Des fragilités persistantes continuent d’entraver le plein essor du capital-investissement au Maroc

Des fragilités persistantes continuent d’entraver le plein essor du capital-investissement au Maroc

Le contexte économique marocain est particulièrement favorable au développement du capital-investissement, souligne une étude réalisée par Strategy& (l’entité de conseil en stratégie de PwC) en partenariat avec l’Association marocaine des investisseurs en capital (AMIC). Cette étude met en lumière les principaux défis et opportunités de ce secteur au Maroc. Cependant, malgré un alignement inédit de leviers favorables à son essor, des fragilités persistantes freinent encore son plein potentiel, constate l’étude intitulée «Private Equity, the New Transformative Path to 2030 ». Présentée récemment à Casablanca lors d’un point de presse organisé à l’occasion de la conférence annuelle de l’AMIC, la nouvelle étude relève de nombreux éléments de faiblesse qui freinent la montée en puissance du capital-investissement dans le Royaume. Au nombre des obstacles figurent les blocages fiscaux et réglementaires (TVA sur les frais de gestion et absence de fiscalité groupe), la restriction du champ d’investissement des Organismes de placement collectif en capital (OPCC) qui limite la capacité du Private Equity à intervenir, la sous-exploitation voire la quasi-absence des prises de participation majoritaires, des fonds de dette, le secondaire, le restructuring ou encore les tickets intermédiaires. L’étude fait également état d’une faible mobilisation des investisseurs institutionnels et des family offices locaux, et de la forte dépendance des institutions de financement du développement (DFI), malgré une tendance à la baisse. Il est important de noter que les prises de participation minoritaires sont passées de 59% à 94% des deals en valeur entre 2006-2011 et 2018-2024 et que les opérations se concentrent sur des « tickets supérieurs à 100 millions ou inférieurs à 10 millions de dirhams ». Quant au segment intermédiaire (compris entre 20 et 100 millions), il demeure largement sous-adressé, limitant ainsi l’accès des PME/ETI au financement et négligeant un maillon stratégique de la croissance. Ces obstacles et « ces limites montrent qu’un nouveau palier doit être franchi afin de consolider la dynamique vertueuse enclenchée », fait remarquer ledit rapport. Quoi qu’il en soit, l’industrie marocaine, jadis marginale, est aujourd’hui un acteur central du financement des entreprises. Pour Hassan Laaziri, président de l’AMIC, « cette dynamique ne pourra se maintenir que si nous renforçons la base d’investisseurs locaux, diversifions les produits et continuons à structurer un écosystème propice à l’innovation et à la croissance des entreprises. » Dans ce contexte, le capital-investissement s’impose comme un levier essentiel  et est appelé à jouer un rôle moteur afin d’accompagner la transformation économique du pays en facilitant le financement, la montée en compétences et la structuration des entreprises, soutiennent l’AMIC et Strategy&. De l’avis de Jonathan Le Henry, Partner chez Strategy&, Head de la région du Maghreb, «le Maroc connaît un moment unique sur lequel le Royaume peut s’appuyer pour accélérer le développement du capital-investissement», affirme-t-il soulignant un agenda économique extrêmement favorable et riche en projets d’envergure nécessitant de nouvelles sources de financement. Selon lui, l’horizon 2030 constitue un tremplin, avec l’organisation de la Coupe du Monde, la mise en œuvre de grands projets d’infrastructure, ainsi que les différents plans sectoriels ambitieux du Royaume qui dynamisent l’attractivité du pays, mobilisent les talents, et génèrent des opportunités d’investissement structurantes. Ainsi, afin de maximiser l’impact du Private Equity sur l’économie marocaine, une feuille de route a été dressée avec l’objectif d’atteindre un volume de 5 à 6 milliards de dirhams levés annuellement. Enfin, comme pour rappeler le contexte favorable au développement du capital-investissement au Maroc, le nombre de sociétés de gestion actives est passé de 20 en 2014 à plus de 40 en 2025, les levées de fonds ont triplé sur les deux dernières générations de fonds, atteignant 3,9 MMDH en 2024 et  les montants investis ou réinvestis ont triplé sur la période. Aussi, « le rythme de désinvestissement s’est accéléré, multiplié par trois par rapport à la génération précédente de fonds, signe d’un marché plus mature et liquide », a-t-on fait remarquer. Par ailleurs, « le Fonds Mohammed VI pour l’investissement joue un rôle de catalyseur structurant, avec un effet multiplicateur estimé à trois, élargissant ainsi la base d’investisseurs et stimulant durablement l’attractivité du secteur », note l’étude. Alain Bouithy

Maroc/ Capital-investissement : Le secteur a connu une véritable dynamique ces dernières années

Maroc/ Capital-investissement : Le secteur a connu une véritable dynamique ces dernières années

