États fragiles à la 30e Conférence des Parties (COP30) : nous sommes « exclus » du financement climatique

Le président de la COP30, André Corrêa do Lago, a déclaré que la conférence de cette année devait placer « les personnes au centre » de l’action climatique. Mais un réseau d’États fragiles affirme que plus d’un milliard des personnes les plus à risque au monde restent exclues de la discussion. Dans une déclaration publiée mardi, le Réseau pour un accès amélioré et équitable au financement climatique (Improved and Equitable Access to Climate Finance Network) a indiqué que les pays touchés par les conflits et la fragilité sont « exclus » des financements destinés à l’adaptation aux impacts climatiques. Le Réseau – composé de 10 pays confrontés à une gouvernance fragile et à des conflits, dont le Burundi, la Mauritanie, la Somalie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée – appelle les fonds climatiques et la COP30 à faire davantage pour combler « cet angle mort urgent au cœur du financement climatique ». UN ANGLE MORT CONCERNANT LES CONFLITS DANS LE FINANCEMENT CLIMATIQUE Plus d’un milliard de personnes vivent dans des pays affectés par les conflits, la violence et une gouvernance fragile. Pourtant, en 2022, ces pays n’ont reçu que 10 % du financement climatique mondial, alors même qu’ils comptent parmi les plus vulnérables aux impacts du changement climatique. Les pays sont confrontés à plusieurs obstacles pour accéder aux financements, notamment des délais longs et des exigences de candidature très strictes. Selon le ministre yéménite de l’Eau et de l’Environnement, Tawfiq Al-Sharjabi, qui s’exprimait lors d’un événement parallèle à la CCNUCC mardi : « Des procédures complexes, des capacités techniques limitées et l’absence d’instruments financiers flexibles – tout cela limite notre capacité à obtenir des financements climatiques. » En conséquence, il peut souvent être plus facile pour les pays d’obtenir de l’aide humanitaire que des financements climatiques, selon le ministre somalien de l’Environnement et du Changement climatique, Bashir Mohamed Jama. « La Somalie reçoit un peu plus de 300 millions de dollars de financements liés au climat chaque année, soit moins de 1 % du montant dont nous avons besoin pour nous adapter », a déclaré Jama. « À titre de comparaison, chaque année la Somalie reçoit 1,1 milliard de dollars d’aide humanitaire. » Jama a ajouté que cette différence met en lumière « un échec accablant au cœur du système de développement mondial : il est plus facile de débloquer des financements après les catastrophes que d’investir pour les prévenir ». Des procédures complexes, des capacités techniques limitées et l’absence d’instruments financiers flexibles – tout cela limite notre capacité à obtenir des financements climatiques Les négociations à la COP30 pour augmenter les flux de financement climatique confèrent une urgence supplémentaire à ce problème. « L’ambition de débloquer 1,3 billion de dollars supplémentaires à Belém est admirable, mais nous devons voir la même ambition pour faire en sorte que les fonds existants parviennent aux personnes qui en ont le plus besoin », a déclaré Mauricio Vazquez, responsable des politiques sur les risques et la résilience au sein du groupe de réflexion ODI Global. UNE DYNAMIQUE DE CHANGEMENT CROISSANTE Le Réseau pour un accès amélioré et équitable au financement climatique a été créé en 2024 pour attirer davantage l’attention sur cet angle mort dans le financement climatique. Mardi, trois nouveaux membres ont rejoint le Réseau : la Mauritanie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et le Soudan du Sud. Dans sa déclaration, le Réseau appelle les fonds climatiques et les banques de développement à poursuivre les réformes de leurs mécanismes d’allocation afin de garantir que les financements atteignent les populations vivant dans des zones touchées par les conflits et les crises humanitaires. Le Réseau plaide également pour que les financements soutiennent des projets à long terme visant à renforcer la résilience climatique des pays, plutôt que des interventions uniquement post-catastrophe. DES ENJEUX CRUCIAUX L’adaptation climatique figure en bonne place à l’ordre du jour de la COP30. À Belém, les gouvernements chercheront à finaliser un ensemble complet d’indicateurs pour l’Objectif mondial d’adaptation – un engagement collectif dans le cadre de la CCNUCC visant