Diplomatie congolaise : le naufrage d’un régime en échec et mat ! ( lecture en 5 minutes )

PARLONS-EN. La débâcle du candidat Firmin Édouard Matoko, écrasé par Khaled El-Enany (55 voix contre 2) à l’élection au poste de Directeur général de l’UNESCO, marque bien plus qu’un revers diplomatique. Elle consacre le vide stratégique et symbolique du Congo dans le système international. À Brazzaville, on assiste désormais à la montée des périls entre les clans rivaux du pouvoir pour une prochaine conflagration dont les bébés noirs ne sont qu’une mise en bouche. Le 3 août dernier nous avions prédit un échec cuisant et hors norme du Congo. Le soutien explicite de la France, de l’Union africaine et celui du Congo lui-même ( !) à l’Égypte, avait clairement défini le rapport de force. Pourtant, ACM, Moungala, Ossebi, Okiemi préoccupés par leurs frais de missions, ont choisi l’entêtement : tromper M. Sassou afin qu’il maintienne une candidature notoirement vouée à l’échec. Conseiller M. Sassou pour se faire les poches est regrettable. Cela révèle l’isolement croissant d’un pouvoir coupé des réalités internationales, régionales et même locales. C’est la preuve que les 4 mousquetaires cités supra sont prisonniers des illusions des pseudo prophètes et syncrétistes. Dans les cercles diplomatiques, la défaite du Congo à la tête de l’UNESCO est assimilée au symptôme d’une extinction d’influence et de régime. Qui blâmer ? Le manque de crédibilité des dirigeants congolais sans doute. Mais à cela s’ajoutent la faute diplomatique du Premier Ministre congolais et les sorties médiatiques inappropriées des membres de son Gouvernement qui n’ont fait qu’enfoncer le candidat Matoko. La dernière session extraordinaire des chefs d’État de la CEEAC à Sipopo à Malabo n’avait pas non plus pris position pour le candidat Matoko. Curieux ! À l’annonce des résultats, M. Sassou aurait déclaré, « j’étais trop pressé de féliciter ACM pour son interview. Si je savais que cela devait m’enfoncer de plus belle, je me serais abstenu de lui envoyer un message pour l’applaudir ». Jadis interlocuteur respecté et incontournable de l’Afrique, le Congo n’a plus de relais dans l’Union africaine, ni auprès de ses voisins immédiats. Les voisins considérés comme alliés tacites, se sont progressivement distancés. Félix Tshisekedi à Kinshasa et João Lourenço à Luanda ont consolidé un axe stratégique RDC–Angola centré sur la stabilité énergétique et la sécurité frontalière avec le corridor de Lobito inauguré en présence de Joe Biden le 4 décembre 2024. Au même moment, Brazzaville s’enferme dans une alliance opportuniste avec Paul Kagame en bradant ses propres terres. Cette orientation, censée affaiblir Kinshasa sur le plan diplomatique, a paradoxalement plongé Brazzaville dans une zone de défiance, perçu désormais comme un acteur instable, contradictoire et peu crédible. La diplomatie congolaise est devenue un viatique de survie autoritaire : nouer des alliances ponctuelles, flatter les puissances du moment, sans cohérence d’ensemble. D’ailleurs l’alliance conjoncturelle avec Kagame illustre ce naufrage stratégique. Tous ces mauvais choix d’alliance traduisent l’incapacité du Congo à exister indépendamment des autres. Sassou, ACM, Gakosso et Cie : l’alliance du repli et la faillite du système diplomatique L’isolement diplomatique de M. Sassou est le produit d’un système à bout de souffle, personnifié par ACM, Gakosso et Cie, dont la politique extérieure se résume à la mise en scène du protocole. Distributeur de passeports diplomatiques à des personnalités peu recommandables et des « petites » de Raymond Mboulou, ACM et autres, n’ont jamais eu ni doctrine régionale, ni stratégie multilatérale de leur côté. Ils sont tout simplement incompétents dans leurs tâches. Il faut dire qu’ils doivent leur survie à l’appartenance au cercle de minables loges sorcières. Seulement en politique, seuls prévalent les intérêts. M. Sassou va s’y retrouver confronté à Trump sous peu. Macron ne l’aidera pas, bien au contraire. La diplomatie congolaise s’est donc vidée de sa substance. Les vastes capitales – Paris, Berlin, Washington, Londres – n’accordaient plus à