11ᵉ Conférence Annuelle de l’AMIC  L’Association Marocaine des Investisseurs en Capital (AMIC) a organisé le vendredi 30 mai 2025 sa 11ᵉ Conférence Annuelle, un événement phare qui a réuni des experts et intervenants de premier plan autour du thème « Empowering The Future ». Placée sous le signe de la réflexion autour des enjeux majeurs du capital-investissement, cette édition anniversaire a confirmé le rôle central de ce véhicule de financement alternatif dans la dynamique de développement du Maroc, à l’approche de l’échéance 2030. L’événement, tenu à Casablanca, a été marqué par des débats enrichissants, reflétant la vitalité d’un secteur en pleine mutation. Les échanges ont permis de lever le voile sur les principaux défis du capital-investissement, avec des interventions de haut niveau, notamment celle de Hassan Laaziri, Président de l’AMIC. Il a souligné lors de la séance inaugurale que le capital-investissement est un levier incontournable pour accélérer la transformation économique du Maroc. Grâce à des mécanismes comme le Fonds Mohammed VI et une réglementation favorable, le Maroc se positionne comme un hub régional pour l’investissement, a rappelé le Président de l’AMIC, insistant par ailleurs, sur la nécessité d’innover en matière réglementaire pour accélérer le développement de l’industrie du capital-investissement. 2024, une année record pour le capital-investissement Le secteur a connu une véritable dynamique ces dernières années, portée par la croissance économique du Maroc et les nombreux chantiers lancés sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste. Les derniers chiffres du rapport d’activité 2024 de l’AMIC confirment cette évolution. Les capitaux levés ont ainsi atteint un record de 3,9 milliards de dirhams, portant à près de 13,8 milliards le total des levées sur la période 2018-2024, soit une hausse de moitié par rapport à la période précédente (2012-2017). « L’année 2024 a été celle de tous les records. Au-delà des chiffres, c’est une véritable dynamique qui se confirme et qui consolide le rôle du capital investissement comme pilier du financement de l’économie marocaine », a déclaré de son côté, Nasser Seddiqi, Directeur pôle Métiers chez l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC), lançant par la même occasion un appel à tout l’écosystème marocain pour une mobilisation face aux nombreux défis que rencontre l’industrie du capital-investissement et à exploiter le plein potentiel de ce secteur. La conférence s’est articulée autour de plusieurs temps forts, dont une plénière inaugurale suivie de panels thématiques animés par des experts nationaux et internationaux issus de secteurs clés tels que la finance, l’industrie, les nouvelles technologies et l’entrepreneuriat. La conférence est, par ailleurs, une opportunité de networking très appréciée des professionnels et les acteurs du capital investissement au Maroc. Révélation de l’étude « The New Transformative Path to 2030 » Parmi les moments marquants, la révélation de l’étude exclusive de Strategy& sur le capital-investissement qui a présenté une véritable radioscopie du secteur, tout en mettant en avant les points forts et principaux défis que rencontre cette industrie. Intitulée « The New Transformative Path to 2030 », l’étude a rappelé que le capital-investissement connaît une dynamique positive, portée par un contexte économique favorable et une professionnalisation du secteur, amplifiée par l’arrivée du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement. « Les fonds levés et ceux investis sur les deux précédentes générations de fonds ont connu un triplement, le nombre de sociétés de gestion a doublé et les perspectives d’évolution sont très prometteuses », a souligné Jonathan Le Henry, associé et leader des activités de Strategy& au Maghreb, insistant sur le rôle du capital-investissement dans la création de valeur et d’emplois. Capitalisant sur cette dynamique, le secteur devrait poursuivre sa croissance pour atteindre 6 milliards de dirhams de fonds levés pour l’année 2030, dont les deux tiers seront portés des investisseurs marocains, révèle l’étude. Les panels ont abordé des sujets variés, allant des bonnes pratiques de sortie (Road to Liquidity) aux stratégies d’investissement spécialisées, en passant par l’ESG et l’impact investing. Le rôle clé du Venture Capital dans le financement des startups a également été mis en lumière, avec des témoignages inspirants de fondateurs et d’investisseurs. Les workshops animés par Deloitte et PwC, ainsi qu’un Firechat Startups et une Keynote sur l’IA, ont rencontré un vif succès auprès des participants. « Cette édition marque un quart de siècle d’engagement en faveur du développement du capital-investissement au Maroc. Depuis sa création, l’AMIC a joué un rôle central dans la structuration de l’écosystème, en accompagnant les acteurs et en plaidant pour des politiques favorables à l’investissement. Aujourd’hui, face aux défis économiques et sociaux, le capital-investissement se positionne comme un accélérateur de transformation. Cette édition 2025 est l’occasion de réaffirmer notre vision : faire du Maroc un hub régional pour l’investissement, tout en intégrant les dimensions d’innovation, d’inclusion et de durabilité », a précisé Hassan Laaziri, Président de l’AMIC. En prélude à la Conférence Annuelle, l’AMIC a organisé la cérémonie Awards d’Excellence, récompensant les acteurs les plus méritants de l’écosystème du capital-investissement. Cette soirée prestigieuse a mis à l’honneur des fonds, des gestionnaires et des startups ayant marqué l’année par leur performance et leur contribution au développement économique du Royaume.  À propos de l’AMIC L’Association Marocaine des Investisseurs en Capital regroupe la majorité des structures de Capital Investissement (Capital Risque, Capital Développement, Capital Transmission / LBO, Capital Retournement) installées au Maroc. Actionnaires professionnels, les 33 membres actifs de l’association accompagnent et financent la croissance de plus de 320 entreprises marocaines. L’AMIC compte également 29 membres associés représentant les métiers qui accompagnent et conseillent les investisseurs et les entrepreneurs dans le montage et la gestion de leurs partenariats.

