
Un homme politique qui a aussi plongé une partie de son destin dans la création littéraire. Difficile d’oublier Bernard Tchimbabelela qui vient de nous quitter le mercredi 21 mai 2025, surtout quand on dit que les hommes de culture, de surcroit les écrivains ne meurent jamais ; ils sont et seront avec nous par leurs œuvres de l’esprit.
Quand dans les années 90, je me proposais de mettre en valeur les écrivains congolais, particulièrement les romanciers, je tombais par hasard sur le nom de Bernard Tchimbambéléla. En ce temps, il était à Paris où je le rencontrais. Dans sa qualité d’homme politique, les spécialistes en la matière pourraient nous présenter l’illustre disparu. Ci-après la présentation de l’écrivain Bernard Tchimbambéléla ainsi que son ouvrage cité dans mon Dictionnaire des œuvres littéraires congolaises, un beau roman qui reflète le sociopolitique du pays. Il va le jour en juin 1946 dans son Congo natal. Économiste et agronome de formation, Tchimbabéléla enseigne à l’université Marien Ngouabi. En politique, il est député de l’assemblée nationale issue des élections de 1992 consécutives à la Conférence nationale de 1991. Exil en France après la guerre de 1997, période où je le rencontre à Paris. De retour au pays, il est de nouveau député depuis 2007. S’est beaucoup intéressé à lacréation littéraire écrivant une pièce de théâtre intitulée Les Deux vies et quelque temps en 2005 un roman La Bouche de la lettreaux éditions Silex/Nouvelles du Sud, titre que je vous présente post mortem ci-après.
La Bouche de la lettre est un roman écrit au seuil du XXIè siècle mais qui replonge le lecteur dans le Congo colonial dont l’auteur semble connaitre les us et coutumes. C’est l’histoire de Soka à travers laquelle se découvrent des réalités congolaises. Après avoir fait un rêve étrange où il est sous l’emprise d’un serpent et qui est suivi d’une pluie mystérieuse, il reçoit son cousin Batila venant du village Celui-ci remet une lettre qui vient de sa sœur lui annonçant la maladie mystérieuse de son neveu Miyouna. En tant que chef de famille, il doit se rendre au village pour résoudre ce problème. Son ami Olangué, à qui il a annoncé la triste nouvelle et qui a fait aussi un mauvais rêve, l’accompagne ainsi que Bitala et son fils. Après un voyage pénible en camion, Soka et sa délégation sont sur le point d’arriver à destination quand ils observent des signes annonçant la mort de Miyouna qu’ils vont trouver dans le coma. Le féticheur-guérisseur Nganga n’a pas pu l’arracher du coma jusqu’à ce qu’il découvre dans la forêt environnante et en présence de la famille, l’origine de la mort imminente de Miyouna. Il serait prisonnier d’une société sécrète. Mais malgré moult efforts du féticheur-guérisseur, Miyouna rend l’âme, laissant les villageois dans une grande tristesse, lui le plus grand chasseur du village. Comme de coutume, avant l’enterrement, les deux familles proposent la danse du cercueil afin de dénoncer la personne qui serait à l’origine de la mort du défunt. Contre toute attente, Soka est accusé de sorcellerie à cause de son statut social dans la famille. Humilié et battu publiquement par l’un de ses neveux, il est calomnié au grand mécontentement de son ami Olangué qui sermonne Mbaki, ne pouvant supporter que son ami soit traité de la sorte, lui qui a rendu service à toute la famille. En marge des funérailles, le chef de famille s’en prend aux neveux de Soka pour l’avoir humilié, l’avant accusé sans preuves matérielles. Et de cette réaction du chef du village, nait un conflit de générations : les vieux condamnent l’attitudes jeunes. Malgré toutes les attaques de ses neveux, Soka ne se laisse pas intimider. Le jour des funérailles, il est même invectivé par sa sœur, la tante de Miyouna qui attise la haine des neveux de ce dernier devant un public terrorisé, mais il sera sauvé par son ami Olangué et son cousin Batila qui ne peuvent supporter l’odieux spectacle. A l’inhumation de son neveu, il demande à ce dernier de pinir le véritable sorcier qui l’a précipité à la mort, avant de retrouver Brazzaville avec sa délégation. Au cours de la veillée qui se poursuit au village, arrive le Commandant blancqui se remarque par son cynisme vis-à-vis des populations qu’il ne cesse d’exploiter. Et ceux-ci se vengnent sur les miliciens en les malmenant après les avoir rendus inconscients par l’alcool. Ils se vengent aussi du Commandant en le ridiculisant sans qu’il s’en aperçoive. Au grand repas consécutif à la fin de la veillée et quand Soka se retrouve au mbongui avec les autres hommes, se produit un fait extraordinaire au moment où il se prépare à rentrer à Brazzaville. Le chien de Miyouna « dénonce mystérieusement » Mbaki, le véritable coupable de la mort de Miyouna. Confus, Mbaki réalise déjà sa punition car il meurt sur le chemin du retour après un accident bizarre. De son côté, Soka se rend à Fort Rousset sur invitation de son ami Olangé pour assister au mariage de sa sœur. Et le texte de mettre enrelief à travers ce voyage l’amitié des peuples du Sud et du Nord malgré les différences ethniques. Pendant ce temps, abandonné à la morgue, l’esprit de Mbaki va hanter le personnel de la morgue et de l’hôpital. Et grâce au secours « miraculeux » et matériel de Soka, le corps de Mbaki sera inhumé après avoir « neutralisé » son esprit. Et le récit de se terminer par une ote gaie : Soka s’est réconcilié avec ses neveuxqui lui ont demandé pardon, montrant ainsi sa grandeur de chef de famille.
Roman retraçant l’époque coloniale et se fondant particulièrement sur les réalités de la région du Pool, La Bouche de la lettre se caractérise par un langagier un peu particulier de l’auteur. On y remarque l’emploi de beaucoup de congolismes sur fond de l’oralité proverbiale qui donne une capacité au texte à certains moments plus théâtral que narratif. Et c’est de ce côté que ce récit devient pertinent comme le souligne lui-même l’auteur dans son avant-propos : « Je valorise l’oralité. J’exhume le lexique et les vielles expressions assassinées, sacrifiées sur l’autel de la modernité ».
Noël Kodia-Ramata