CONGO/LITTERATURE. Au cœur de la poésie congolaise : Mon cœur, ma plume et ma muse s’amusent (1), chez l’auteur, 2019

CONGO/LITTERATURE. Au cœur de la poésie congolaise : Mon cœur, ma plume et ma muse s’amusent (1), chez l’auteur, 2019

Voici un recueil de poésie qui a bousculé notre regard de critique car sortant des sentiers battus hérités des classiques. Avec Mon cœur, ma plume et ma muse s’amusent, chaque amateur de poésie a sa part de visibilité. Car son contenu se repose sur le travail des mots qui, souvent, nous imposent une nouvelle attitude dans l’acceptabilité de son lyrisme dilué plus dans la forme que dans le fond. Au niveau de la thématique, l’évocation sociale et sociétale de l’homme et de la femme n’échappe pas au poète. Et la présence récurrente de son continent avec quelques figures ayant marqué notre histoire, se découvre aussi dans la poésie de Pierre Ntsemou. La société et ses identités Ce recueil de poésie s’ouvre par une réflexion didactique du livre, réflexion que le poète situe dans l’imaginaire de l’enfance. Aussi, on remarque que tout enfant est poète sans qu’il le sache ; et ce n’est qu’avec le temps et l’âge qu’il découvre « son cœur, sa plume et sa muse qui s’amusent » à certains moments quand il découvre à son tour le livre : « L’ouverture solennelle de tous les livres qui pleuraient Dans les placards prison où la phobie de la lecture les clouait Libéra la muse et le lyrisme des mordus de la danse des mots » (p.11) Et la découverte de la poésie à travers certains livres, ouvre d’autres horizons aux lecteurs pour les soigner de l’ignorance qui souvent nous accompagne pendant un certain moment de la vie : « La pire des maladies de notre siècle appelée l’ignorance L’histoire du livre et ses lecteurs est une école de l’excellence » (p.12). Et se dégage dans « L’évènement du mercredi » les bienfaits de la lecture. L’homme dans la société est surtout  marqué par la présence des figures qui ont laissé leur nom dans l’histoire du continent. Une gloire est mise en exergue par le poète pour ne pas les oublier dans la lutte qu’ils ont menée pour l’émancipation de l’Afrique. Un pan de l’évolution de l’histoire déjà visité par les poètes et écrivains de la première génération, revient souvent dans l’inspiration contemporaine : « Au-delà des mers et des océans L’amertume et la nostalgie conjuguées au climat barbare Des maîtres du fouet dans les champs De canne à sucre » (p.51) De l’histoire du continent, surgissent chez le poète quelques souvenirs indélébiles comme l’image de quelques héros qui sont toujours présentes dans nos mémoires. Et l’héroïsme de l’Africain se résumerait en deux emblématiques noms : « L’homme noir n’a pas un cœur noir Et Mandela est là Pour dire à son fils Obama Que la peau le cœur et le sang humains Sont entre les tropiques en deçà et au-delà Des dons divinement sacrés Qu’il faut protéger de l’agression sauvage Des êtres qui se sont trompés de continent et de planète » (p.51) De l’Afrique, le poète jette un regard sur certains pays qui ont marqué son destin de voyageur. Du côté de l’Afrique de l’ouest, il est émerveillé par le pays d’Houphouët : « Côte d’Ivoire ma chère Reviens à tes amours et pour toujours Tu es la fée de mes rêves Dis à tes courtisans que tu es désormais reconquise Par ton prince charmant héritier d’Houphouët » (pp.48-49) Du côté de la Guinée qui a éclairé les années scolaires du poète, c’est le roman de Camara Laye, un classique de la littérature africaine, qui est toujours présente dans son esprit : « À l’école primaire tu as dompté mon esprit grégaire Comme l’enfant noir de Camara Laye » (p.72) Et l’image de la Guinée sera plus tard mise de nouveau en exergue  par un autre grand écrivain de la nouvelle génération : « À l’université le jeune homme de sable de William Sassine M’a ouvert son grand cœur » (p.72) De son Afrique centrale, le poète retient le côté musical de l’autre rive du majestueux fleuve Congo. Dans « Kin la belle des belles », est décrite la vie mondaine de Kinshasa avec ses virtuoses et ses musiques qui créent dans cette ville un paradis terrestre : « Ville électrisante se déhanchant avec la grâce du soir Pour mieux aguicher les Brazzavillois sapeurs et frimeurs Au temps du chachacha de la rumba du Boléro du Polka piqué Du Pachanga du Charanga du Mérengué du Kirikiri D’African Djazz de Fiesta national et Sukissa d’heureuse mémoire Et tutti quanti de tes rythmes langoureux et mélodieux  Avec tes tours de reins étourdissants » (p.73) Mais, c’est à partir du Sénégal, sa deuxième patrie africaine qui l’a plus hébergé au cours de ses séjours à l’étranger, qu’il clame, lors d’une « fête du livre », son africanité de Sénégalais d’adoption dans un poème intitulé par enchantement « Sénégal » : « Sénégal ! Sénégal ! Sénégal ! Trois fois j’ai crié ton nom en rêve (…) Et voici que le livre m’offre le bonheur De vivre mon rêve de caresser la crinière De ta Téranga ton Egrégore de lumière (…) Sénégal ! Congo ! Guinée ! Mauritanie ! Gambie ! Mali ! Burkina faso ! Gabon ! Maroc ! Cameroun Côte d’Ivoire ! Togo ! Tchad ! Tunisie ! Algérie ! Tous dont le cœur au mien entiché a pu se laisser séduire  Allez dire aux peuples dont vous êtes les ambassadeurs Du livre du lire du sourire du rire du délire » (pp.91-92) Du côté de l’histoire des hommes illustres, le poète, dans un long discours, nous retrace le mouvement littéraire français et francophone (pp. 32-45). Se révèle dans les méandres de l’évolution de la littérature française du Moyen Âge au siècle dernier, une littérature qui a marqué les pays des autres continents, en particulier  l’Afrique, qui ont baigné dans cette littérature par le biais de la colonisation. Une poésie multidimensionnelle dans l’œuvre de Pierre Ntsemou Les textes de ce recueil évoluent sans aiguillage thématique : la nature des hommes avec leurs valeurs et antivaleurs, l’amour du livre, l’amour de la femme dans toutes ses dimensions sociales. Femme maman : «Mère chérie comment te dire le cri de mon cœur ? Mère chérie comment te renvoyer cet ascenseur de bonheur ? », (p.22) Femme amour passion : « La caresse dans la nuit des désirs Fait oublier les fruits du plaisir Du jour chaud comme un four Et la tiédeur de tous les amours » (p.15) Dans sa poésie, Pierre