La recomposition des chaînes de valeur mondiales, un atout à saisir pour le Maroc

Les rivalités sino-américaines offrent de nouvelles perspectives à l’économie nationale ECONOMIE. « Les tensions sino-américaines ont profondément modifié la structure du commerce mondial », accentuant la fragmentation des flux, la reconfiguration des chaînes de valeur et les incertitudes géo-économiques, souligne le Centre marocain de conjoncture (CMC) dans sa récente publication, « Maroc Conjoncture » du mois de janvier 2025 (N°386). Mais loin d’être uniquement une source de perturbations, elles « ouvrent une fenêtre d’opportunité pour le Maroc », affirme l’Observatoire privé précisant que celle-ci ne se concrétisera qu’à condition de renforcer la capacité d’attraction du pays et sa résilience industrielle. La fragmentation accélérée du commerce mondial a profondément redessiné les chaînes de valeur internationales. La multiplication des mesures restrictives a perturbé les réseaux de production dominés par la Chine, pilier de la mondialisation industrielle. Les multinationales évoluent désormais dans un environnement plus instable, « marqué par la hausse des coûts logistiques, la diversification des fournisseurs et la nécessité de réduire la dépendance excessive envers un seul pays ou un seul pôle industriel », fait remarquer le CMC. Pour le CMC, la fenêtre d’opportunité ne pourra être pleinement exploitée qu’en consolidant l’attractivité du Royaume et sa résilience industrielle Ce contexte a favorisé l’émergence de nouvelles stratégies. Le nearshoring et le friend-shoring encouragent la relocalisation vers des régions politiquement ou économiquement fiables. De plus en plus adopté par les multinationales asiatiques, le modèle «China+1» consiste à maintenir une présence en Chine tout en développant des capacités industrielles dans d’autres pays jugés sûrs. Et si l’Asie du Sud-Est en bénéficie largement, la Méditerranée, l’Europe de l’Est et l’Afrique du Nord gagnent également en attractivité. Un atout comparatif majeur pour le Maroc Notons, par ailleurs, que l’émergence des politiques industrielles américaines et européennes, axées sur la sécurisation des chaînes d’approvisionnement critiques, redéfinit les priorités d’investissement et crée de nouvelles opportunités pour des pays stables dotés d’un environnement logistique performant et proche des marchés européens. «Ce qui constitue un avantage comparatif majeur pour le Maroc », estime le CMC. Dans ce contexte, le Maroc se trouve à un carrefour stratégique. Grâce à sa stabilité politique, à ses accords de libre-échange étendus, à la performance de ses infrastructures logistiques, notamment le hub de Tanger Med, à sa proximité immédiate avec l’Europe ainsi qu’à la montée en compétence de ses ressources humaines et à l’essor des écosystèmes industriels structurés, le Maroc dispose d’atouts solides « pour capter les délocalisations liées à la reconfiguration mondiale », souligne le Centre, convaincu que cette nouvelle donne mondiale pourrait ainsi constituer une véritable opportunité d’accélération industrielle et de montée en gamme pour l’économie marocaine. Concrètement, le Royaume peut bénéficier du mouvement de relocalisation partielle des chaînes de valeur, notamment dans l’automobile, le textile, l’électronique et les industries électriques, estime le CMC expliquant que la stratégie « China+1 » des multinationales asiatiques, tout comme les politiques européennes de réduction des dépendances stratégiques, renforcent l’attractivité du pays comme plateforme de production et de transformation. L’Observatoire prévient cependant que ces opportunités s’accompagnent de risques importants. Explication : « La dépendance persistante aux intrants asiatiques expose l’industrie marocaine aux fluctuations des prix mondiaux, aux ruptures logistiques et aux tensions géopolitiques », indique-t-il dans sa publication. Le Centre craint, par ailleurs que « l’intensification de la concurrence entre pays émergents (notamment en Afrique et en Méditerranée) complique la capacité du Maroc à se distinguer, d’autant que les exigences technologiques et environnementales s’intensifient ». Ce n’est pas tout, la montée des politiques industrielles protectionnistes en Europe et aux Etats-Unis impose une adaptation constante aux nouvelles normes, incitations et restrictions. Quoi qu’il en soit, « le Maroc se retrouve à un moment charnière où la fragmentation de l’économie mondiale peut constituer un puissant moteur d’intégration productive », ajoute le Centre. Mais pour cela, il doit consolider ses chaînes de valeur locales, accélérer la montée en gamme technologique et approfondir ses politiques publiques « visant à renforcer la souveraineté industrielle, tout en diversifiant les partenaires économiques ». Cette dynamique, si elle est bien anticipée, pourrait permettre au Maroc de transformer un choc géo-économique global en levier de compétitivité, conclut l’Observatoire. Alain Bouithy
