Lettre ouverte au général Gaid Salah (Algérie)

Mon général, Les Algériens veulent vous respecter parce que premièrement il y a en vous l’odeur de l’ALN que vous avez rejoint alors très jeune, et deuxièmement parce que vous êtes le chef de l’ANP, fruit du mouvement national et qui jouit d’un fort capital symbolique chez tous les Algériens. Pour autant mon général, il faut montrer du respect pour ce peuple qui demande un Etat de droit. Vous refusez le projet de transition démocratique gérée par des personnalités qui n’ont pas participé au règne honni de Bouteflika, et vous tenez à imposer une élection présidentielle alors que les mécanismes de trucage des élections laissés par le régime de Bouteflika sont encore en place. En ces moments de crise, vous exercez et incarnez l’autorité publique qui appartient à la nation. La moindre des choses est d’expliquer à cette nation pourquoi vous tenez à cette élection. Je vous propose en tant que citoyen de convoquer une conférence de presse en présence de journalistes nationaux et étrangers pour justifier votre choix. Mon général, l’Algérie se trouve à une étape charnière de son histoire avec la perspective de construire l’Etat de droit pour lequel sont morts vos compagnons d’armes, c’est-à-dire les parents et grands parents de ceux qui manifestent les vendredis. Epargnez au pays une expérience douloureuse qui risque de faire couler du sang. Vous avez été une fois du bon côté de l’histoire, soyez le une deuxième fois. Lahouari Addi
Comment interpréter le dernier discours de Gaid Salah?

C’est peut-être le discours le plus agressif et le plus mauvais de Gaid Salah depuis le 22 février. Traiter de traîtres ceux qui demandent un Etat civil contredit de façon flagrante les différentes déclarations selon lesquelles l’ANP accompagne le hirak. Il y a deux raisons à cet énervement. La première est que l’EM s’est rendu compte que les relais civils qu’il a sollicités pour faire réussir la réunion du 6 juillet ont été inefficaces et n’ont pas la crédibilité qu’ils ont prétendu avoir. Avec un FLN et un RND infréquentables et des partis islamistes en baisse d’influence, le néo-DRS n’a pas trouvé de relais crédibles dans la société pour convaincre une partie des manifestants du vendredi. L’EM comptait sur la réunion du 6 juillet pour envisager une élection présidentielle vers novembre-décembre 2019. L’EM n’aura pas « son » président dans les délais escomptés, et cela énerve Gaid Salah. La deuxième raison est que, pour la première fois depuis l’indépendance, le pays n’a pas de président légal ou légitime selon les normes même du régime. L’EM apparaît comme l’instance qui prive le pays d’avoir un président et qui fait perdurer la crise politique. Gaid Salah ne veut pas reconnaître et assumer ce blocage qu’il impute « à des traîtres qui haïssent le pays et l’ANP ». De mon point de vue, le blocage va perdurer jusqu’à septembre-octobre. Si les manifestations du vendredi ne baissent pas en nombre, l’EM va céder du terrain pour discuter des prérogatives constitutionnelles du futur chef d’Etat à élire qui n’aura pas cependant d’autorité sur l’armée. Ce serait un compromis qu’une grande partie de la population accepterait. Ce serait un pas vers la construction de l’Etat en Algérie. Si on se réfère aux expériences européennes de construction de l’Etat, les monarques n’ont pas renoncé à leurs pouvoirs du jour au lendemain. Le pays est dans la bonne direction. Cette génération aura l’Etat que les générations précédentes n’ont pas eu. A condition de sauvegarder le caractère pacifique des manifestations et d’être conscients que beaucoup de militaires aspirent aussi à un Etat de droit qu’ils serviront avec loyauté. Personne en Algérie ne hait l’ANP qui est un acquis historique du mouvement national. Lahouari Addi
Ce qu’il faut négocier avec l’Etat-Major (Algérie)

