Le Sénégal en tête des économies de l’UEMOA en 2023 (rapport)

Le Sénégal, cinquième économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) en 2022 avec un taux de croissance de 4,8%, devrait être en tête des économies des huit pays membres de l’organisation en 2023 avec un taux de 10,1%, indique le rapport annuel 2022 sur le fonctionnement et l’évolution de l’UEMOA.Avec un taux de croissance de 4,8% en 2022, le Sénégal était devancé par le Togo (5,8%), le Bénin (6,0%), la Côte d’Ivoire (6,8%) et le Niger (7,1%). L’activité économique de ses pays membres devrait poursuivre son « dynamisme », avec un taux de croissance moyen de 7,2% à la fin de l’année 2023, contre 5,8% en 2021 et 6,1% en 2022, ajoute la même source. Selon les prévisions faites par l’UEMOA pour l’année en cours, le Sénégal devrait être en tête avec 10,1%. Le Bénin va se retrouver avec 6,5%, le Burkina Faso avec 6,0%, la Côte d’Ivoire avec 7,3%, la Guinée-Bissau avec 5,7%, le Mali avec 5,1%, le Niger avec 7,0%, et le Togo avec 6,6%. Le rapport confirme les prévisions faites par les autorités sénégalaises, qui s’attendent à une croissance économique de 10% au moins en raison de l’exploitation prévue cette année des ressources de pétrole et de gaz du Sénégal. S’agissant de l’évolution des prix, le taux d’inflation annuel moyen de l’Union en 2023 serait d’environ 5,5%. Au niveau des finances publiques, le déficit budgétaire global pourrait tomber à 4,9% du produit intérieur brut (PIB), après 6,1% en 2022. Le déficit global, hors dons, serait de 6,4% du PIB contre 7,8% en 2022, a fait savoir le document. « La réduction de ces déficits s’expliquerait par une hausse des recettes plus importante que celle des dépenses. Les recettes totales et dons progresseraient de 12,7% pour représenter 18,0% du PIB, tirés par l’augmentation de 15,6% des recettes fiscales », estime l’UEMOA. Et d’ajouter que les dépenses totales et prêts nets augmenteraient de 6,5% pour représenter 22,8% du PIB en 2023, sous l’effet de la hausse de 1,5% des dépenses courantes et de celle des dépenses d’investissement de 1,9%. L’évolution des dépenses courantes s’expliquerait par la hausse de la charge de la dette publique (+9,6%) et de la masse salariale (+9,5%), atténuée par la forte baisse des subventions et transferts (-69,7%). Le taux d’endettement de l’Union en 2023 devrait afficher 57,7%, avec une augmentation de 0,8 point de pourcentage par rapport à 2022. Il est attendu que les échanges extérieurs des Etats membres de l’UEMOA en 2023 puissent dégager un excédent de 410,8 milliards de francs CFA, après un déficit de 2.714,4 milliards de francs CFA en 2022. « L’évolution favorable du solde de la balance des paiements serait consécutive à l’amélioration du déficit du solde des transactions courantes. Le déficit courant se réduirait de 11,8% pour ressortir à 7.168,6 milliards de francs CFA en 2023, en raison du fléchissement du déficit de la balance des biens et services (-0,1%) et, dans une moindre mesure, la légère hausse des entrées nettes au titre du revenu secondaire (+0,6%)’’, selon le rapport.
