Dérive sécuritaire et exécutions sommaires : les généraux Sassou, Oboa et Boka en difficulté ( lecture en 5 minutes)

HAUT ET FORT. En procédant aux exécutions sommaires des « kulunas », l’action de la DGSP et de la GR quoiqu’applaudie par 83% des congolais ou salutaire pour « raison d’État », met M. Sassou en porte à faux avec la Constitution congolaise de 2015, l’Etat de droit, les traités internationaux et une partie de l’opinion qui est apeurée. Selon l’article 8 de la Constitution : « La personne humaine est sacrée et a droit à la vie. L’Etat a l’obligation de la respecter et de la protéger. […]. La peine de mort est abolie. » La sacralité de la vie et l’abolition de la peine de mort ainsi énoncées suscitent des interrogations sur le fondement juridique de l’opération menée par les éléments de la direction générale de la sécurité présidentielle (DGSP) et de la garde républicaine (GR) qui ont pour rôle respectivement, de protéger le président et sa famille ainsi que les institutions et leurs animateurs. En effet, la DGSP et la GR se sont mises en mouvement comme des appareils de répression sans cadre légal incluant la police et la gendarmerie. En principe et selon toute logique, l’armée n’intervient que pour faire face à une agression extérieure et détruire l’ennemi conformément à son propre protocole d’engagement qui établit de facto un régime d’exception juridique. Cette situation qui divise les populations entame de plus belle l’ordre juridique et ternit l’image du Congo à l’extérieur. S’agit-il de manière voilée, d’une opération visant à étouffer les contestations du peuple martyrisé comme le disent moult personnes ? La réponse est oui et non. Pour justifier, par exemple, sa gestion scabreuse par le passé, le système Sassou n’hésitait pas d’utiliser les ninjas de Pierre Oba, d’Isidore Mvouba et d’Adélaïde Moundélé Ngolo sous l’égide de Mantsanga et Cie pour faire le sale boulot dans le département du Pool et sur le Cfco. Il sied de dire que depuis un demi-siècle, au Congo, les revenus pétroliers irriguent un cercle restreint d’acteurs liés par le sang, l’alliance ou la dépendance, transformant ainsi l’État en guichet clanique. La nomination du général Serge Oboa (S.O) à la tête de la DGSP et sa parenté avec J.J. Bouya illustre cette logique : la sécurité présidentielle et l’infrastructure publique se trouvent sur l’axe le plus riche et le plus dangereux (…) que nous évoquions il y a une dizaine de jours. Selon nos informations, cette opération fait suite à un ème accrochage entre la police et la DGSP couplé à l’assassinat de Bruno Obambi. Le Commandant en chef Denis Sassou qui aime se cacher, a donné son quitus à Oboa et à Boka mais sans note officielle. Normalement, M. Sassou devrait prendre un décret envoyant la GR et la DGSP appuyées la gendarmerie et la police comme ça été fait : Dans cette opération, MM. Sassou, Oboa et Bouka utilisent la doctrine de Bandenbekämpfung, doctrine de terreur très violente d’extermination et de destruction institutionnalisée lors de la Seconde guerre mondiale, sous le régime nazi pour lutter contre les bandits et autres. Cette opération bien qu’elle soit la toute première action du quinquennat de M. Sassou est applaudit par 83% de la population qui a maille à partir avec les Kulunas. Cependant, les exécutants de celle-ci tombent sous le coup de la loi et renvoient en l’air la présomption d’innocence. Ils situent le Congo, d’un côté, dans une administration hypertrophiée dans ses bras coercitifs mais atrophiés dans ses services. De l’autre côté, dans des règles écrites substituées par des règles relationnelles à partir desquelles la parenté l’emporte sur le mérite et la proximité sur l’institution. Le ministère de l’intérieur, la police, la gendarmerie et la justice sont court-circuités dans leurs missions et attributions par des réseaux parallèles où la loyauté clanique pèse davantage que la hiérarchie administrative. Nous l’avons déjà dit, le pouvoir se concentre dans le clan présidentiel, et l’autorité civile est rognée par une présidentialisation rampante de la sécurité. Dans ce contexte, le communiqué de la DGSP, appelant la population à dénoncer les Kulunas contre primes sonnantes et trébuchantes, est la manifestation de cet accaparement . En s’adressant directement aux citoyens, reprécisons le, l’organe présidentiel écarte la police et la gendarmerie. En transformant la collaboration civique en transaction, il installe un régime de suspicion généralisée. La citoyenneté devient marchandisée, la solidarité convertie en opportunisme. Plus encore, la DGSP et la GR fabriquent l’ennemi dont elles ont besoin : le terme « Kulunas », importé de Kinshasa, englobe indistinctement gangs structurés, jeunes marginaux et parfois opposants politiques. Cette catégorisation floue légitime la répression et étend la compétence présidentielle à des domaines jadis dévolus à la justice ordinaire. ( la suite mardi avant de revenir sur le dossier Figa) Ghys Fortune BEMBA DOMBE
Congo. Ghislain Ondelé met en garde la Sécurité présidentielle : les exécutions sommaires nourrissent la violence et l’impunité

