Côte d’Ivoire : Ahoua Don Mello brise le silence et met en cause l’entourage de Gbagbo

Une lettre confidentielle adressée à Laurent Gbagbo, signée de la main d’Ahoua Don Mello, ancien proche collaborateur de l’ex-président, s’est retrouvée dans la presse. Ce courrier met en lumière les tensions internes au PPACI et relance le débat sur la stratégie électorale du parti à moins de trois mois de l’élection présidentielle. C’est une fuite qui secoue le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPACI) et ravive les spéculations sur l’isolement croissant de Laurent Gbagbo au sein de sa propre formation. Dans une note datée du 23 juillet 2025, Ahoua Don Mello, ex-ministre et figure intellectuelle du Front populaire ivoirien (FPI) devenu l’un des piliers du PPACI, interpelle directement son ancien mentor et dénonce « une prise d’otage » orchestrée par un cercle restreint autour de lui. Trois options, un tabou Le contenu de la lettre révèle qu’avant la convention de 2024 qui avait officialisé la candidature de Gbagbo, trois stratégies avaient été envisagées : assurer son inscription sur la liste électorale, opter pour une politique de la chaise vide, ou proposer une candidature alternative. Mais, selon Don Mello, le débat n’a jamais véritablement eu lieu, étouffé par des refus de dialogue et une « fuite » prématurée dans la presse qui aurait muselé toute initiative interne. Au cœur de la discorde : l’absence du nom de Laurent Gbagbo sur la liste électorale définitive publiée en juin. Une décision de la CEI qui compromet sa participation au scrutin présidentiel d’octobre. Pour Don Mello, l’inaction du parti et le silence stratégique imposé par une commission interne reflètent « une stratégie de l’humiliation » visant à enterrer toute ambition réelle de conquête du pouvoir. “Héritiers politiques” et désillusion Le ton de la lettre est sans détour. Don Mello évoque un « groupe » qui rêve uniquement «d’héritage politique » et organise l’éloignement de Gbagbo d’avec ses compagnons de lutte. Il évoque un climat délétère où toute voix dissidente est marginalisée, où toute tentative de stratégie alternative est éteinte. Mais plus qu’un simple règlement de comptes, la lettre propose une sortie de crise : une pression politique interne fondée sur des candidatures dites de « précaution radicalisées », qui serviraient à relancer une dynamique électorale pour le PPACI, même en cas d’absence de son président fondateur. Une formation en quête d’horizon En toile de fond, se profile une inquiétude plus large : celle d’un PPACI qui risque l’effacement dans l’arène politique. Pour Don Mello, la présidentielle de 2025 est aussi une répétition générale pour les législatives à venir, où le parti devra démontrer sa capacité de mobilisation, de renouvellement, et surtout d’unité. Contactés par Jeune Afrique, plusieurs cadres du PPACI n’ont pas souhaité commenter la lettre, mais en coulisses, les discussions s’animent. La crainte d’un éclatement ou d’un boycott sans ligne claire hante désormais les cercles militants. À mesure que l’échéance électorale approche, une question s’impose : le PPACI peut-il survivre à l’épreuve Gbagbo — ou risque-t-il de s’effondrer sous le poids de ses propres silences ? Aka Guillaume
Côte d’Ivoire. Après sa radiation de la liste électorale, Gbagbo introduit une réclamation auprès de la CEI (RTI)
Gbagbo et Blé Goudé restent en détention en attendant la décision sur l’appel du Procureur (CPI)

L’ancien Président ivoirien Laurent Gbagbo et l’ex-chef des jeunesses pro-Gbagbo, Charles Blé Goudé, demeurent en détention suite à l’appel à effet suspensif de leur mise en liberté interjeté mercredi soir par le Procureur devant la Chambre d’appel de la Cour pénale internationale (CPI), a confirmé jeudi la CPI. Mardi, les deux hommes ont été acquittés, à la majorité, des charges de crime contre l’humanité portées à leur encontre dans le contexte des violences post électorales en Côte d’Ivoire, entre 2010 et 2011. A ce moment, la Chambre de première instance de la CPI a également ordonné leur mise en liberté. Le lendemain, mercredi, la Chambre a rejeté la demande de suspension de la mise en liberté par le Procureur de la Cour. Toutefois les deux hommes se retrouvent toujours en détention à La Haye. Pourquoi Gabgbo et Blé Goudé demeurent en détention Pour comprendre pourquoi les deux Ivoiriens sont toujours détenus, la Cour a souligné qu’il importe de considérer deux points séparément, l’acquittement et la mise en liberté. Concernant l’acquittement, la Chambre de première instance a en effet acquitté, à la majorité, MM. Gbagbo et Blé Goudé des charges qui avaient été portées contre eux. Une version écrite est dument motivée de cette décision sera rendue par écrit « ultérieurement », selon la Cour. « C’est uniquement à ce moment-là que le Bureau du procureur pourra interjeter appel contre la décision de l’acquittement », a précisé le porte-parole de la CPI, Fadi el Abdallah, lors d’un entretien avec ONU Info. Le deuxième point c’est que, suite à l’acquittement mardi, la Chambre de première instance de la CPI a décidé de mettre en liberté MM. Gbabgo et Blé Goudé. Le Procureur a demandé mercredi à la Chambre de première instance de les maintenir en détention « pour des raisons exceptionnelles ». La Chambre a rejeté cette demande. « Le Procureur a interjeté appel sur ce point-là, donc actuellement c’est à la Chambre d’appel de la CPI de décider si MM. Gbagbo ou Blé Goudé doivent demeurer en détention à la CPI, ou s’ils peuvent bénéficier de la mise en liberté », a expliqué M. el Abdallah. Si la mise en liberté est maintenue Si la Chambre d’appel rejette cette demande du Procureur, la Cour vérifiera auprès de MM. Gbagbo et Blé Goudé leur préférence concernant l’endroit où ils souhaiteraient être libérés et contactera l’État ou les États concernés pour vérifier s’is acceptent de les accueillir. Un certain nombre de mesures d’ordre diplomatique, logistique et organisationnel devront être mises en place. Enfin, selon la décision de la Chambre de première instance, la Cour devra obtenir auprès de MM. Gbagbo et Blé Goudé et de leurs Conseils principaux, des assurances sur leur comparution devant la CPI si leur présence est requise dans le futur.