à définir et suivre la manière dont le monde renforce sa résilience et réduit sa vulnérabilité climatique. Mais les experts affirment que si davantage n’est pas fait pour inclure les pays fragiles et affectés par les conflits, les impacts du changement climatique ne feront qu’aggraver les conditions de vie, les moyens de subsistance et les économies entières de ceux qui sont laissés le plus en arrière. « Nous constatons directement les impacts des liens entre changement climatique et conflits », a déclaré Asif R. Khan, directeur de la division politique et médiation au sein du Département des affaires politiques et de la consolidation de la paix des Nations unies, qui préside actuellement le Mécanisme Climat-Sécurité. La plupart des opérations de paix de l’ONU sont déployées dans des régions fortement exposées aux risques climatiques et parmi les moins équipées pour gérer les chocs climatiques. Khan a déclaré : « Le changement climatique amplifie les pressions qui alimentent les conflits et les déplacements. Par exemple, le manque d’accès à l’eau a accentué les tensions entre les communautés pastorales et sédentaires dans certaines régions d’Afrique de l’Ouest. » La manière la plus efficace de soutenir les pays fragiles consiste à les rendre plus stables et pacifiques. Khan a ajouté : « Pour nous, aider les pays à gérer les risques climatiques s’inscrit dans un effort plus large de prévention des crises. Et cela signifie faire plus que planter des arbres ou installer des panneaux solaires. Il s’agit aussi d’impliquer toutes les composantes de la société afin de travailler ensemble dans la même direction pour renforcer la résilience et favoriser la paix. Cela implique, à son tour, des analyses de risques concertées, des partenariats durables et des financements adaptés à la réalité du terrain. » Cet accent mis sur la collaboration – entre consolidation de la paix, développement et adaptation climatique – est également au cœur de l’approche de plusieurs gouvernements donateurs. Neale Richmond, ministre d’État du ministère des Affaires étrangères de l’Irlande, a déclaré : « La politique de
Les banques multilatérales de développement vont intensifier les efforts sur le financement climatique

À l’occasion de la COP29, les banques multilatérales de développement (BMD) ont publié aujourd’hui une déclaration présentant les grandes orientations de leur soutien financier et autres initiatives destinées à aider les pays à atteindre des résultats climatiques ambitieux. Selon leurs estimations, les BMD porteront leurs financements climatiques en faveur des pays à revenu faible et intermédiaire à un montant total de 120 milliards de dollars par an d’ici 2030, dont 42 milliards de dollars consacrés à l’adaptation, tandis qu’elles prévoient de mobiliser 65 milliards de dollars auprès du secteur privé. Leur effort collectif en direction des pays à revenu élevé devrait atteindre 50 milliards de dollars par an, dont 7 milliards de dollars destinés à l’adaptation, auxquels devraient également s’ajouter 65 milliards de dollars mobilisés auprès du secteur privé. Les BMD ont largement dépassé les projections de financement climatique ambitieuses qu’elles avaient établies en 2019 pour l’horizon 2025, avec une augmentation de 25 % des financements directs en faveur de l’action climatique et une multiplication par deux des montants mobilisés au cours de l’année écoulée. « Si le volume des engagements financiers pris par les BMD joue un rôle essentiel, leur impact le plus significatif réside dans leur capacité à impulser des changements transformateurs », indique la déclaration. Et de poursuivre : « Comme l’ont souligné les dirigeants des BMD dans une récente note intitulée MDBs Working as a System for Impact and Scale, nous nous attachons à amplifier notre effet catalyseur en renforçant les résultats et l’impact de nos financements, en approfondissant notre collaboration avec les pays par le biais de plateformes, en soutenant les ambitions climatiques de nos clients et en augmentant la mobilisation du secteur privé. » « Faisant leur l’appel à une action urgente sur le climat, les BMD reconnaissent l’importance capitale de l’adoption d’un nouvel objectif collectif quantifié (NCQG) pour le financement climatique lors de la COP29 à Bakou », dit la déclaration. « Il est essentiel de définir un objectif solide et ambitieux pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris, et