TRIBUNE. S’exprimant au nom de l’Etat-Major, le général Gaid Salah a plusieurs fois appelé au dialogue pour mettre fin à la crise politique que traverse le pays. Cet appel est en soi positif et est un acquis du hirak qui a obligé les décideurs à écouter la population. Des partis politiques, des syndicats et des associations ont accueilli favorablement l’initiative du général Gaid Salah et ont fait des propositions dans ce sens. Ils ont exprimé une revendication de la majorité de la population qui veut un changement réel du régime devenu obsolète aux yeux des nouvelles générations. Cependant, les propositions pêchent par leur formalisme et ne tirent pas les leçons de l’échec de l’expérience du multipartisme introduit par la réforme de la constitution de Février 1989. La hiérarchie militaire de l’époque avait donné son feu vert pour l’abandon du système de parti unique, mais avait chargé le DRS de contrôler le champ politique et médiatique pour empêcher l’alternance électorale. Le même régime s’est reproduit avec une façade pluraliste parce que les militants démocrates de l’époque s’étaient satisfaits du formalisme institutionnel et avaient négligé la réalité des rapports d’autorité dans l’Etat. La même erreur risque de se reproduire si l’on suppose qu’il y a seulement des dysfonctionnements institutionnels qu’il faut corriger. Il n’y a pas de dysfonctionnement dans le régime algérien qui a sa propre rationalité et sa propre logique. Ce que la protestation populaire demande avec clarté, c’est une autre rationalité politique, c’est-à-dire le transfert effectif de la souveraineté populaire vers l’électorat pour toutes les fonctions électives. Toute proposition cherchant le changement doit tenir compte de la spécificité du régime algérien qui n’est pas une dictature militaire. C’est un régime populiste autoritaire qui prétend protéger la société des divisions politiques. Il n’utilise pas les unités militaires pour réprimer les libertés publiques et les opposants. Il utilise une police politique qui a soumis à sa volonté la gendarmerie, la DGSN et le ministère de la justice. Ces trois institutions, indispensables pour la protection des libertés publiques, échappent à l’autorité du président et du gouvernement en violation de la constitution. À travers ces trois institutions, le Commandement militaire étouffe la société civile et fausse la représentativité des assemblées élues. Si la transition de 1989 a échoué, c’est parce que le Commandement militaire, par le biais du DRS, a refusé toute autonomie aux partis et aux syndicats. C’est pour cette raison que les propositions pour une sortie de crise doivent être concrètes et porter sur les rapports réels d’autorité dans le champ de l’Etat afin que le Commandement militaire n’absorbe pas la transition comme il a avalé les partis après 1989. Pour le Commandement militaire, les partis doivent être une extension du pouvoir exécutif et non un contre-pouvoir institutionnel inscrit dans l’alternance électorale. Le mouvement populaire demande une rupture totale avec cette conception et non son réaménagement. C’est le sens du slogan Yetnahaw ga3 qui signifie que le Commandement militaire se comporte comme une institution de l’Etat et non comme le pilier d’un régime politique. Par conséquent, un dialogue serein et franc doit s’ouvrir avec l’Etat-Major pour trouver un compromis autour des demandes du hirak telles qu’elles s’expriment lors des manifestations populaires. Une lecture des pancartes des manifestants fait ressortir les demandes suivantes : 1. Dissolution de la police politique (DRS) et renforcement des capacités de l’espionnage et du contre-espionnage pour protéger le pays des velléités étrangères2. Mise à la retraite automatique de tous les officiers supérieurs âgés de plus de 65 ans3. Démission de tous les officiers possédant en leur nom ou sous prête-nom des affaires commerciales4. Acceptation du principe que le ministre des gouvernements futurs de la défense soit un civil ou un militaire à la retraite depuis au moins 3 ans5. Transfert de la gendarmerie sous l’autorité du ministère de l’intérieur comme dans tous les Etats de droit6. Permettre aux policiers d’avoir un syndicat pour garantir l’autonomie institutionnelle de la DGSN7. Libération du champ médiatique privé et public8. Libération de tous les détenus politiques9. Nomination d’un journaliste respecté par l’opinion et ses pairs à la tête de l’Agence Nationale de Publicité10. Fermeture des chaînes de télévision privées qui incitent à la haine et à l’intolérance religieuse11. Dissolution du FLN avec une cérémonie symbolique où les responsables de ce parti demandent pardon pour avoir terni l’image du FLN de Larbi Ben M’Hidi12. Dissolution de l’UGTA avec la même cérémonie de pardon13. Dissolution du RND et enquêtes sur l’enrichissement de ses membres dirigeants14. Dissolution de l’APN et du Sénat et enquêtes judiciaires à l’encontre de députés et sénateurs qui se sont enrichis après leur « élection ». 15. Révocation de tous les magistrats et juges dont les noms sont cités dans des affaires de corruption Comme le montrent les slogans scandés lors des vendredis, les Algériens n’ont aucun problème avec leur armée qui continue de jouir d’un capital symbolique très grand. Le hirak ne s’arrêtera pas jusqu’à ce que sa principale revendication soit satisfaite : l’annonce d’une transition sincère et réelle. C’est dans l’intérêt du pays, des générations futures et de l’armée, partie inséparable de la nation. Par Lahouari Addi Professeur de sociologie à l’Institut d’études politiques de Lyon et chercheur au CERIEP et au GREMMO.
Les dirigeants algériens au bord du gouffre

TRIBUNE. Nul ne peut, aujourd’hui, contester que les responsables algériens se trouvent à la peine pour définir les conditions d’une éventuelle succession du Président Bouteflika, excepté le Général de Corps d’Armée Gaid Salah. Avec un Président Bouteflika aujourd’hui à bout de force et privé de parole , il n’y a plus de pilote dans l’avion algérien. Plus que jamais, le système de gouvernance est une boite noire. Plus grave, l’armée algérienne, qui a toujours été le premier et le dernier recours dans les moments de crise, est divisée comme jamais. Dans ce face à face on retrouve trois clans s’affronter au sein de l’institution militaire algérienne dans un duel mortel. Le premier, le plus puissant, est dirigé par le Chef d’Etat-Major et vice-Ministre de la Défense, Gaïd Salah, le second est, quant à lui, regroupé autour du Général Tartag, le patron de la Direction du Service de Sécurité (anciennement DRS) et préposé aux basses oeuvres de Saïd Bouteflika, le frère du Président algérien et enfin le troisième groupe constitué, pour sa part, par les réseaux du Général Mohamed Médiene, dit Toufik, qui fut, pendant un quart de siècle, le Chef de la redoutable DRS et le vrai patron de l’Algérie. Aujourd’hui, nul en Algérie ne peut échapper à l’image du Général Gaïd Salah puisqu’il s’offre l’ouverture de tous les JT du pays qu’il occupe pendant de longues minutes. Par ses apparitions quotidiennes, Gaïd Salah transmet le message subliminal qu’est : « Moi ou le chaos ». Face à ce potentiel risque, au Palais Zéralda, l’obsession est de gagner du temps dans une espèce de course pathétique vers l’abime. L’objectif de Saïd Bouteflika est de trouver un successeur à son propre frère qui soit susceptible de garantir au clan familial une sécurité judiciaire à l’heure des règlements de compte. Face à une telle situation, les décideurs algériens pourraient s’entendre avec l’armée algérienne pour dégager un consensus entre un clan présidentiel considérablement affaibli et un Chef d’Etat-Major plus que gourmand. Or, le Général Gaïd Salah parviendra t’il pour autant à restaurer, dans les semaines qui viennent, la cohésion de l’institution militaire ? Saura t’il promouvoir une solution politique qui soit crédible ? Pourra t’il rassurer les Français qui n’aiment guère cet ami des Russes et cet adversaire déclaré du Maroc ? Impossible ! Les dirigeants algériens, qui se baladent en rouflaquettes, multiplient les exercices militaires à balles réelles, lancent l’exploitation de gaz de schistes bitumeux, laissent mourir des immigrés en plein désert et trafiquent dans la drogue et l’évasion de devises fortes, sont devenus totalement maboules. Farid Mnebhi.