Maroc. Le rebond du secteur primaire devrait booster la croissance économique à 3,1% en 2023

Le rebond du secteur primaire devrait contribuer à l’accélération de la croissance économique marocaine à 3,1% en 2023, selon une nouvelle analyse de la Banque mondiale. La croissance économique du Maroc devrait s’accélérer pour atteindre 3,1 % en 2023, grâce à un rebond du secteur primaire, a estimé l’institution financière internationale dans son dernier rapport intitulé «Le Maroc face aux chocs d’offres». Mais en raison des tensions géopolitiques, notamment la guerre en Ukraine, la décélération des principaux partenaires commerciaux de la zone euro et les nouveaux chocs climatiques potentiels, force est de constater que «les risques de détérioration persistent», a fat savoir la Banque mondiale. Quoi qu’il en soit, « la croissance réelle du PIB a chuté, passant de 7,9% en 2021 à 1,2% en 2022 (estimation), tandis que le déficit de la balance courante a augmenté de 2,3% à 4,1% du PIB», a noté le rapport. Comme l’a relevé l’organisation internationale dans ce document, rappelons qu’après un fort rebond post-Covid-19 l’an dernier, l’économie marocaine a subi la pression croissante de chocs d’offres tant nationaux qu’importés qui se sont chevauchés. Le pays a dû faire face à une grave sécheresse couplée à la flambée des prix des matières premières qui ont nourri l’inflation. En effet, «la campagne agricole a été extraordinairement sèche, entraînant l’effondrement des cultures pluviales et un volume d’eau inquiétant stocké dans des réservoirs qui constitue une menace pour l’agriculture irriguée, et potentiellement pour d’autres secteurs de l’économie», a constaté le rapport. Comme si cela ne suffisait pas, la guerre en Ukraine, conjuguée à la réorganisation des chaînes d’approvisionnement mondiales, a favorisé une forte augmentation du taux d’inflation, a poursuivi la Banque mondiale notant que l’inflation annuelle marocaine a atteint un pic de 8,3% à la fin de 2022. Le choc des prix des produits de base a affecté les soldes extérieurs Par ailleurs, il est apparu que le choc des prix des produits de base a affecté les soldes extérieurs, malgré la résilience des envois de fonds et des exportations de marchandises et une amélioration rapide des recettes touristiques, a également constaté la BM. Les conséquences n’ont pas tardé à se faire jour. La situation étant ce qu’elle était, «cela a entraîné une décélération rapide de l’activité économique, avec d’importants impacts sur le bien-être», selon le rapport. Tandis que le déficit du compte courant est passé de 2,3 à 4,1% du PIB, «la croissance du PIB réel est passée de 7,9% en 2021 à environ 1,2% en 2022», a également relevé la Banque mondiale précisant que l’extrême volatilité de la production agricole due à des chocs climatiques de plus en plus fréquents explique environ la moitié de cette décélération. Pour faire face à cette conjoncture défavorable, et atténuer un tant soit peu les répercussions de la hausse des prix des aliments et de l’énergie sur les ménages, «le Maroc a adopté une série de mesures, notamment l’octroi de subventions générales sur certains produits de première nécessité et le maintien des prix réglementés préexistants», a rappelé l’institution financière. Pour la Banque mondiale, cette approche a contribué à stabiliser les prix des biens et des services qui absorbent près d’un quart des dépenses moyennes des ménages. Elle a ainsi permis d’éviter une augmentation plus prononcée de la pauvreté. Ces efforts auront ainsi nécessité la mobilisation de dépenses publiques supplémentaires, correspondant à presque 2% du PIB, a affirmé la Banque mondiale dans son rapport. Pour le Directeur Pays de la Banque mondiale pour le Maghreb et Malte, Jesko Hentschel, il ne fait aucun doute que «les mesures récentes visant à contrer les chocs d’offres et à préserver le pouvoir d’achat des ménages marocains ont atténué l’impact dans une large mesure, et empêché que davantage de personnes ne tombent dans la pauvreté». Mais en dépit de ces mesures, l’institution financière constate cependant que les ménages modestes et vulnérables continuent de souffrir le plus de l’impact de la poussée inflationniste des prix alimentaires et autres prix. Il faut dire que « l’inflation annuelle a été pratiquement 30% plus élevée pour les 10% les plus pauvres de la population, par rapport aux 10% les plus riches », a-t-elle fait remarquer assurant que les raisons de cet état de fait sont justifiées principalement par l’impact de la hausse des prix alimentaires qui représentent une part plus importante de dépenses chez les ménages les plus pauvres. Quoi qu’il en soit, le rapport soutient que la grande réforme de la protection sociale envisagée par le Royaume, permettra le ciblage des aides publiques aux ménages modestes et vulnérables. Selon Jesko Hentschel, «le déploiement prévu du système d’allocations familiales permettra au Maroc de cibler efficacement la population vulnérable de manière rentable et équitable afin de faire face aux hausses de prix d’une telle ampleur». Soulignons que tous ces points et différentes analyses ont été abordés lors d’une table ronde, tenue mardi 14, au cours de laquelle l’économiste senior principal à la Banque mondiale (BM) au Maroc, Javier Diaz Cassou, a présenté le «Rapport de suivi de la situation économique : Le Maroc face aux chocs d’offres». Alain Bouithy
La croissance économique mondiale devrait ralentir à 1,9% en 2023, avertit l’ONU

La confluence des crises en cours devrait engendrer l’un des taux de croissance économique mondiale les plus faibles de ces dernières décennies, d’après les prévisions du Rapport des Nations Unies sur la Situation et les perspectives de l’économie mondiale en 2023, publié mercredi. Selon ce rapport, la pandémie de COVID-19, la guerre en Ukraine et les crises alimentaire et énergétique qui en ont résulté, l’inflation galopante, l’aggravation de la dette ainsi que l’urgence climatique, sont autant de facteurs qui se sont renforcés mutuellement et qui ont ébranlé l’économie mondiale en 2022, entrainant un ralentissement de la croissance de la production mondiale, qui devrait passer d’un taux estimé à 3% en 2022 à 1,9% en 2023. « L’heure n’est ni à la réflexion à court terme, ni à l’austérité budgétaire irréfléchie qui exacerbe les inégalités, accroît les souffrances et risque de compromettre la réalisation des Objectifs de développement durable. Nous vivons une époque sans précédent, qui requiert une action sans précédent », a déclaré António Guterres, Secrétaire général de l’ONU. « Cette action comprend un ensemble de mesures porteuses de transformations en faveur des ODD, générées par les efforts collectifs et concertés de toutes les parties prenantes », a-t-il ajouté. Le rapport fait état de perspectives économiques sombres et incertaines à court terme. La croissance mondiale devrait enregistrer une reprise modérée pour atteindre 2,7% en 2024, lorsque certaines tendances négatives commenceront à s’atténuer. Toutefois, cette reprise sera fortement tributaire du rythme et de la succession des nouveaux durcissements monétaires, de l’évolution et des conséquences de la guerre en Ukraine ainsi que de possibles nouvelles perturbations de la chaîne d’approvisionnement. La morosité des perspectives économiques mondiales menace également la réalisation des 17 Objectifs de développement durable (ODD), alors que le sommet de 2023 sur les ODD, en septembre, marquera la moitié du parcours de mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030. Perspectives économiques sombres pour les économies développées et en développement Dans un contexte de forte inflation, de durcissement monétaire agressif et d’incertitudes accrues, le marasme actuel a ralenti la reprise économique après la crise de la COVID-19, faisant planer sur plusieurs pays (développés et en développement) un risque de récession en 2023. La dynamique de croissance s’est considérablement affaiblie aux États-Unis, dans l’Union européenne et dans d’autres économies développées en 2022, ce qui, par de nombreuses voies, a eu des répercussions négatives sur le reste de l’économie mondiale. Le durcissement des conditions financières mondiales, associé à un dollar fort, a aggravé la vulnérabilité budgétaire et la vulnérabilité face à la dette dans les pays en développement. Depuis la fin de l’année 2021, plus de 85% des banques centrales du monde entier ont durci leur politique monétaire et relevé leurs taux d’intérêt, en succession rapide, afin de maîtriser les pressions inflationnistes et d’éviter la récession. L’inflation mondiale, qui a atteint son niveau le plus élevé depuis plusieurs décennies, à environ 9% en 2022, devrait diminuer, mais rester à un taux élevé de 6,5% en 2023. Une reprise de l’emploi plus faible et un taux de pauvreté en augmentation La plupart des pays en développement ont