nous exhortons les Parties à parvenir à un consensus fort sur cette question. » Reconnaissant que la qualité et l’impact systémique doivent se fonder sur les résultats, les BMD ont publié en marge de la COP29 un rapport consacré à l’état d’avancement des indicateurs sur lesquels repose leur nouvelle approche commune pour la mesure des résultats climatiques. Cette approche commune, rendue publique en avril, est le premier cadre commun permettant de définir, mesurer et relier les progrès mondiaux en matière d’atténuation et d’adaptation au changement climatique aux résultats climatiques des activités des BMD. Les BMD ont également publié une déclaration relative au projet de plateformes nationales pour l’action climatique, dans laquelle elles réaffirment leur soutien conjoint aux efforts visant à promouvoir la collaboration entre les pays bénéficiaires, les BMD, les bailleurs de fonds et le secteur privé. Dans le cadre de cette démarche, axée sur la demande émanant des pays, les BMD soutiendront le lancement de nouvelles plateformes en s’inspirant d’expériences réussies et approfondiront leur collaboration avec des partenaires, dont notamment le Fonds monétaire international. Les signataires de la déclaration sont la Banque africaine de développement, la Banque asiatique de développement, la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, la Banque de développement du Conseil de l’Europe, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, la Banque européenne d’investissement, la Banque interaméricaine de développement, la Banque islamique de développement, la Nouvelle Banque de développement et le Groupe de la Banque mondiale. BM
COP22-Marrakech : Sommet Mondial sur l’Action pour le Financement Climatique

Les 12 et 13 novembre 2016, les leaders du secteur climatique ont tenu leurs assises avec les plus grands financiers multilatéraux de l’action climatique dans le monde, notamment la Banque Européenne d’Investissement (BEI), le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Africaine de Développement (BAD). Ces multiples réunions ont pour objectifs de proposer des moyens novateurs et efficaces pour le financement et la mise en oeuvre de projets viables et en parfaite adéquation avec la protection climatique. Ce Sommet Mondial sur l’Action pour le Financement Climatique (GCFA) qui se tient à Marrakech, auquel participent de nombreux investisseurs et entreprises, se devra d’explorer et de collaborer sur les opportunités mondiales d’investissement climatique. Cet évènement phare, qu’est le (GCFA), est en parfaite phase avec la COP22 qui se tient à Marrakech du 07 au 18 novembre 2016. Pour rappel, en 2009, les pays développés s’étaient engagés à mobiliser, d’ici à 2020, quelque 100 milliards USD par an pour le financement climatique ; un engagement confirmé à Paris lors de la COP21 et porté jusqu’en 2025. Or, le Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’Evolution du Climat (GIEC) estime que la stabilisation des émissions de gaz à effet de serre à un niveau qui permettrait de rester en dessous de 2 degrés, sans parler de la plus sûre 1,5 degrés, nécessite, pour nombre de pays vulnérables, des investissements de l’ordre de 13 000 milliards de dollars jusqu’en 2030 ; des investissements qui leur offriront de multiples avantages pour la santé, l’économie et le développement de sources d’énergie propres. Le défi de ce Sommet Mondial sur l’Action pour le Financement Climatique (GCFA) est donc de remédier au déséquilibre historique entre les financements d’adaptation et d’atténuation et de développer les paramètres d’engagement de toutes les parties prenantes – en développement, développées, publiques et privées – vers l’opérationnalisation de l’Accord de Paris. Pour la réalisation de tous ces objectifs, -le GCFA compte lancer de grands programmes, notamment : – le fond d’investissement pour l’adaptation: MICA (500 million USD), – le fond d’investissement pour le transfert de technologie: CTTF (150 million USD) – l’initiative globale pour le capacity building WEF YGL Climate Skills. De plus, des projets concrets utilisant des modèles économiques innovants d’adaptation et d’atténuation seront présentés par des entrepreneurs sociaux. Ce signal fort démontre que l’agenda de l’action est aujourd’hui une réalité et que les acteurs de la société civile s’engagent pleinement en faveur d’e l’investissement pour le climat.
