Xénophobie et violences contre les étrangers africains en Afrique du Sud : un héritage de l’ère Mandela ?

TRIBUNE. Les violences xénophobes qui visent aujourd’hui des Africains en Afrique du Sud ne suscitent presque aucune réaction significative sur le continent ou dans la diaspora. Pourtant, si des scènes comparables se déroulaient dans un pays occidental, l’indignation serait immédiate et massive. Il ne s’agit pas de minimiser le racisme réel qui existe en Occident, mais de rappeler une évidence trop souvent éludée en Afrique : le racisme et la xénophobie ne sont pas des phénomènes exclusivement occidentaux. Ils traversent toutes les sociétés, y compris africaines. Tout en dénonçant la xénophobie des Sud-Africains, l’on ne peut s’empêcher de se poser des questions sur ses causes profondes. Comment l’Afrique du Sud, marquée elle-même par une histoire de ségrégation et de domination, en est-elle arrivée à devenir un espace d’oppression pour d’autres Africains ? Comment expliquer qu’un peuple longtemps perçu comme « frère » se retourne ainsi contre ceux qui lui ressemblent ? Les raisons de ce déchainement de haine et de violence sont multiples. Mais une chose semble certaine : ce qu’il se passe en Afrique du Sud est la conséquence directe d’un compromis historique qui, sous l’ère Mandela, a privilégié une réconciliation symbolique au détriment d’une transformation sociale réelle. La majorité noire, laissée dans la pauvreté structurelle héritée de l’apartheid, se retrouve aujourd’hui prise dans un cycle de frustrations économiques et politiques que certains acteurs instrumentalisent contre les étrangers africains. Ce n’est pas une excuse, mais un constat. Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la figure de Nelson Mandela a été célébrée par les puissances occidentales tandis que d’autres, comme Robert Mugabe et Mouammar Kadhafi, ont été vilipendées. Les trajectoires politiques qui privilégient la stabilité symbolique au détriment de la redistribution sociale sont souvent privilégiées par les promoteurs du « capitalisme sorcier ». Pour le reste, il faut avoir le courage de dénoncer sur le continent africain ce que l’on dénonce ailleurs. Je bois mon lait nsambarisé Par Patrick Mbeko