Un État en déclin : le cas flagrant du Cameroun

HAUT-ET-FORT. C’est quoi un État voyou ? C’est un État en lambeaux, dépassé, qui a échoué à se construire malgré les opportunités. Depuis les indépendances, de nombreux pays africains ont connu une ascension qu’on pourrait sans exagération qualifiée d’extraordinaire. Le Maroc, sans doute, en est l’exemple le plus parlant. Pour moi qui ai presque grandi dans ses rues, je suis un témoin direct de l’évolution tous azimuts d’un pays sérieux et ambitieux. J’ai vu – et non pas entendu et non pas lu, la généralisation de la protection sociale, telle qu’instruite par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Presque tous les marocains et tous ceux qui y vivent ont une assurance maladie obligatoire. Ils peuvent donc se soigner sans le risque d’être confisquer dans les hôpitaux pour défaut de paiement. J’ai vu l’élaboration et la mise en place de la nouvelle charte de l’investissement, un véritable levier pour accélérer l’économie marocaine, dont les effets sont déjà mesurables. Le choix du Maroc par les plus grandes firmes internationales est un indicateur. J’ai vu un pays devenir, grâce à sa stabilité politique et sociale, le hub africain des IDE. Une réforme profonde de la justice a permis d’assainir l’environnement des affaires en misant sur l’équité, l’indépendance et la transparence. Le Maroc, qui ne dispose pourtant pas des mêmes ressources minières que mon pays d’origine, a réussi avec brio, à diversifier son économie. Son tourisme est florissant (17 millions de visiteurs selon les dernières données) grâce à une politique ambitieuse : valorisation du patrimoine, infrastructures modernes, et un marketing puissant résumé dans ce slogan simple : Maroc, terre d’accueil. J’ai vu l’agriculture marocaine évoluer, s’adapter, se moderniser, et même résister aux longues sécheresses par une lutte efficace contre le stress hydrique : dessalement de l’eau de mer, autoroutes de l’eau avec interconnexion des barrages, réutilisation des eaux usées… J’ai vu un pays miser sur l’énergie renouvelable, jusqu’à couvrir bientôt plus de la moitié de ses besoins en électricité. Et pendant ce temps, que se passe-t-il au Cameroun ? Nous mettons plus de 10 ans à construire une autoroute censée relier les deux capitales, Douala et Yaoundé. Les délestages font toujours partie du quotidien, depuis des décennies. Notre agriculture reste manuelle, peu productive, peu valorisée. Nos hôpitaux s’effondrent. L’école est en crise. Et que dire de la justice ? Le monde entier a vu, en direct, un Conseil constitutionnel aux ordres valider une décision inique, dictée par des intérêts politiques. Plus de 10 millions de Camerounais vivent avec moins de 500 FCFA par jour ( Moins de 6 dirhams). Trois fléaux minent notre pays : l’injustice, l’incompétence, et la corruption. Et certains pensent qu’il faudrait se taire ? Nous ne nous tairons pas. Par Teddy Patou Journaliste et animateur radio