Maroc. La croissance de l’économie nationale devrait s’établir à 5% en 2026

Prévisions économiques du HCP Après une croissance estimée à 4,7% en 2025, l’économie marocaine devrait s’accélérer pour s’établir à 5% en 2026, selon ce qui ressort du Budget économique prévisionnel (BEP) 2026 publié par le Haut-commissariat au plan (HCP). D’après l’institution publique, cette accélération continue serait «portée par la reprise du secteur agricole et par la consolidation des performances des activités non agricoles, stimulée par le dynamisme de la demande intérieure dans un contexte de stabilité des prix». Il est important de noter que les projections économiques, contenues dans le BEP, reposent sur un ensemble d’hypothèses macroéconomiques portant notamment sur « une campagne agricole 2025/2026 supérieure à la moyenne, soutenue par les conditions climatiques favorables ; la prise en compte des nouvelles dispositions de la loi de Finances 2026; un redressement de la demande adressée au Maroc, en lien avec l’amélioration graduelle de la croissance économique chez les principaux partenaires commerciaux ainsi que le maintien de la tendance baissière des cours à l’international, en particulier pour certaines matières premières, contribuant à l’atténuation des pressions inflationnistes ». Dans le détail, le démarrage de la campagne agricole 2025/2026 a été marqué par un déficit pluviométrique notable, les précipitations abondantes et bien réparties enregistrées à partir de fin novembre laissant entrevoir une campagne agricole plus prometteuse. Ce qui devrait contribuer à reconstituer les réserves des barrages et à alimenter les nappes phréatiques. Le HCP prévoit, par ailleurs, le redressement de l’activité d’élevage en 2026, « soutenue par les retombées positives de la décision Royale de s’abstenir du sacrifice de l’Aïd Al-Adha en 2025, l’amélioration du couvert végétal et la disponibilité des pâturages, ainsi que par le programme national de reconstitution du cheptel». Dans ces conditions, l’organisme chargé de la production, de l’analyse et de la publication des statistiques officielles au Maroc estime que la valeur ajoutée agricole devrait évoluer de 10,4% en 2026, après 4,5% en 2025, sous l’hypothèse d’une production céréalière supérieure à la moyenne. Après une évolution de 3,7% estimée en 2025, le secteur primaire devrait progresser de 10% en 2026 contribuant ainsi de 1,1 point à la croissance économique nationale en 2026 contre 0,4 point en 2025, selon les prévisions de l’institution, qui s’attend à un léger redressement de l’activité de la pêche au cours de cette année (après sa baisse prévue en 2025, suite au repli du volume des débarquements de la pêche côtière et artisanale). Les activités non agricoles devraient évoluer de 4,3% en 2026, soutenues principalement par la consolidation des activités industrielles, la poursuite de la bonne performance du secteur du BTP, ainsi que par la vigueur des services marchands. Mais également par la bonne tenue de la demande intérieure et par l’effet d’entraînement des grands projets d’investissement. Après une croissance de 4,8% estimée en 2025, les activités secondaires devraient évoluer de près de 4,2% en 2026, contribuant ainsi à la croissance économique nationale aux alentours de 1,1 point en 2025 et 2026. Quant au secteur tertiaire, il « devrait confirmer sa résilience avec une croissance de 4,3% en 2026 après 4,5% en 2025, contribuant positivement à la croissance du PIB à hauteur de 2,3 points en 2026 après 2,4 points en 2025 », selon le HCP. Alain Bouithy
Maroc: l’économie nationale fait preuve d’un fort rebond au troisième trimestre 2024