Quand le général des salons, l’algérien Gaid Salah, voit décidément le Maroc partout !

TRIBUNE. Après l’exercice biblique « Déluge », organisé en mai 2018 à Oran, à la frontière algérienne Ouest avec le Maroc, où le Chef d’Etat-Major de l’ANP, Gaid Salah, avait exhibé sans la moindre précaution tout l’attirail de l’ANP, dans ses composantes terre-mer-air, il s’est permis, une nouvelle fois, de reprendre à son compte le terme grandiloquent d »‘Iktissah » (envahissement) utilisé par Ben Bella lors de la « Guerre des sables » pour servir un nouveau pétard mouillé à Tindouf en offrant, le 11 septembre 2018, un spectacle d’exhibitionnisme ; une menace à peine voilée contre le Maroc. Mais ce qu’il a ignoré, suite à son manque de culture militaire flagrante, est que ce terme était le nom de code donné par le Président algérien Ben Bella à son armée dans son engagement désastreux contre les Forces Armées Royales marocaines le 25 octobre 1963 à Hassi Beida. Aussi, est-il besoin de rappeler à ce général flambeur, qu’est Gaid Salah, que la riposte marocaine à la poussée algérienne en ce 25 octobre 1963, menée par feu le Général Driss Ben Omar El Alami, avait permis la capture de plus de 200 soldats algériens, sans oublier de nombreux officiers égyptiens, dont l’ex-Président Hosni Moubarak, alors pilote d’hélicoptère, ainsi que de nombreux soldats cubains. Une bataille menée avec courage par les Forces Armées Royales marocaines qui est toujours enseignée dans les plus prestigieuses écoles militaires à travers le monde. A noter que cet exercice militaire « Iktissah 2018 » à balles réelles concocté par ce général algérien mégalo, qu’est Gaid Salah, a fait au moins six morts et plus d’une vingtaine de blessés, dont des mercenaires polisariens invités à cet exercice, confirmant le soutien militaire de l’Algérie à ces terroristes et trafiquants. Cet étrange obsession de ce général bavard comme une pie voleuse qu’est Gaid Salah laisse l’opinion internationale indifférente car ses menaces ne sont destinées qu’à la consommation intérieure. En effet, ce général des salons a bel et bien des ambitions présidentielles et veut se montrer actuellement comme « l’homme fort » d’une Algérie sans réel maître à bord en se posant comme le « digne successeur » du Président Abdelaziz Bouteflika, sans capacité de motricité depuis qu’il a été diagnostiqué, en 2013 à Paris, d’un Accident Vasculaire Cérébral (AVC). C’est pourquoi, il tente d’agiter la fibre anti-marocaine, chère aux apparatchiks tapis au Club des Pins, à Alger, pour tenter de trouver grâce à leurs yeux et lorgner le très convoité Palais El Mouradia. Mais seulement voilà, ce général mégalo a contre lui le frère du Président, Saïd Bouteflika, le détenteur des clefs du palais présidentiel et du gouvernail d’un navire chavirant, l’Algérie. De plus, la purge inédite opérée actuellement au sein de l’armée algérienne est subrepticement dirigée contre Gaid Salah qui a vu ses proches collaborateurs mis un par un à la porte depuis août 2018. Au final, il ne serait pas du tout étonnant de voir ce général « décapité » s’agiter davantage en perspective du futur chaudron de la présidentielle algérienne prévue en été 2019. Farid Mnebhi.