Maroc. Le crédit au secteur non financier ressort en hausse de 6,7% au quatrième trimestre 2022

Le crédit au secteur non financier s’est accru de 6,7% au titre du quatrième trimestre 2022 au lieu de 5% un trimestre auparavant. C’est ce que révèle Bank Al-Maghrib dans son rapport trimestriel sur la politique monétaire (RPM, N°66/2023). Dans ce document, qui présente l’ensemble des analyses sous-tendant les décisions de la Banque centrale, l’organisme public justifie cet accroissement par « des accélérations des rythmes de progression des prêts accordés aux entreprises privées de 8,7% à 9,8%, et aux ménages de 3,4% à 3,6%, ainsi qu’une augmentation de 6,3% des prêts aux entreprises publiques contre une baisse de 10,9% au troisième trimestre ». Selon le rapport, qui donne en outre un aperçu général synthétisant les évolutions économiques, monétaires et financières récentes ainsi que les projections macroéconomiques, « l’évolution du crédit aux entreprises privées reflète notamment une hausse de 4% des prêts à l’équipement après 3,2% et une consolidation du rythme de progression des facilités de trésorerie à 14,7% ». S’agissant des concours accordés aux entreprises publiques, la même source fait remarquer que les facilités de trésorerie se sont accrues de 166,1% après 54,9% au troisième trimestre et la baisse des prêts à l’équipement s’est atténuée de 16,9% à 5,9%. Reflétant en particulier la progression des facilités de trésorerie de 11,9% après 9,2%, le rythme d’accroissement des crédits aux entrepreneurs individuels est passé de 7,5% à 7,8%, toujours selon le rapport sur la politique monétaire. Dans le même temps, « les prêts aux particuliers ont augmenté de 3,3% après 3% un trimestre auparavant, résultat d’une hausse des crédits à l’habitat de 3,2% après 2,9% et des crédits à la consommation de 4% après 3,5% », a fait savoir Bank Al-Maghrib. A noter que, par branche d’activité, les données relatives au quatrième trimestre de l’année écoulée font état des progressions annuelles de 39,9% des crédits accordés aux entreprises du secteur de l’«électricité, gaz et eau», de 10,1% pour les «industries alimentaires et tabac», de 7,5% pour l’«agriculture et pêche» et de 12,5% pour les «industries extractives». D’après le document de BAM, il ressort des mêmes données que les concours aux entreprises des «transports et communications» et des «bâtiments et travaux publics» ont à l’inverse accusé un recul respectivement de 5,7% et 1%. Quant aux créances en souffrance, Bank Al-Maghrib constate qu’« elles ont augmenté de 5,2% et leur ratio à l’encours du crédit bancaire est revenu de 8,7% au troisième trimestre à 8,6%». Et de préciser qu’elles se sont accrues de 9,2% pour les entreprises non financières privées et de 1,2% pour les ménages avec des ratios aux encours de 11,7% et 9,8% respectivement. En ce qui concerne les prêts octroyés au secteur non financier par les sociétés financières autres que les banques, il a été observé une progression de 6,5% au cours du dernier trimestre de 2022. Selon les explications de BAM, « cette évolution traduit notamment des améliorations de 6,4% des crédits accordés par les sociétés de financement, de 17,5% de ceux distribués par les banques off-shores et de 4,4% des prêts consentis par les associations de microcrédit». En comparaison annuelle, il ressort des données publiées que la croissance du crédit bancaire au secteur non financier s’est accélérée, passant de 2,9% en 2021 à 7,8% en 2022. D’après le rapport, cette évolution reflète «un accroissement du rythme de progression des crédits aux entreprises privées de 4,1% à 10,5%, une hausse des prêts aux entreprises publiques de 22,6%, après une baisse de 14,9%, et une décélération de la progression des crédits destinés aux ménages de 4,1% à 3,5%». Soulignons enfin que les dernières données disponibles relatives au mois de janvier font état d’une croissance annuelle du crédit bancaire de 7,1%. Pour la Banque centrale, cela traduit « des accélérations du rythme d’accroissement des prêts accordés aux autres sociétés financières à 9,2% et de ceux destinés au secteur non financier à 6,8% », a-t-elle conclu. Alain Bouithy
Le secteur privé doit concurrencer à armes égales les entreprises publiques afin de créer des emplois dans les pays de la région MENA