ECONOMIE. Après une première moitié d’année au ralenti, l’économie nationale a enregistré une performance économique solide au troisième trimestre 2024, portée par une vive et concomitante progression de la demande intérieure et extérieure, selon le Haut-commissariat au plan (HCP). Cette relance traduit le dynamisme de l’activité hors agriculture qui s’est accélérée à un rythme plus soutenu qu’attendu, s’établissant à +5,1%, au lieu de +3,2% en moyenne au premier semestre. Elle a été confirmée par les dernières enquêtes de conjoncture, avec une hausse des taux d’utilisation des capacités productives et une amélioration quasi-générale de l’activité des branches secondaires et tertiaires marchandes, indique l’institution publique. Dans le détail, les exportations nationales ont été stimulées par le regain de la demande européenne et asiatique. En volume, elles se sont ainsi accrues de 9,8% au troisième trimestre 2024, au lieu +7,8% au trimestre précèdent. D’après le HCP, « ce sont particulièrement les industries locales extractives et celles des branches de la chimie, de l’électronique, de l’automobile et du textile qui en ont le plus profité, avec des hausses respectives de leurs valeurs ajoutées de 15,9%, 18,2%, 16,1%, 16% et 5,3%, au troisième trimestre 2024, en variations annuelles. Les services ont, également, connu un sensible mouvement d’accélération, affichant une progression de 3,8%, grâce notamment à l’affermissement de la demande intérieure. La consommation des ménages s’est affermie, affichant une hausse de 3,9% au troisième trimestre 2024 et la croissance de l’investissement s’est accélérée, pour atteindre 13,5%, traduisant un effort soutenu d’équipement des entreprises privées pour le remplac ement et la modernisation de leur appareil productif, ainsi qu’un renforcement des projets d’infrastructure. Dans l’ensemble, le produit intérieur brut a crû de 4,3% au troisième trimestre 2024, en variation annuelle, au lieu de +2,4% en moyenne au premier semestre. Cette dynamique a soutenu une légère amélioration du taux d’emploi, qui s’est situé à 37,6% au cours de la même période, mais sans pour autant permettre une décrue du taux de chômage, s’établissant pour le cinquième trimestre consécutif au-dessus de 13%. La relance de l’activité s’est, également, accompagnée par une augmentation sensible des besoins de financement de l’économie vis-à-vis du reste du monde, s’établissant à +3,8% du PIB trimestriel. Malgré une amélioration de l’épargne privée, l’expansion des investissements a été plus vigoureuse, entrainant une hausse de l’endettement du trésor et des entreprises. Martin Kam Avec CP
Maroc. La croissance de l’économie nationale ralentit à 2,5% au premier trimestre

Selon les premières estimations du Haut-Commissariat au plan (HCP) publiées lundi 1 juillet, la croissance de l’économie nationale a nettement ralenti au titre du premier trimestre 2024. Tirée par la demande intérieure, elle s’est située « à 2,5% au lieu de 3,9% durant le même trimestre de l’année précédente », a-t-il indiqué dans une note d’information sur la situation économique nationale au premier trimestre 2024. « Cette croissance a été réalisée dans un contexte marqué par une inflation maîtrisée et une amélioration de la capacité de financement de l’économie nationale », a toutefois fait savoir l’organisme public notant que les activités non agricoles sont ressorties en hausse de 3,2% tandis que celles du secteur agricole ont accusé un recul de 5%. Dans le détail, les données recueillies montrent que la valeur ajoutée du secteur primaire en volume, corrigée des variations saisonnières, s’est contractée de 4,3% au premier trimestre 2024. Cette baisse, qui intervient après un accroissement de 1,7% enregistré durant le même trimestre de l’année précédente, s’explique par le « fort repli de la valeur ajoutée de l’agriculture de 5% au lieu d’une hausse de 2,1% et de la hausse de celle de la pêche de 10% au lieu d’une baisse de 4,8% », a indiqué le Haut-Commissariat. Dans sa note, l’institution note également que la valeur ajoutée du secteur secondaire a, pour sa part, réalisé une hausse de 3,6% au lieu d’une baisse de 0,4% lors de la même période de l’année passée. Pour l’organisme chargé de la production, de l’analyse et de la publication des statistiques officielles au Maroc, « cela a été le résultat du ralentissement des activités de l’industrie manufacturière à 2,1% au lieu d’une hausse de 3% et de la hausse des valeurs