait être excédentaire en 2023. « La croissance devrait s’accélérer en 2023 et l’inflation devrait ralentir mais rester au-dessus de 8% en moyenne sur fond d’assouplissement de la politique budgétaire », a-t-elle affirmé. « La mission estime que la persistance d’une forte dépendance à l’égard des recettes tirées des hydrocarbures et l’augmentation considérable des dépenses prévues en 2023 sont sources de risques importants pour les perspectives des finances publiques dans un contexte de forte volatilité des prix des matières premières et d’incertitude mondiale exceptionnelle », a toutefois prévenu Mme Geneviève Verdier. Ainsi, « de l’avis de la mission, un ajustement budgétaire équilibré est nécessaire pour freiner les pressions inflationnistes, rétablir une marge de manœuvre pour les politiques économiques et stabiliser la dette publique », a-t-elle recommandé assurant qu’un cadre budgétaire de moyen terme pourrait guider les efforts d’ajustement, réduire la procyclicité des politiques et protéger les dépenses prioritaires. Des mesures bien ciblées devraient être mises en œuvre tel que nécessaire pour soutenir les ménages à faible revenu. Tout en saluant les progrès réalisés en matière de réformes budgétaires, en particulier dans les domaines de la fiscalité et de la gestion des finances publiques, la mission « recommande également une intégration plus étroite entre les plans de dépenses et la stratégie de financement de l’État dans le cadre du processus d’élaboration du budget, ainsi qu’une diversification des sources de financement pour permettre une mise en œuvre graduelle du rééquilibrage budgétaire ». Elle estime par ailleurs qu’un resserrement de la politique monétaire est nécessaire pour maîtriser l’inflation ; sachant que les risques d’enracinement d’une inflation élevée appellent à une normalisation progressive de la politique monétaire. La mission estime que enfin que « la révision prochaine de la loi sur la monnaie et le crédit constitue une opportunité pour renforcer le cadre de gouvernance de la Banque d’Algérie et son indépendance » et salue, à cet égard, l’engagement du gouvernement à ne pas recourir au financement monétaire. Si le système bancaire a résisté aux chocs répétés de ces dernières années, la mission estime toutefois que sa santé financière mérite l’attention. A ce propos, la Représentante du FMI a attiré l’attention des autorités algériennes sur le fait que : « le resserrement des liens entre les bilans de l’État, des entreprises publiques et des banques publiques pourrait faire peser des risques sur la stabilité financière et la viabilité de la dette ». Selon Mme Geneviève Verdier, « ceci requiert de vastes réformes du secteur financier afin de renforcer la gouvernance et les modèles économiques des banques publiques, améliorer les capacités de surveillance, catalyser la provision de prêts au secteur privé et favoriser l’inclusion financière ». Martin Kam

Le FMI appelle les Etats à renforcer la gouvernance des projets d’infrastructures

Le FMI appelle les Etats à renforcer la gouvernance des projets d’infrastructures