Brazzaville qu’une tolérance polie. Cela s’est transformé en volonté d’éjection depuis peu sous nos yeux. Il faut réinterpréter la situation des pseudo « Bébés Noirs – Kuluna » à l’aune de cette situation de futur « printemps congolais » en gestation : présence des réseaux peulhs chassés du Mali, des réseaux Peuhls islamisés djihadistes de la Centrafrique, des services d’intelligence de la RDC, des filières internationales de drogues et blanchiment… Bref le Congo prend l’eau de toute part ! Matoko, victime expiatoire d’une diplomatie de l’illusion ? Dans ce théâtre d’ombres, Matoko, certes compétent, a servi de bouc émissaire consentant à un régime en quête de prestige. Sa candidature n’aurait jamais pu symboliser l’excellence intellectuelle française au regard de certains dossiers scabreux qu’il laisse derrière lui à l’UNESCO (fermez le ban!). Élu de la voûte étoilée sous le glaive de feu Nzoungou Alphonse, Matoko révèle une contradiction fondamentale : comment prôner la culture, l’éducation et la science alors que le système national de l’enseignement congolais s’est effondré ? Comment imposer Fatimata Barry Marega, représentante UNESCO au Congo sans qu’elle n’ait l’expérience requise et tuer le mort déjà mort ? Ces choses se savent. Les partenaires de l’UNESCO ne s’y trompent pas. Le Congo ne peut être un ambassadeur crédible de la connaissance alors que ses écoles forment au rabais, ses enseignants et médecins sont impayés et ses universités privées de moyens de base. Au-delà de l’humiliation, sa défaite diplomatique sonne comme un verdict ironique de l’histoire. En effet, né d’une mère indochinoise, elle-même fille de parents déportés en travail forcé pour la construction du CFCO dès 1921, Matoko n’a pas suivi l’exemple d’Hô Chi Minh et Vo Nguyen Giap qui ont conduit leurs compatriotes à la libération au terme de la défaite française à Dien Bien Phû en 1954 ! Ils ont ensuite battu les USA en 1975 pour devenir le Vietnam indépendant et respecté de nos jours. A l’inverse, l’échec de la candidature congolaise cristallise l’évidence du régime Sassou qui vit hors des temps et des leçons de l’histoire. Le monde, lui, avance sans le Congo, désormais relégué au rang de spectateur marginal de sa propre histoire. Nous doutons que la France en reste là. Elle va solder ses comptes assurément… Ghys Fortune BEMBA DOMBE
RDC. La diplomatique « erratique » de Félix Tshisekedi analysée

TRIBUNE. Un article de la revue « Conflit » paru récemment résume remarquablement tout ce que nous disons depuis quelque temps sur l’isolement diplomatique de Félix Tshisekedi et de son régime. L’auteur de l’article, Charles de Blondin, écrit en introduction : « Enlisée dans un conflit interminable avec le M23, soutenu par Kigali, la RDC multiplie les initiatives diplomatiques et militaires, sans véritable cohérence stratégique. Félix Tshisekedi, engagé dans un bras de fer sur plusieurs fronts, semble pris au piège d’une diplomatie ERRATIQUE qui, loin de renforcer sa position, l’isole de plus en plus ». Plus loin, l’auteur dresse un portrait de la réalité militaire et diplomatique congolaise qui se passe de tout commentaire. On peut lire : « Sur le terrain militaire, la RDC est en échec et c’est probablement là sa principale faiblesse : le champ de bataille commande. Sur le front diplomatique, elle peine à s’imposer. Et sur le plan économique, l’incertitude croissante décourage les investisseurs. Alors que le conflit s’enlise, Tshisekedi doit choisir : persister dans une guerre qu’il ne contrôle plus, ou revoir sa stratégie diplomatique en intégrant définitivement l’incontournable réalité du rapport de forces. Mais le temps joue contre lui ». Bref. Ce que certains soutiens de Félix Tshisekedi présentent ou interprètent comme le signe d’un quelconque « succès diplomatique » (notamment depuis l’imposition d’une série de sanctions « symboliques » contre le Rwanda ou certaines personnalités rwandaises) n’est en réalité que la preuve éclatante d’une diplomatique erratique qui peine à convaincre sur la scène régionale et internationale. Comme l’écrit Charles de Blondin, Tshisekedi doit revoir sa stratégie diplomatique s’il veut faire entendre la voix de la RDC sur la scène internationale. Je bois mon lait nsambarisé… Par Patrick Mbeko