ajoutées de l’industrie d’extraction de 17,7% au lieu d’une baisse de 12,1%; de l’électricité, gaz, eau, assainissement et déchets de 3% au lieu d’une baisse de 3% ainsi que du bâtiment et travaux publics de 2,5% au lieu d’une baisse de 3%. L’institution dirigée par Ahmed Lahlimi Alami a, par ailleurs, indiqué que la valeur ajoutée du secteur tertiaire a enregistré un ralentissement de son taux d’accroissement passant de 6% lors de la même période de l’année précédente à 3% au premier trimestre 2024. Les données montrent qu’elle a été marquée par le ralentissement des activités de services financiers et assurances à 3,9% au lieu de 7,3%; de la recherche et développement et les services rendus aux entreprises (3,6% au lieu de 4,3%), du transport et de l’entreposage (3,4% au lieu de 8,7%), des services de l’éducation, de la santé et action sociale (2,9% au lieu de 4,2%), des services immobiliers (2,1% au lieu de 2,7%), de l’hébergement et restauration (1,9% au lieu de 55,8%) et de l’information et communication (1,3% au lieu de 3,1%). Selon le HCP, la valeur ajoutée du secteur tertiaire a également été marquée par la hausse des activités des services rendus par l’administration publique générale et sécurité sociale (3,4% au lieu de 3,1%) et du commerce et réparation de véhicules (2,7% au lieu de 1,4%). En somme, « la valeur ajoutée des activités non agricoles a connu un ralentissement de son taux d’accroissement passant de 3,9% le même trimestre de l’année passée à 3,2% », a souligné le HCP concluant ainsi que « le Produit Intérieur Brut (PIB) en volume a enregistré une croissance de 2,5% au premier trimestre de l’année 2024 au lieu de 3,9% une année auparavant », compte tenu de la hausse de 5,5% du volume des impôts nets des subventions sur les produits. Et qu’aux prix courants, il a progressé de 3,8%, dégageant une hausse du niveau général des prix de 1,3%. Alain Bouithy
Maroc. La difficile reprise de l’économie nationale

Comme le suggèrent les données actuellement disponibles, il faut se rendre compte que «le profil de l’activité économique s’apparente à celui de l’économie mondiale dans son ensemble», selon le Centre marocain de conjoncture (CMC). Quand bien même la croissance ne fléchit véritablement pas, force est de constater qu’elle « baisse de rythme », note l’Observatoire privé de l’économie marocaine dans sa dernière publication trimestrielle, «Maroc Entreprise» (N° 110, décembre 2023), soulignant un contexte conjoncturel plutôt hésitant. De son point de vue, la reprise est difficile. « Le marché de l’emploi manque de dynamisme et la confiance des ménages est en net repli comparativement à l’exercice précédent, même si l’inflation commence à reculer depuis quelques mois », fait-il remarquer. Cela n’augure rien de bon d’autant plus que les différentes branches d’activité affichent pour leur part des tendances conjoncturelles assez contrastées, poursuit la publication du Centre. Si plusieurs secteurs d’activité ont connu des évolutions très positives au terme des neufs premiers mois de l’année qui vient de s’achever, les données montrent que d’autres évoluent de façon inverse. En effet, d’après l’institution spécialisée dans l’analyse et le suivi de la conjoncture, la prévision et l’évaluation d’impact, bien d’autres secteurs « continuent de subir de fortes contractions de la demande, les forçant à réajuster leur cycle de production », citant le cas du secteur industriel dans son ensemble. Il faut dire qu’en dépit des accélérations enregistrées par certaines composantes à fin septembre 2023, comme les industries pharmaceutiques (28,5%), celles de la fabrication de matériels de transport (16,6%) et de la fabrication des boissons (11,8%), la production du secteur industriel a enregistré une chute de 3,5%. Citant des chiffres du Haut-Commissariat au plan (HCP) relatifs à l’indice de la production industrielle, l’Observatoire rappelle que l’activité des industries manufacturières hors raffinage de pétrole a enregistré une baisse de cet ordre au cours du deuxième trimestre 2023 par rapport à la même période de 2022. Il est important de souligner qu’à la faveur, notamment, du redressement du secteur du tourisme qui a affiché des résultats exceptionnels, après la forte contraction causée par la crise sanitaire, les activités de services ont également connu une forte reprise. Soulignant