connu une reprise de l’emploi relativement lente en 2022 et restent confrontés à une forte pénurie d’emplois. Les pertes disproportionnées en matière d’emploi qu’ont connues les femmes au cours de la phase initiale de la pandémie n’ont pas été entièrement compensées, les améliorations provenant principalement d’une reprise des emplois informels. « Ce sont les plus vulnérables qui sont les plus durement frappés par les crises actuelles, alors qu’ils n’en sont souvent pas responsables. La communauté mondiale doit redoubler d’efforts conjoints pour éviter la souffrance humaine et favoriser un avenir inclusif et durable pour toutes et tous », a déclaré Li Junhua, le Secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires économiques et sociales. D’après le rapport, le ralentissement de la croissance, conjugué à une inflation élevée et à une vulnérabilité croissante face à la dette, risque de compromettre encore davantage les résultats durement acquis en matière de développement durable et d’aggraver les effets néfastes des crises actuelles. En 2022, déjà, le nombre de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë avait plus que doublé par rapport à 2019, s’élevant à près de 350 millions. En plus d’entraver les efforts d’éradication de la pauvreté, une période prolongée de faiblesse économique et de ralentissement de la croissance des revenus limiterait la capacité des pays à investir plus largement dans les objectifs de développement durable. Il faut renforcer la coopération internationale et les systèmes de protection sociale Dans le rapport, les gouvernements sont appelés à éviter de mettre en place une austérité budgétaire qui étoufferait la croissance et nuirait démesurément aux groupes les plus vulnérables, compromettrait les progrès en matière d’égalité des genres et entraverait les perspectives de développement intergénérationnelles. Il leur est recommandé de réaffecter les dépenses publiques et d’en redéfinir les priorités grâce à des interventions stratégiques directes qui créeront des emplois et relanceront la croissance. Selon le rapport, il conviendrait de renforcer les systèmes de protection sociale en continuant à les épauler au moyen de subventions ciblées et temporaires, de transferts en espèces et de réductions sur les factures des services publics, qu’il serait possible de compléter par des réductions des taxes à la consommation ou des droits de douane. Les investissements publics stratégiques dans l’éducation, la santé, les infrastructures numériques, les nouvelles technologies et l’atténuation des changements climatiques ainsi que l’adaptation à ces derniers peuvent offrir d’importants rendements sociaux, accélérer la croissance de la productivité et renforcer la résilience aux chocs économiques, sociaux et environnementaux. Les besoins supplémentaires de financement des ODD dans les pays en développement varient selon les sources, mais sont estimés à quelques milliers de milliards de dollars par an. « Il est nécessaire et urgent de renforcer les engagements internationaux pour élargir l’accès à l’aide financière d’urgence, pour restructurer et réduire le fardeau de la dette dans les pays en développement et pour accroître le financement des objectifs de développement durable », selon les recommandations du rapport.
Madagascar est l’une des meilleures destinations de voyage en 2023, selon Forbes
Le magazine économique Forbes a révélé que Madagascar était dans le top 5 des meilleures destinations de voyage pour l’année 2023, s’est félicité lundi le ministère malgache du Tourisme dans son dernier bulletin d’information. L’île touristique de Sainte-Marie, située dans l’est du pays, a été également classée au 4e rang des meilleures destinations dans le monde sur 50 lieux de voyages et de destinations émergentes, a ajouté le ministère. Par ailleurs, Madagascar a dans son palmarès le titre de la meilleure destination verte de l’océan Indien en 2022, tandis que le cabinet de conseil international Bloom Consulting a placé la grande île parmi les dix pays africains les plus attractifs, selon la même source. Le gouvernement malgache poursuivrait ses efforts en termes d’investissements en infrastructures touristiques sur tout le territoire de Madagascar par les promoteurs nationaux ainsi qu’internationaux, a assuré le ministère. Selon les statistiques officielles, environ 106.000 touristes étrangers ont visité la grande île de l’océan Indien en 2022.