Patrick Mbeko : les pressions et sanctions occidentales contre le Rwanda ne résultent pas d’une manœuvre diplomatique congolaise

Bien qu’elles soient liées à la situation en République démocratique du Congo (RDC), les pressions et sanctions occidentales contre le Rwanda ne résultent pas d’une manœuvre diplomatique congolaise, affirme le consultant politologue et géopoliticien Patrick Mbeko. » Les Congolais doivent comprendre que les pressions diplomatiques exercées sur le Rwanda par les pays occidentaux et les sanctions, pour la plupart symboliques, imposées ces derniers jours sont, certes, liées à la situation en RDC, mais ne sont pas le résultat d’une quelconque manœuvre diplomatique congolaise », écrit ce spécialiste de l’Afrique des Grands Lacs et auteur de plusieurs livres sur les conflits armés en Afriquedans un récent poste sur facebook. Si ces pressions étaient le fruit d’une action diplomatique congolaise, » les sanctions auraient été prises depuis fort longtemps, surtout au lendemain de la chute de Goma », argumente-t-il. A ses yeux, « ce qui semble se jouer ici, c’est la volonté de certains de redistribuer les cartes dans la géopolitique de la très stratégique région des Grands Lacs. Dessein qui remonte à l’époque Obama, mais qui semble avoir été mis en sourdine durant le premier mandat de Donald Trump en 2016, avant d’être ravivé par l’administration Biden, où l’on a vu le département d’état se heurter parfois au département de la Défense à propos du Rwanda ». Dans ce contexte, la Répulique démocratique du Congo, riche en minerais stratégiques, saura-t-elle tirer son épingle du jeu ?, s’intérroge-t-il. Adrien Thyg
Congo Brazzaville. M. L’Ambassadeur Pascal Gayama, figure légendaire de la Diplomatie Congolaise s’en est allé

DISPARITION. Communiquée par son Epouse, l’Honorable Députée congolaise, Esther Ahissou Gayama, la triste nouvelle du décès de son Excellence Monsieur l’Ambassadeur Pascal Gayama est tombée, le 2 janvier 2025. Le lendemain du Jour de l’an. Fils d’Okoyo , dans le Département congolais de la Cuvette Ouest, M. Pascal Gayama voit sa vie durablement se construire, dès le lycée Savorgnan de Brazza, à Brazzaville. Au sein de cet établissement, élève d’allure relaxe, dandy sur les bords, mais studieux, travailleur et discipliné, il reçoit une solide formation classique qui lui ouvre un bel avenir de haut cadre. Au terme d’une bonne préparation, il réussit le concours de l’Office de Coopération Radiophonique(OCORA). Un examen qui lui permet de devenir Journaliste à la Radiotélévision Congolaise. Mais, une profession sur laquelle M. Pascal Gayama ne mise pas beaucoup, d’autant qu’il se retournera, par la suite, vers l’Institut des Sciences Politiques de Paris. Une Université de recherche sélective, de rang international, fondée sur des valeurs d’ouverture et d’excellence. Admis à cet Institut, M. Pascal Gayama choisit l’option Diplomatie. Du passage du Journaliste Pascal Gayama à la Télévision Congolaise, le Professeur André Patient Bokiba, Conseiller Culturel du Président Denis Sassou Nguesso, garde le souvenir d’une belle expérience de pigiste au Journal Télévisé de Télé Congo où il avait été introduit, en 1965 par M. Pascal Gayama, à la prestation éblouissante. Aux côtés du Professeur André Patient Bokiba, trois autres commentateurs du Journal Télévisé. MM. Raymond Ibata, Alphonse Foungui et Ange Edouard Poungui. Une époque où Télé Congo était la première télévision d’Afrique francophone. Pour l’histoire, il était arrivé aux quatre pigistes de diffuser des éléments sur le Congo Kinshasa où le Président Mobutu venait de prendre le pouvoir. Contexte politique, au Congo Brazzaville, né des Trois Glorieuses obligeant, les commentaires des quatre pigistes avaient une forte tonalité révolutionnaire et tiers mondiste. A la grande satisfaction de M. Pascal Gayama. Ce qui, d’ailleurs, avait valu aux pigistes des félicitations du Directeur Général des Services de l’Information de ces temps là, M. Sylvain Bemba, aujourd’hui disparu. Fier de sa formation à Sciences