une reprise vigoureuse du tourisme, le CMC note que la destination Maroc a retrouvé ses clients en 2023. Ainsi que l’attestent les données actuellement disponibles, « l’évolution des arrivées touristiques connaît un essor remarquable en ce début d’année ». Pour preuve, un peu plus de 11 millions de touristes ont été recensés au terme des neuf premiers mois de l’année écoulée, soit une hausse de 44% en comparaison avec la même période de l’année précédente. En revanche, le secteur agricole continue de traverser une période difficile, constate l’Observatoire rappelant qu’il s’agit d’un des principaux moteurs de la croissance de l’économie marocaine. Selon la publication trimestrielle, cette situation s’explique par « la persistance de conditions climatiques très contraignantes mais aussi d’incertitudes qui planent sur l’économie dans son ensemble ». Malgré tout, et quoi qu’en disent les chiffres, le Centre estime que l’économie marocaine devrait continuer de croitre en 2023. Et ce en dépit du séisme d’Al Haouz et des contraintes liées au ralentissement de l’économie mondiale ainsi que des conditions climatiques peu clémentes. D’après ses prévisions, le taux de croissance prévu est de 2,8% après 1,3% enregistré une année plus tôt. « Cette reprise devrait se confirmer en 2024 et 2025 pour atteindre respectivement 3,1% et 3,3% suite au comportement prévisible de la demande intérieure qui se remet progressivement des chocs récents ». Alain Bouithy
Maroc. L’économie nationale peine à réaliser le rythme de croissance escompté

C’est un fait que l’économie nationale peine à réaliser le rythme de croissance escompté, malgré la poursuite de son processus de rétablissement. « L’économie nationale n’est pas encore parvenue à réaliser le rythme de croissance escompté », constate le Haut-commissariat au plan (HCP) dans son Budget économique prévisionnel 2024. Pour l’organisme public dirigé par Ahmed Lahlimi Alami cet état des choses témoigne « d’une phase de transition plus lente que nécessite une pleine restauration économique ». Il est évident que la reprise limitée post-Covid n’a pas permis de compenser intégralement les pertes engendrées par le recul prononcé de la croissance économique en 2020, a-t-il fait remarquer dans ce document qui présente une révision du budget économique exploratoire publié au mois de juillet 2023. Difficultés à surmonter la perte de près de 432 mille postes d’emplois sous le choc du Covid Le Haut-commissariat en veut pour preuve les difficultés que continuerait d’éprouver le marché de l’emploi à surmonter les impacts d’une perte de près de 432 mille postes d’emplois sous le choc du Covid. Il ne fait aucun doute que « la croissance économique, fragilisée par la récurrence des années de sécheresse et par les retombées des tensions géopolitiques persistantes, peine à soutenir efficacement la création de postes d’emploi permettant de revenir aux taux de chômage d’avant crise », constate l’institution chargée de la production, de l’analyse et de la publication des statistiques officielles au Maroc. Etant donné que l’économie nationale est en perte nette annuelle moyenne de plus de 75 mille emplois durant les trois dernières années, le HCP estime que cette tendance aurait des impacts substantiels sur l’évolution des revenus et de l’épargne, notamment dans un contexte où l’inflation s’avère difficilement atténuable et où les efforts pour la dynamisation économique sont plus que jamais nécessaires. Le contenu en emploi de la croissance économique a tendance à s’affaiblir Dans ces conditions, il est évident que les perspectives modérées de la croissance économique soulèvent l’importance cruciale de réaliser une croissante économique plus créatrice d’emplois, a noté l’institution expliquant que « cette nécessité est d’autant plus pressante que le contenu en emploi de la croissance économique a tendance à s’affaiblir et que la croissance potentielle de l’économie nationale enregistre une tendance baissière ». Dans ce contexte soumis aux contraintes à la fois externes et internes de l’économie nationale, en particulier celles liées à l’ampleur de l’intervention de la politique budgétaire, le Haut-commissariat soutient qu’« il est inéluctable de dégager des espaces budgétaires supplémentaires pour contribuer davantage au processus de stimulation de l’activité économique ». Selon les