Maroc. Le FMI table sur une croissance de l’économie nationale de 3% en 2023

Bien qu’elle ait été ralentie par les chocs mondiaux et la sécheresse, la croissance de l’économie marocaine devrait reprendre en 2023, a annoncé le Fonds monétaire international (FMI) soulignant toutefois un environnement international très incertain. « L’économie marocaine a connu une confluence de chocs négatifs en 2022 qui ont freiné le rebond rapide après la pandémie. La sécheresse a négativement affecté la production agricole, tandis que les chocs des termes de l’échange liés à l’invasion de l’Ukraine par la Russie ont davantage alimenté l’inflation et réduit le pouvoir d’achat », a constaté Roberto Cardarelli au terme d’une mission de consultation avec le Maroc qu’il a dirigée du 24 octobre au 4 novembre. « La reprise du secteur du tourisme, la résilience des envois de fonds des migrants et des exportations ont partiellement compensé ces chocs négatifs », a-t-il toutefois noté relevant que la croissance du PIB devrait s’établir à environ 1,25% en 2022 et le déficit du compte courant devrait se creuser pour atteindre environ 4,25% du PIB. Ainsi, « dans l’hypothèse d’une amélioration progressive des conditions extérieures et d’une saison agricole moyenne, la croissance devrait s’accélérer pour atteindre environ 3% l’année prochaine et le déficit du compte courant devrait se réduire à environ 3,5% du PIB, mais de fortes incertitudes planent sur ces perspectives », a indiqué Roberto Cardarelli. Compte tenu de la forte incertitude et du resserrement des politiques macroéconomiques, l’organisation internationale estime qu’« il est essentiel d’accélérer la mise en œuvre des réformes structurelles, notamment celles visant à étendre la protection sociale à tous les Marocains, à stimuler l’investissement du secteur privé et à relever les défis posés par le changement climatique ». Pour Roberto Cardarelli, «le renforcement de la résilience de l’économie marocaine, dans un contexte de marges de manœuvre budgétaire et monétaire limitées et d’incertitude exceptionnelle appelle à l’accélération de la mise en œuvre des réformes structurelles ». Bien qu’une grande partie des travailleurs indépendants n’aient pas encore rejoint le nouveau système contributif de soins de santé et de retraite, il constate cependant que « des progrès significatifs ont été réalisés dans l’extension de la protection sociale » tout en soutenant que des réformes profondes des systèmes de santé et d’éducation devraient améliorer l’accès, l’efficacité et la qualité des services. Pour lui, il ne fait aucun doute que « les récentes mesures de réforme des entreprises publiques, ainsi que l’opérationnalisation du Fonds Mohammed VI et la mise en œuvre de la nouvelle Charte de l’investissement devraient contribuer à stimuler l’investissement privé ». Par ailleurs, « les progrès réalisés dans la libéralisation du marché de l’électricité devraient accélérer la transition vers les énergies renouvelables, tandis que beaucoup reste à faire pour remédier à la raréfaction des ressources en eau », a-t-il affirmé. Précisons qu’à l’issue de cette mission de consultation 2022, l’équipe des services du FMI a en outre estimé que la poursuite des politiques macroéconomiques prudentes « restera essentielle pour la résilience de l’économie marocaine ». Selon l’institution internationale, « le budget 2023 a veillé à concilier entre la reconstitution de marges de manœuvre budgétaires, l’atténuation de l’impact social et économique des chocs récents et le financement des réformes structurelles ». Reste maintenant à contenir les pressions inflationnistes, ce qui pourrait nécessiter la poursuite de la normalisation des conditions de politique monétaire, a-t-elle soutenu. Bien qu’occasionnées par des chocs mondiaux sur l’offre et les prix des matières premières, le FMI constate que les pressions inflationnistes se sont généralisées au cours de cette année. Ce qui a amené Bank Al-Maghrib à procéder de manière appropriée à un resserrement monétaire en septembre dernier. Mais alors que l’organisation internationale s’attend à ce que l’inflation commence à baisser l’année prochaine, sous l’effet de la baisse prévue des prix mondiaux des matières premières, « assurer un retour de l’inflation à près de 2% d’ici 2024 pourrait nécessiter de nouvelles hausses des taux directeurs, afin d’ancrer davantage les anticipations d’inflation », a estimé Roberto Cardarelli. Alain Bouithy
La hausse simultanée des taux directeurs accentue le spectre d’une récession mondiale en 2023