Procéder à des exécutions sommaires n’est pas une solution pour éradiquer l’insécurité liée au phénomène « Bébé Noir » et aux groupes dits Kulunas, affirme l’activiste et défenseur des Droits Ghislain ONDELE KANGA. « C’est un crime qui ne fera qu’alimenter la violence et l’impunité », prévient-il dans un message adressé au directeur général de la Sécurité Présidentielle du Congo. Son message est à retrouver ci-dessous. « Message ouvert au Directeur Général de la Sécurité Présidentielle Monsieur le Directeur Général, Je m’adresse à vous en tant que citoyen préoccupé par la récente opération de lutte contre la délinquance menée dans plusieurs quartiers de Brazzaville. De nombreux témoignages concordants font état d’exécutions sommaires imputées à des éléments de la Garde Républicaine. La situation d’insécurité liée au phénomène « Bébé Noir » et aux groupes dits Kulunas ne date pas d’hier. Elle est le fruit de causes structurelles et profondes où l’État lui-même porte une part de responsabilité. Procéder à des exécutions sommaires n’est pas une solution : c’est un crime qui ne fera qu’alimenter la violence et l’impunité. Il y a de cela une semaine, le Président de la République, M. Denis Sassou Nguesso, a pris la parole lors du 80ᵉ anniversaire de l’ONU, appelant le monde entier à des réformes pour bâtir des États de droit et des environnements propices à une vie digne pour tous. Ces paroles fortes risquent de perdre tout leur impact si, dans le même temps, des pratiques contraires à l’État de droit sont tolérées sur notre propre sol. Ces faits, s’ils sont avérés, constituent une violation grave : de la Constitution de la République du Congo, qui garantit le droit à la vie et à un procès équitable ; des engagements internationaux du Congo, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l’homme. En tenant compte de votre lourde responsabilité à la tête de la DGSP, associer de telles exécutions à votre image contribuera inévitablement au dénigrement de la personne du Président de la République, M. Denis Sassou Nguesso, et fragilisera l’autorité morale du Chef de l’État. Je vous exhorte, dans l’exercice de votre haute responsabilité, à : 1. Mettre fin immédiatement à tout usage de la force létale hors des strictes conditions de légitime défense. 2. Ordonner une enquête indépendante sur les exécutions signalées et traduire en justice tout auteur, quel que soit son grade. 3. Réaffirmer publiquement l’engagement de votre service au respect de la Constitution et des droits humains. La stabilité d’un pays se mesure à la force de son droit, non à la peur qu’il inspire. L’Histoire retiendra les choix faits aujourd’hui. Veuillez recevoir, Monsieur le Directeur Général, l’expression d’un citoyen déterminé à défendre la dignité et la vie de chaque Congolais. Respectueusement, Ghislain ONDELE KANGA Entrepreneur Social | Auteur | Mentor | Formateur | Coach en Leadership I Autodidacte & Multipotentiel | Activiste & Défenseur des Droits. Diplômé de la Grande Université de la Vie. »
Congo. Prise de fonction du commandant de la Garde républicaine
RD Congo. Profonds changements au commandement de l’armée : Tshiwewe à l’État-Major général FARDC et Ephraim Kabi à la garde républicaine

Aux termes d’une série d’ordonnances rendues publiques ce lundi à la télévision publique RTNC, le Président de la République Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a procédé à un remue-menage au sein des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). A la suite des ces ordonnances, le Lieutenant Général Christian Tshiwewe Songesha devient le Chef d’Etat-major général des FARDC, en remplacement du Général d’Armée Mbala Munsense. Jusqu’à sa nomination, Christian Tshiwewe, Général 3 Étoiles , était le Commandant de la Garde République où il a œuvré depuis le début de sa carrière militaire gravissant les échelons en récompense de sa bravoure à différents postes de commandement. Le nouveau Chef EMG des FARDC est secondé par deux Chefs d’Etat-major Généraux Adjoints : Ishale Gonza Jacques ( Chargé des opérations militaires)et Léon Richard Kasonga, l’ancien porte-parole des FARDC (Chargé de l’Administration et logistique). Aux termes d’une autre ordonnance, Trois Sous-Chefs d’Etat Major Généraux ont été nommés : le Général- Major Ndaywell est le patron des renseignements, en remplacement de Delphin Kahimbi; le Général-Major Shiko Jérôme chargé des opérations militaires ( il était jusqu’ici chargé des opérations à la Garde Républicaine); le Général-major Thomas Kisezo chargé de l’administration et le Général-major Kipongo Bora chargé de la logistique. Dans la série des ordonnances publié hier lundi 3 octobre, le Président de la République Félix Tshisekedi a élevé au grade de Général-Major Kabi Kiriza Ephraim et l’a nommé Commandant de la Garde Républicaine (GR). Chef d’Etat-major au sein de cette unité spéciale de protection présidentielle, le Général Deux Étoiles Kiriza est secondé par le Général de Brigade Iyengeli Christophe, chargé des opérations et renseignements, du Général de Brigade Mulumba Kabanangi Desiré, chargé de l’Administration et logistique et le Colonel Maloba, Chef d’Etat-major de la GR, poste occupé il y’a peu par le nouveau commandant de la GR. Le Commandant Suprême des FARDC a aussi nommé des nouveaux Généraux de Brigade parmi lesquels Sassa Nzita, Mulume Muderhwa, Mbuyu Kongolo Fabrice, Mulumba Kabanangi, Muyumba Malango et Iyengeli Christophe. Cette série de nominations procède du souci du Chef de l’Etat Felix Antoine Tshisekedi Tshilombo de poursuivre la réforme au sein de l’armée ; elle intervient au moment où la loi de programmation militaire tant souhaitée a été élaborée.