prévisions du HCP, qui tiennent compte d’une évolution prévue des impôts et taxes sur les produits nets de subventions de 3,2%, le produit intérieur brut (PIB) devrait s’accroître de 3,2% en 2024 par rapport à 2,9% estimé pour 2023. Dans son Budget économique prévisionnel 2024, l’institution ajoute que « le PIB nominal devrait s’accroître de 6% en 2024, portant l’inflation, mesurée par l’indice implicite du PIB, à 2,8% en 2024 après avoir enregistré 4,5% en 2023 et 3,1% en 2022 ». Selon ces prévisions, qui se basent également sur l’hypothèse d’une reprise de la demande étrangère dans un contexte d’atténuation progressive des tensions inflationnistes au niveau international, les activités agricoles devraient enregistrer une hausse de 2,5% en 2024 contribuant à la croissance du PIB de 0,3 point ; les activités non agricoles devraient enregistrer un taux de croissance de près de 3,2% en 2024 après 2,7% en 2023 porté par la poursuite de la bonne tenue du secteur tertiaire et par la reprise du secteur secondaire. Alain Bouithy
Maroc. Les échanges extérieurs devraient se redresser en 2024

ECONOMIE. «L’amélioration des perspectives économiques chez les principaux partenaires commerciaux devraient stimuler la demande extérieure après son net ralentissement en 2023, favorisant ainsi le renforcement de l’offre exportable de l’économie nationale», selon le Haut-commissariat au plan (HCP). C’est dans ce sillage que l’institution dirigée par Ahmed Lahlimi Alami a prévu que «les exportations des biens et services devraient afficher un rythme de croissance consolidé de 7,6%». Cette évolution est « attribuable à la poursuite de la performance des exportations des métiers mondiaux, du textile et du phosphate et de ses produits dérivés, à la suite notamment de la baisse des droits d’importations appliqués sur les engrais chimiques par les Etats-Unis », a-t-elle expliqué dans son Budget économique prévisionnel 2024 publié récemment. Les importations, notamment celles des biens intermédiaires et d’équipement, devraient de leur côté connaitre une augmentation au cours de cette année suite à l’amélioration de la croissance nationale. Le HCP estime, en outre, que la situation peu favorable de la production agricole devrait conduire au recours à l’importation pour combler le besoin en matière de produits alimentaires et animaux vivants. Par ailleurs, «la reprise prévue des exportations des produits de phosphates devrait alimenter les importations en produits intermédiaires», a poursuivi l’organisme estimant ainsi que le volume des importations des biens et services devrait s’inscrire en hausse de 7,8% au lieu de 6,5% estimé pour 2023. Les projections du Haut-commissariat laissent apparaitre une atténuation des pressions inflationnistes en 2024 grâce à la baisse prévue des cours des matières premières, notamment énergétiques et alimentaires, ainsi qu’a l’amélioration des conditions d’approvisionnement à l’échelle mondiale. L’institution prévoit, dans ces conditions, que « la valeur des exportations nationales des biens et services devrait enregistrer une progression de 7,6%, tandis que celle des importations devraient afficher une hausse de 7,3% ». Ces variations devraient ainsi porter le déficit en ressources à 10,6% du PIB au titre de l’année 2024, a-t-elle noté. Il est à souligner que « le compte courant devrait afficher un déficit aux alentours de 0,4% du PIB au lieu d’un excédent de près de 0,1% du PIB estimé en 2023 », peut-on lire dans le Budget économique prévisionnel de l’année en cours qui tient compte de l’évolution des transferts MRE, comme l’a relevé le HCP. Selon l’Institution, « ce besoin de financement reflète l’écart entre l’investissement qui devrait représenter 28,2% du PIB et l’épargne nationale qui devrait s’établir à 27,8% du PIB en 2024, et ce compte tenu des revenus extérieurs qui devraient avoisiner 7,2% du PIB». Quant à l’épargne intérieure, elle devrait atteindre 20,6% du PIB au lieu de 19,7% du PIB en 2023, suite à une croissance nominale du PIB de 6% conjuguée à une évolution de la consommation nationale de 4,9%. Alain Bouithy
Maroc. La croissance de l’économie nationale se modérerait en ce début d’année