Po, M. Pascal Gayama, en bon patriote, rentre au Congo, en 1972, pour se mettre au service de son pays. Il est alors aligné sur le statut du corps des personnels des Affaires Etrangères. Une étape de sa carrière où il gravit rapidement les échelons. Du grade de Secrétaire des Affaires Etrangères, il est élevé au rang de Ministre Plénipotentiaire. Et, New York, aux USA, fut son premier poste d’affectation, à l’étranger, avec ce grade, en qualité de Conseiller à l’Ambassade du Congo auprès des Nations Unies. Il y exerce, environ cinq ans, et repart, à nouveau, à son Ministère d’origine à Brazzaville, avant d’être mis en mission à l’Ambassade du Congo auprès de l’OUA et de l’Ethiopie, comme Ambassadeur. De l’Ethiopie, il regagne encore le Ministère des Affaires Etrangères du Congo. De là, il fera son entrée au Gouvernement comme Secrétaire d’Etat Chargé de la Coopération jusqu’en 1991. La Conférence Nationale se tenant à Brazzaville, M. Pascal Gayama y participe comme Membre du Gouvernement. Et, sera, par la suite, désigné par le Président Denis Sassou Nguesso, candidat pour la Sous-Région Afrique Centrale à un des postes de Secrétaire Général Adjoint de l’OUA. Il en fut élu et alors nommé Chef de Département de l’Education, Sciences, Culture et Affaires Sociales de l’OUA(ESCAS). Deux mandat, il exercera. Revenu au pays, au terme de ses charges à l’OUA, le devoir appellera encore M. Pascal Gayama à New York où le Congo présidait le Conseil de Sécurité. Ambassadeur en Second, il sera promu à New York. Après l’élévation de l’Ambassadeur en Chaire au poste de Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération, M. Pascal Gayama assurera pleinement la fonction d’Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire jusqu’à son rappel au Congo où il sera retenu Ambassadeur Itinérant auprès du Président de la République , puis Ambassadeur du Congo au Royaume Uni. Enfin, en 2024, réinstallé à Brazzaville, l’Ambassadeur Pascal Gayama, des suites d’une maladie, s’éteint définitivement, à l’âge de 76 ans. Pascal Gayama, alors Secrétaire Général Adjoint de l’OUA, est celui qui proposa au Congo de briguer le siège du Festival Panafricain de la Musique (FESPAM). Ainsi, ce fut grâce à lui que la République du Congo obtint cet honneur d’abriter le siège du FESPAM, une position diplomatique interafricaine pour le moins enviée par d’autres Etats du continent. Pour M. Bayi Nicodème Sinibaguy-Mollet, son collègue Diplomate, M. Pascal Gayama portait en lui, des usages de ce qui ressemblait à une vie d’artiste. De Lékéty, dans le Département congolais de la Cuvette Ouest, à Makoua, dans la Cuvette Centrale, de Makoua à Brazzaville, et de Brazzaville à Paris, estime M. Bayi Nicodème Sinibaguy-Mollet, M. Pascal Gayama a vécu comme un artiste. Un grand mélomane. De sa voix de ténor, il fredonnait régulièrement des chansons des Orchestres Bantou de la Capitale, Ok Jazz, African Jazz, l’Afrisa International. Etaient également à sa portée, des airs des formations musicales des célébrités comme Otis Reding, James Brown, de l’Orchestre Broadway et de bien d’autres, aussi prestigieuses. Avant le passage des disques vinyles et des cassettes audio au système numérique, ses années d’étudiant et celles qui ont suivi, M. Pascal Gayama était un féru de collection des disques CD et vinyles. Sur les étagères de sa chambre à la Cité Universitaire de Cachant, en région parisienne, il stockait divers supports d’artistes musiciens, aussi bien africains, européens, sud américains que des USA. Toutes sortes de musique s’y bousculaient depuis la Salsa, la Pachanga, la Charanga, le Boléro, le Rock and Roll, la valsa, le tango et autre Rumba. Une passion pour la musique que Pascal Gayama parallélisait avec le goût pour la lecture. L’Ambassadeur Pascal Gayama disparaissant, c’est une lumière de la Diplomatie congolaise qui s’est éteinte. Mais demeure légendaire son image de Diplomate, dans l’univers des Affaires Etrangères congolaises de ces cinquante dernières années. Tant le passage de l’Ambassadeur Pascal Gayama, dans les rouages des Affaires Etrangères congolaises, laisseront des marques. Des marques qui le distingueront, à