Juguler l’inflation sans exacerber le risque de récession. Telle est l’une des recommandations formulées par la Banque mondiale dans une étude approfondie faisant état du risque d’une récession mondiale en 2023. «La hausse générale et simultanée des taux directeurs en réponse à l’inflation accentue le spectre d’une récession mondiale en 2023», affirme l’étude rendue publique récemment. «Les banques centrales du monde entier ont augmenté les taux d’intérêt cette année avec un degré de synchronisation jamais observé au cours des cinq dernières décennies», constatent les auteurs de cette étude qui met en évidence les circonstances exceptionnellement difficiles dans lesquelles les banques centrales luttent aujourd’hui contre l’inflation. A en croire ces derniers, ce mouvement devrait se poursuivre l’an prochain alors qu’une poursuite de cette tendance «menace les économies de marché émergentes et en développement de crises financières qui engendreraient des dommages durables», d’après les conclusions de l’étude. Pourtant, et selon une analyse de l’institution financière internationale, «la trajectoire actuellement attendue des hausses des taux d’intérêt et d’autres décisions politiques pourrait ne pas suffire à ramener l’inflation mondiale aux niveaux antérieurs à la pandémie». Il est à relever que «les investisseurs s’attendent à ce que les banques centrales relèvent les taux directeurs mondiaux à près de 4% jusqu’en 2023, soit une augmentation de plus de deux points de pourcentage par rapport à leur moyenne de 2021 », comme le souligne l’étude. Mais à en croire cette même étude, «si les perturbations de l’offre et les pressions sur les marchés du travail ne s’atténuent pas, ces hausses des taux d’intérêt pourraient porter l’inflation mondiale sous-jacente (hors énergie) à environ 5% en 2023, c’est-à-dire près du double de la moyenne sur cinq ans précédant la pandémie». D’après l’étude de la Banque mondiale, «pour ramener l’inflation mondiale à un taux conforme à leurs objectifs, les banques centrales pourraient devoir relever les taux d’intérêt de deux points de pourcentage supplémentaires, d’après le modèle utilisé dans l’étude». Selon les auteurs de l’étude, la croissance du PIB mondial ralentirait à 0,5% en 2023 dans le cas où ce relèvement devait s’accompagner de tensions sur les marchés financiers. La contraction serait ainsi de 0,4% par habitant, ce qui correspondrait à la définition technique d’une récession mondiale. Quoi qu’il en soit, le constat est que plusieurs indicateurs historiques des récessions mondiales envoient déjà des signaux d’alarme, fait savoir l’étude qui s’appuie sur les enseignements des précédentes récessions mondiales pour analyser l’évolution récente de l’activité économique et présente des scénarios pour 2022-2024. En effet, comme le relève l’étude, «l’économie mondiale connaît actuellement sa plus forte décélération après une reprise post-récession depuis 1970. La confiance des consommateurs dans le monde a déjà enregistré une baisse bien supérieure à celles observées dans les périodes précédant les épisodes passés de récession mondiale». Ce n’est pas tout. L‘étude constate également que les trois plus grandes économies du monde (Etats-Unis, Chine et zone euro) enregistrent un ralentissement marqué. Il se trouve que dans une telle situation, «même un coup modéré porté à l’économie mondiale au cours de l’année prochaine pourrait la faire basculer dans la récession», prévient-elle. Pour le président du Groupe de la Banque mondiale, David Malpass, à l’allure où on va et sachant que la croissance mondiale ralentit fortement, «il est probable que le rythme s’accentue à mesure que de nouveaux pays entrent en récession». Il craint fort que cette tendance se poursuive, «avec des conséquences prolongées et dévastatrices pour les populations des économies émergentes et en développement», prévient-il. Pour parvenir à de faibles taux d’inflation, à la stabilité monétaire et à une croissance plus rapide, David Malpass explique que «les responsables publics devraient réorienter leurs priorités, afin de s’attacher non pas à réduire la consommation mais à augmenter la production. Ils devraient aussi chercher à générer des investissements supplémentaires et à améliorer la productivité et la répartition du capital, des conditions essentielles pour la croissance et la réduction de la pauvreté». Vice-président par intérim de la Banque mondiale pour la division croissance équitable, finance et institutions, Ayhan Kose estime pour sa part que «le récent resserrement des politiques monétaires et budgétaires se révélera probablement utile pour réduire l’inflation». Il est, en revanche, persuadé que «la simultanéité de ces décisions entre les pays pourrait avoir pour conséquence d’aggraver les effets du durcissement des conditions financières et d’accentuer le ralentissement de la croissance mondiale». Face à cette situation et à tout ce qui pourrait arriver demain, si les gouvernements du monde ne prennent pas garde, il appelle les dirigeants des économies émergentes et en développement à «se tenir prêts à gérer les retombées potentielles d’un resserrement synchronisé des politiques à l’échelle mondiale». En tous les cas, l’étude recommande aux banques centrales de poursuivre leurs efforts pour maîtriser l’inflation et assure qu’il est possible d’y parvenir sans pour autant déclencher une récession mondiale. Pour y arriver, elle estime qu’une action concertée est nécessaire de la part de plusieurs acteurs : les banques centrales, les autorités budgétaires et les autres responsables de la politique économique. Alain Bouithy