L’année 2024 s’ouvre sur des perspectives peu réjouissantes pour l’économie nationale, les dernières statistiques du Haut-Commissariat au plan (HCP) laissant entrevoir un ralentissement du rythme de la croissance au cours du premier trimestre. En effet, « la croissance économique nationale se modérerait au premier trimestre 2024 », a annoncé l’organisme public dans son point de conjoncture du quatrième trimestre 2023. Elle devrait s’établir à +2,4% au premier trimestre 2024, en rythme annuel, au lieu de +3,5% au cours de la même période de l’année antérieure, a-t-il indiqué expliquant que la reprise amorcée en fin 2023 se serait heurtée au retour de la sécheresse automnale. D’après le document, qui fait état de la situation des principaux indicateurs économiques observés pour le troisième trimestre et estimés pour le quatrième trimestre 2023, « le démarrage de la campagne agricole 2023/24 avait été caractérisé par un retard sensible de l’installation des cultures précoces ». En outre, en comparaison avec la même période d’une saison agricole normale, le Haut-Commissariat estime que le déficit pluviométrique des quatre premiers mois de la campagne aurait atteint 53%. L’institution estime toutefois que « la valeur ajoutée agricole pourrait enregistrer une amélioration de 0,5%, en variation annuelle, si les conditions pluviométriques se réajustent au régime d’une saison normale, notamment au cours du premier trimestre 2024 ». Selon les prévisions du HCP, hors agriculture, la croissance se maintiendrait au rythme de 2,9%, portée par la progression continue des activités des secteurs secondaires, notamment les industries chimiques, la fabrication de matériel de transport et l’industrie automobile. De son côté, « la valeur ajoutée des industries extractives poursuivrait son redressement, affichant une augmentation de 9,4% en variation annuelle, au lieu de -11,8% un an auparavant », a poursuivi l’institution notant que l’évolution des services serait plus modérée, tout en conservant une contribution significative à la croissance économique, soit 1,6 point, comparativement à 0,5 point pour le secteur secondaire. La demande intérieure demeurerait le principal moteur de la croissance Fortement ressentie dans les régions rurales en raison de conditions climatiques défavorables, la décélération des revenus impacterait les dépenses des ménages.Le Haut-Commissariat prévoit néanmoins qu’elle serait quelque peu atténuée par l’accroissement des transferts publics, notant qu’en variation annuelle, la consommation des ménages devrait enregistrer une hausse de 1,2% au premier trimestre 2024. Toujours selon les prévisions de l’organisme, « la demande intérieure serait, également, tirée par l’amélioration des dépenses de consommation des administrations publiques, qui devraient, en outre, renforcer leurs investissements durant cette période ». En revanche, dans un contexte de maintien de la hausse des coûts de financement bancaire, les investissements des entreprises non financières ralentiraient au cours de cette même période, ressort-il de son point de conjoncture. S’agissant des échanges extérieurs à l’activité économique, leur contribution demeurerait négative pour le troisième trimestre consécutif, amputant ainsi la croissance économique globale de 1,8 point. La croissance du volume des exportations de biens et services ralentirait à 11,4% au premier trimestre 2024, contre 15,5% au trimestre précédent, en raison du ralentissement des services. Et ce, malgré la solidité de la demande étrangère pour les produits automobiles et la progression continue des exportations de dérivés du phosphate. Quant à celle des importations, elle « resterait soutenue, stimulée par l’amélioration de la demande intérieure et la relance des achats en demi-produits ». L’inflation poursuit son processus de décélération mais peine à retrouver son niveau d’avant 2022 Bine qu’elle se replie, l’inflation globale peine à retrouver son niveau d’avant-2022, a constaté le Haut-Commissariat estimant qu’elle aurait de nouveau diminué, au quatrième trimestre 2023. Sur l’ensemble de l’année 2023, l’inflation aurait atteint +6,1%, après +6,6% en 2022, traduisant principalement le reflux des pressions inflationnistes importées et le maintien des tensions sur les prix des produits alimentaires locaux, sur fond du renchérissement des coûts de production, d’après le HCP. Quant à l’inflation sous-jacente, elle serait passée de +5,8% en 2022 à +5,9% en 2023, en lien avec la progression plus soutenue des prix des services. Alain Bouithy