​Maroc. La contribution des sociétés de capital investissement à l’économie nationale mise en lumière

​Maroc. La contribution des sociétés de capital investissement à l’économie nationale mise en lumière

Plus de la moitié des sociétés de gestion, soit 53%, ont mené une politique ESG formalisée en 2019 qui définit leurs engagements en matière sociale et environnementale. C’est ce que révèle l’enquête réalisée par l’Association marocaine des investisseurs en capital (AMIC). Réalisée en collaboration avec le Cabinet Grant Thornton, l’étude montre que plus d’un tiers d’entre elles ont réalisé des due diligences ou audits ESG en phase d’acquisition et/ou de cession, a relevé l’AMIC à l’occasion de la publication de la première édition de son «Rapport d’impact du capital investissement au Maroc»-exercice 2019. Comme le souligne l’Association, « cette étude renseigne, chiffre et qualifie l’engagement du capital investissement marocain en faveur des enjeux environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance (ESG) dans les sociétés de capital investissement et dans les entreprises qu’elles accompagnent et la contribution fiscale de l’industrie du capital investissement en faveur de l’économie nationale ». Il est à préciser que 20 sociétés de gestion, représentant 80% des membres actifs de cette Association et un poids significatif au travers des 5 milliards de dirhams d’actifs qu’elles gèrent, ont pris part à la première édition dudit rapport. L’enquête de l’AMIC, qui regroupe la majorité des structures de capital investissement (capital risque, capital développement, capital transmission/LBO, capital retournement) installées au Maroc, montre également que le nombre de femmes dans les équipes-métier de ces sociétés de gestion s’élève à 30%, les comités d’investissement et les conseils d’administration comptant respectivement 15% et 19% de femmes. Elle révèle en outre qu’en 2019 « la croissance du chiffre d’affaires des entreprises investies s’est élevée à 12,3% pour l’ensemble des secteurs investis (27% pour les services) alors que le PIB croissait de 2,2% ». Il ressort par ailleurs des résultats de l’étude de l’AMIC, qu’au cours de l’année écoulée, « 47% des entreprises investies par les fonds sont exportatrices et, entre 2018 et 2019, leurs exportations ont augmenté de 2% », a indiqué l’association lors d’une visioconférence organisée récemment précisant qu’à ce jour, ce sont plus de 11.000 emplois qui ont été créés dans 123 entreprises. Autre enseignement de l’enquête : les entreprises investies affichent une amélioration significative des indicateurs RSE (mise en œuvre de plans annuels de formation, de chartes d’éthique et de valeurs, gestion prévisionnelle des emplois, des effectifs et des compétences ou encore actions environnementales et sociétales) entre la prise de participation et la cession ou à fin 2019 pour les entreprises encore investies, note l’Association. « L’impact des fonds est encore plus remarquable en matière de gouvernance », poursuit l’AMIC notant que celle-ci « s’impose de façon drastique dans les mois qui suivent la prise de participation avec près de 100% des sociétés investies mettant en place des outils de communication et de transparence financière ». Dans un communiqué, l’association annonce que plus de 50% des entreprises accompagnées par des fonds ont répondu à l’enquête ESG. Ce qui correspond à un total de 123 entreprises employant près de 41.000 personnes et générant près de 31 milliards de dirhams de chiffre d’affaires. Selon la même source, « les taux de croissance annuels moyens (TCAM) du chiffre d’affaires et des effectifs dans ces entreprises à fin 2019 sont respectivement de 15,1 % et 15 % ». Ce qui, à l’entendre, confirme l’impact positif du capital investissement en matière de création de valeur et d’emplois. Enfin, l’AMIC constate que la progression du chiffre d’affaires entre l’entrée et la sortie des fonds (ou 2019 pour les entreprises encore en portefeuille) a un impact indéniable sur l’évolution des recettes de l’Etat. Et de relever : entre 2000 et 2019, la contribution fiscale des 123 entreprises qui ont participé à l’enquête a augmenté de plus de 2,5 milliards de dirhams pour une durée moyenne de détention de 6 ans. Alain Bouithy