La finance carbone s’ouvre au secteur laitier

Un nouvel outil de la FAO permet aux exploitations des petits producteurs laitiers de recevoir des crédits carbone L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a développé, une nouvelle méthodologie visant à ouvrir les portes du financement climatique au secteur laitier, particulièrement aux exploitations des petits producteurs laitiers. Avec ce nouvel outil, « le secteur laitier sera bientôt en mesure de participer aux marchés internationaux des crédits carbone en échange de la réduction des émissions», a annoncé l’agence onusienne. L’agence explique que cette nouvelle méthodologie, développée avec ses partenaires, permettra aux agriculteurs et aux concepteurs de projets de documenter de manière fidèle la manière dont ils travaillent à réduire les émissions de gaz à effet de serre et d’identifier clairement des domaines dans lesquels celles-ci peuvent être réduites. La FAO ajoute que cette méthodologie permettra aussi d’expliquer comment mesurer ces résultats et en rendre compte ensuite. Ce qui est tout aussi intéressant. Concrètement, «il s’agira par exemple, de modifier la composition alimentaire ou les pratiques alimentaires, ou encore d’améliorer l’efficacité énergétique de l’équipement», explique-t-elle dans un communiqué. Selon elle, « cette démarche devrait également permettre d’attirer de nouveaux financements dans l’industrie du bétail et contribuera à promouvoir les investissements dans des initiatives familiales ». Adressé aux petits producteurs laitiers, cet outil «s’attaque à deux principaux défis rencontrés dans le secteur agricole de nos jours: la nécessité de rendre l’agriculture plus productive et d’augmenter les rendements, tout en diminuant son empreinte carbone», relève la FAO. L’agence assure, par ailleurs, que «cette démarche devrait également permettre d’attirer de nouveaux financements dans l’industrie du bétail et contribuera à promouvoir les investissements dans des initiatives familiales». Ainsi, soutien-t-elle, en attirant de nouvelles sources de financement, la méthodologie se penche sur un aspect important qui consiste à définir la meilleure manière de financer la transition écologique du secteur de l’élevage. Henning Steinfeld, chef de la sous-division de l’information, de l’analyse sectorielle et des politiques en matière d’élevage de la FAO, assure que «cette méthodologie aidera à attirer les financements vers des projets avec de véritables impacts sur les moyens d’existence de millions de petits producteurs laitiers». Ce dernier estime qu’«investir de manière à rendre les systèmes laitiers des petits producteurs plus productifs est un moyen efficace de réduire à la fois les émissions de gaz à effet de serre et de garantir la sécurité alimentaire». Soulignons que la fameuse méthodologie a été certifiée par Gold Standard, un organisme indépendant qui évalue les projets liés au climat. «Cette certification est essentielle afin de permettre aux exploitations des petits producteurs laitiers de recevoir des crédits carbone acceptés à travers le monde en échange de leurs efforts visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre », indique la FAO sur son site web. Comme le rappelle la FAO, les émissions de gaz à effet de serre issues de la production de lait varient largement de par le monde. Certains pays ont des systèmes de production qui n’émettent pas plus d’1,7 kg de dioxyde de carbone par kilogramme de lait (CO2/kg), tandis que d’autres en émettent cinq fois plus et atteignent les 9 kg de dioxyde de carbone pour chaque kilogramme de lait.