Les marchés du travail de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) ont besoin de conditions de concurrence équitables, a souligné la Banque mondiale dans un récent rapport offrant un nouvel éclairage sur les difficultés auxquelles se heurte le développement du secteur privé. «Il est essentiel que les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA) permettent au secteur privé d’accéder aux marchés et de concurrencer à armes égales les entreprises publiques», a estimé l’institution financière internationale affirmant que cela permettrait de créer des emplois dans une région où le chômage des jeunes est le plus élevé du monde. La Banque mondiale exhorte ainsi les gouvernements de la région à prendre des mesures à même de remédier au marasme du marché du travail qui, dix ans après le Printemps arabe, fait-elle remarquer, continue de saper le développement économique et le progrès social. Selon le document intitulé «Le défi de l’emploi : Repenser le rôle des pouvoirs publics envers les marchés et les travailleurs dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord», la lutte contre le fléau du chômage, en particulier chez les jeunes et les femmes de la région, passe par un secteur privé plus développé et dynamique, ainsi que par des réformes réglementaires sur les marchés du travail et des produits. Citant ledit rapport, le vice-président de la Banque mondiale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Ferid Belhaj, explique : «Les gouvernements se doivent de redéfinir leurs relations avec le secteur privé, les travailleurs et surtout avec les femmes, un facteur d’une importance égale». Ce dernier estime que, «plutôt que d’intervenir dans les secteurs économiques, l’Etat doit créer les conditions pour un secteur privé concurrentiel et réglementé. Plutôt que de se reposer sur un code du travail obsolète, l’Etat doit repenser ses programmes de protection sociale et son approche au marché de l’emploi. Enfin, plutôt que de chercher à préserver l’héritage de certaines normes historiques et sociales, l’Etat se doit d’être le gardien de l’équité entre les genres dans la région MENA». Afin de rendre leurs marchés plus fluides, les auteurs dudit rapport soutiennent que les gouvernements doivent réduire la domination des entreprises publiques, par exemple en éliminant les exclusions et les exceptions aux lois sur la concurrence, les marchés publics et la fiscalité qui sont appliquées aux opérateurs privés. Le rapport préconise pour un certain nombre de pays «l’adoption de réformes en vue de lever les restrictions qui sont imposées à l’activité des femmes dans des secteurs spécifiques et sur le plan des horaires de travail, de remédier à l’inégalité des salaires par rapport aux hommes et de mettre fin à l’obligation de requérir l’autorisation du conjoint pour obtenir un emploi». Il est à noter qu’en plus d’offrir un nouvel éclairage sur les difficultés auxquelles se heurte le développement du secteur privé, pourtant crucial pour la création d’emplois, cette publication montre en particulier comment le nombre et la qualité des emplois dans l’économie sont tributaires de la fluidité (ou «contestabilité») des marchés, a souligné l’institution internationale dans un communiqué. La Banque rappelle, à ce propos, qu’«un marché est considéré comme contestable lorsqu’il est facile pour les entreprises d’y entrer et d’en sortir et que s’y exerce en permanence la pression de la concurrence potentielle». Partant de cette définition, la Banque mondiale affirme que les marchés de la plupart des pays de la région ne sont pas contestables. Et pour cause : «Les entreprises publiques jouent un rôle prépondérant et bénéficient d’un traitement préférentiel en matière de taxes, de financements et de subventions». Le rapport explique en outre que «de nombreux pays de la région MENA disposent d’entités qui font à la fois office d’organismes de réglementation et d’opérateurs au sein des entreprises publiques, ce qui affaiblit la concurrence, tandis que les contrôles des prix et les subventions réduisent les incitations à la participation du secteur privé». Ce n’est pas tout. La publication relève, par ailleurs, que «les pays de la région MENA continuent de se caractériser par le poids des professions moyennement qualifiées, lui-même probablement lié à l’importance de leur secteur public, les travailleurs effectuant nettement moins de tâches nécessitant des compétences essentielles pour les emplois de demain, telles que des compétences cognitives (techniques) et socio-comportementales de niveau supérieur». Selon une analyse de la Banque mondiale, l’emploi dans les pays de la région MENA a progressé de 1% par an en moyenne dans les entreprises du secteur privé, bien loin des 5% enregistrés parmi les autres économies à revenu intermédiaire. L’organisme international estime en outre qu’«avec un taux d’activité féminine de 20% seulement, la participation des femmes sur le marché du travail est la plus faible au monde, tandis que le taux de chômage chez les jeunes est élevé et estimé à 26%». Il est à préciser que le rapport de la Banque mondiale examine de nouvelles données sur la réglementation des marchés de produits, qui rendent compte notamment des politiques favorisant ou entravant la fluidité des marchés, en Arabie Saoudite, en Egypte, en Jordanie, au Koweït, au Maroc, en Tunisie, aux Emirats arabes unis et en Cisjordanie et a Gaza. Ainsi, pour la première fois, l’organisme international a pu établir des comparaisons au sein de la région MENA et avec 51 pays ailleurs dans le monde. Alain Bouithy
Congo: Pourquoi la faillite des entreprises publiques ne suscite aucun débat?

C’est une des nombreuses questions que se posent les citoyens congolais: pourquoi la faillite des entreprises publiques ne suscite aucun débat ni aucune explication? Alors qu’une à une elles périclitent dans l’indifférence générale, ni causes, ni solutions ne sont mises sur la table pour ébaucher un meilleur avenir, constatent ils. La chaîne web Verité 242 a mené sa petite enquête auprès de ces Congolais qui ne cessent de s’interroger à leur tour sur le silence assourdissant des autorités et institutions. Reportage.