A l’heure où les économies tournent au ralenti et où l’endettement atteint des sommets inédits, il est plus que jamais indispensable de renforcer la gouvernance des projets d’infrastructures pour ne plus gaspiller l’argent public. Ceci est d’autant plus important que «l’investissement public dans les infrastructures jouera un rôle essentiel dans le redressement économique», affirment les économistes Gerd Schwartz, Manal Fouad, Torben Hansen et Geneviève Verdier dans un récent ouvrage édité par le Fonds monétaire international (FMI). Intitulé « Well Spent : How Strong Infrastructure Governance CanEnd Waste in Public Investment » (Bien dépensé : comment une gouvernance solide des infrastructures peut mettre fin au gaspillage des investissements publics), le livre s’appuie sur les travaux d’analyse et de renforcement des capacités de l’agence onusienne. Il se base aussi sur les évaluations de la gestion des investissements publics (PIMA) réalisées dans plus de 60 pays. Dans cet ouvrage de 38 pages, les auteurs expliquent comment les pays peuvent atteindre des résultats d’infrastructure de qualité, dans ce contexte actuel de crise où les ressources se font rares. Lesquels résultats appellent à une meilleure gouvernance des infrastructures, soutiennent-ils. «Ce livre décrit les bases indispensables d’une gouvernance robuste des infrastructures et présente des pratiques innovantes dans des domaines essentiels. Nous y recensons des exemples de méthodes qui permettent de lutter contre la corruption dans les projets d’infrastructures, de maîtriser les risques budgétaires, d’intégrer la planification et le budget, et d’adopter de bonnes pratiques en amont du cycle d’investissement public, ainsi que pendant la phase d’évaluation et de sélection des projets (domaine où beaucoup de pays n’obtiennent pas de résultats satisfaisants)», relèvent Gerd Schwartz, Manal Fouad, Torben Hansen et Geneviève Verdier sur le site officiel de l’institution de Bretton Woods. Pour les quatre économistes, par ailleurs responsables au FMI, l’Etat doit dépenser l’argent public à bon escient en finançant les projets qui en valent la peine. Pour ce faire, ils estiment que «les pays doivent être pourvus de solides régimes de gouvernance des infrastructures, c’est-à-dire d’institutions et de dispositifs robustes qui encadrent la planification, la répartition et la réalisation d’infrastructures publiques de qualité». Ce qui contribuera à limiter notamment le gaspillage des deniers publics. Car, comme le déplore l’étude du Fonds monétaire international, «les investissements publics accouchent trop souvent d’infrastructures onéreuses, de piètre qualité et peu utiles aux populations et à l’activité économique. Il s’agit souvent de projets de long terme, complexes et de grande envergure, qui constituent un terrain propice à la corruption, aux retards et aux dépassements de coûts ». Ce n’est pas tout. L’étude relève également que «certains dysfonctionnements conduisent les pays à gaspiller en moyenne un tiers de leurs dépenses d’infrastructures», soulignent les auteurs du livre. C’est notamment le cas dans certains pays à faible revenu où cette proportion atteint des niveaux vertigineux, jusqu’à 50%. Pour l’institution internationale, «ces ressources mal employées représentent un potentiel considérable que les pays doivent exploiter pour redresser leurs économies sinistrées par la pandémie». Mais quoi qu’on en pense, Gerd Schwartz, Manal Fouad, Torben Hansen et Geneviève Verdier sont formels: «La gabegie et les dépenses inutiles dans des projets d’infrastructures ne sont pas une fatalité». Ils affirment que, selon leurs estimations, «la consolidation des régimes de gouvernance des infrastructures pourrait permettre d’éviter plus de la moitié de ces pertes». Aussi, ils estiment que le redressement économique qui doit succéder à la crise du Covid-19 est pour les pays l’occasion ou jamais de lancer un pont vers l’avenir en concevant et en construisant des infrastructures publiques de qualité. Et naturellement, en veillant à ce que chaque denier soit dépensé à bon escient. Il est à souligner que l’ouvrage « couvre des questions critiques telles que l’investissement dans les infrastructures et les objectifs de développement durable, le contrôle de la corruption, la gestion des risques budgétaires, l’intégration de la planification et de la budgétisation et l’identification des meilleures pratiques dans l’évaluation et la sélection des projets», précisent les quatre économistes notant qu’il couvre également les domaines émergents de la gouvernance des infrastructures. Gerd Schwartz est directeur adjoint du département des finances publiques du FMI. Il supervise les activités du département en matière de gestion budgétaire, et notamment de gouvernance des infrastructures. Spécialiste des finances publiques et conseille plusieurs pays sur les questions de politique budgétaire et de développement des capacités, Manal Fouad dirige la division de la gestion des finances publiques(GFP) II du département des finances publiques du FMI. Torben Hansen est chef adjoint de la division GFP I du département des finances publiques du FMI tandis que Geneviève Verdier est chef de division au département Moyen Orient et Asie centrale du FMI. Alain Bouithy