Congo – gouvernement : une architecture contre la constitution ( lecture en 4 minutes)

Congo – gouvernement : une architecture contre la constitution ( lecture en 4 minutes)

HAUT ET FORT. À la suite de notre publication du 26 avril 2026, plus d’une personne nous a traités de tous les noms d’oiseaux, pourtant, les faits sont patents : il existe une manière subtile de vider une institution de sa substance sans jamais l’abolir en la diluant jusqu’à l’insignifiance. Le décret n° 2026-176 du 24 avril 2026, portant nomination des membres du gouvernement congolais, illustre parfaitement cette mécanique. Derrière une apparente conformité à la Constitution de 2015, il en altère profondément l’équilibre… Un socle constitutionnel fragilisé Les articles 99, 100 et 102 de la Constitution définissent un schéma clair : le Premier ministre détermine la politique économique et sociale en concertation avec le Président, en assume la responsabilité devant l’Assemblée nationale(article 100) et coordonne l’action gouvernementale via les comités interministériels (article 102). Cet édifice suppose une architecture gouvernementale cohérente. Or, le décret du 24 avril en compromet les fondements : l’apparition d’un Vice-Premier ministre, fonction absente de l’article 98 qui limite la composition du gouvernement au Premier ministre et aux ministres est la première anomalie. La nomination de Jean-Jacques Bouya à ce poste introduit une autorité parallèle, chargée de la coordination des infrastructures et de l’aménagement du territoire. Des prérogatives qui recoupent directement celles du chef du gouvernement selon l’article 102 cité précédemment.Ce chevauchement crée une ambiguïté institutionnelle majeure : deux centres de coordination sans hiérarchie clairement établie. Une telle configuration fragilise mécaniquement l’autorité du Premier ministre et brouille la chaîne décisionnelle. Une politique économique éclatée La dispersion des leviers économiques entre plusieurs ministères autonomes. Finances( Yoka) tient les ressources, Économie et Plan (Ngatsé) tient la planification, Industrie (Djombo) tient l’investissement productif, Coopération et Partenariats public-privé(Christel Sassou) tient les flux extérieurs, Emploi Malanda-Samba) gère les effets sur le marché du travail qui doit rentrer en conflit avec les PME ( Cécile Kimbatsa) pour le contrôle du Figa. Autant de pôles stratégiques éclatés entre différents titulaires disposant chacun de circuits d’influence propres.Dans ce schéma, le Premier ministre se trouve constitutionnellement responsable d’une politique dont il ne maîtrise ni les instruments ni les arbitrages. La responsabilité prévue par l’article 100 perd alors sa portée réelle, devenant largement théorique. Des chevauchements de compétences paralysants Troisième faille : La multiplication des zones de recouvrement entre portefeuilles. La Construction relève simultanément de JJB et, des ministres N’silou ainsi que, Moundélé. Les ministres délégués Bahamboula, Kaba Mboko reproduisent littéralement les intitulés de leur ministre de tutelle. Enfin, le social ou l’humanitaire divisera Ebouka Babackas et Pongault. Bref, vous conviendrez avec moi, que, les ressources naturelles, développement des entreprises de plusieurs secteurs sont fragmentés entre ministères aux compétences mal délimitées.Ces doublons ne sont pas neutres. Ils génèrent des conflits d’attribution, ralentissent la prise de décision et favorisent le déplacement des arbitrages vers un centre informel de pouvoir. En pratique, ce type de configuration renforce la centralité de la Présidence au détriment de la Primature. La pléthore ministérielle comme stratégie politique La taille du gouvernement Quarante et un ministres constitue en elle-même un facteur de désorganisation. Une telle configuration rend la coordination effective extrêmement difficile, sinon impossible. Loin d’être un simple excès, cette inflation ministérielle répond à une logique politique : multiplier les portefeuilles pour intégrer des équilibres régionaux et consolider des alliances. Mais ce choix au coût institutionnel transforme le gouvernement en structure difficilement pilotable, où la coordination réelle tend à se déplacer hors de la Primature.À titre comparatif, des pays africains démographiquement plus importants, comme la Côte d’Ivoire (27 millions d’habitants gouvernés par 28-32 ministres) et ou le Sénégal (17 millions avec 35 ministres) fonctionnent avec des équipes gouvernementales plus resserrées, sans que cela nuise à leur capacité d’action. Au final, le Premier ministre conserve son titre, mais voit ses prérogatives progressivement neutralisées. Entre concurrence interne, dispersion des pouvoirs et surcharge structurelle, sa capacité à diriger l’action gouvernementale apparaît fortement limitée. Le décret du 24 avril 2026 ne supprime pas la fonction : il en redéfinit silencieusement la portée. La Primature subsiste en droit, mais s’efface en pratique au profit d’un centre de décision plus concentré.Dernier point révélateur d’une élaboration précipitée, c’est les erreurs d’identification dans les nominations, comme la confusion entre Frédéric Nze et Serges Nze, viennent renforcer l’impression d’un texte improvisé, appelant révision. Ce gouvernement, marqué par les égots et les conflits de compétences entre les ministres qui le composent, peut-il être efficace ? Ghys Fortune BEMBA DOMBE