Page d’histoire : Il était une fois le M22 de Goma Tsé-tsé

Marien Ngouabi présente deux cadavres à la population RETRO. Le mardi 24 avril 1973, il y a exactement 54 ans, le président de la République du Congo, le commandant Marien Ngouabi, présente à la population, qui avait été convoquée à un meeting au stade de la Révolution à Brazzaville, deux cadavres. Ce sont les corps de l’ancien lieutenant Ange Diawara et de son adjoint Jean-Baptiste Ikoko. Les deux hommes auraient été tués au cours d’une opération de l’armée contre le maquis du M22. Mais c’est quoi le M22 ? Les fondateurs du PCT Le 31 décembre 1968, le commandant Marien Ngouabi devient, à l’âge de 30 ans, le troisième président de la République du Congo. A la suite de la démission du président Alphonse Massamba-Débat. En vue de consolider son pouvoir, Marien Ngouabi organise du 29 au 31 décembre 1969, le congrès constitutif du nouveau parti unique : le Parti Congolais du Travail (PCT), d’obédience communiste. Parmi les 40 fondateurs de ce parti, on trouve les noms de Marien Ngouabi, Raoul Alfred, Ange Diawara, Joachim Yhomby Opango, Denis Sassou-Nguesso, Henri Lopez… Il s’appelait Ange Diawara Ange Diawara était le commandant de la Défense civile, la branche armée de la JMNR (Jeunesse du parti du président Massamba-Débat). Après la chute de ce dernier, Ange Diawara ayant préféré éviter l’affrontement avec l’armée nationale, la Défense civile est dissoute et ses éléments reversés dans l’Armée Populaire Nationale (APN). Ange Diawara devient lieutenant dans l’armée de terre. Membre du Bureau politique du PCT, Diawara est nommé par le président Ngouabi en avril 1970 ministre chargé des Eaux et Forêts. Il a 29 ans. Rivalité interne au sein du PCT Mais assez vite, il va se démarquer de l’entourage du président Ngouabi dont il dénonce de tendances à l’embourgeoisement, à la corruption et au népotisme. Il crée le concept d’Obumitri (oligarchie bureaucratique militaro-tribaliste) qu’il va populariser à travers le pays. Lors de la session extraordinaire du Comité Central du PCT du 27 au 31 décembre 1971, Diawara et ses camarades (Noumazalaye, Ndalla, Kimbouala-Nkaya, Combo-Matsiona, Bongou, Assoua) tentent de mettre le président Ngouabi en minorité. Ils lui reprochent son apathie face à la recrudescence de la corruption et une gestion ethnique du pouvoir. Mais ils échouent. En réaction, Ngouabi limoge Ange Diawara du gouvernement et du Conseil d’Etat. Mais Diawara reste au Bureau politique. La tentative de coup d’Etat du 22 février 1972 Le 22 février 1972, le président Marien Ngouabi est en séjour de travail à Pointe-Noire. Ange Diawara lance alors une opération de coup d’Etat contre le président Ngouabi. Lui et ses hommes prennent possession de la radio nationale et de l’aéroport de Brazzaville. Ils arrêtent plusieurs responsables politiques dans la capitale. Denis Sassou Nguesso, le commandant du groupement aéroporté, se trouve à Pointe-Noire où il a accompagné le président de la République. C’est le chef d’état-major de l’APN, le commandant Yhomby-Opango, qui va réagir énergiquement en faisant échec à la tentative de putsch. Dans le camp des putschistes, les ministres Prosper Matoumpa Mpolo et Elie Itsouhou ainsi que l’artiste-musicien Franklin Boukaka, auteur-compositeur de talent qui prônait l’unité de deux Congo dans sa célèbre chanson » Pont sur le Congo « , sont tués. Revenu en urgence à Brazzaville dans la soirée, le président Marien Ngouabi, à travers les hommes que le commandant Denis Sassou Nguesso a déployé dans la ville, reprend le contrôle de la situation. Ange Diawara entre en rébellion et crée le M22 Des dizaines de personnalités sont arrêtées à la suite de cette tentative de putsch. Parmi lesquelles, on peut citer : Lissouba, Noumazalaye, Ndalla, Combo Matsiona, Jean-Pierre Assoua, Alfred Raoul, Camille Bongou, Atondi-Momandjo. Les meneurs, Ange Diawara, Jean-Baptiste Ikoko et quelques-uns de leurs camarades, parviennent à s’échapper. Ils vont s’établir aux environs de Goma Tsé-tsé, à une cinquantaine de kilomètres de Brazzaville. Ils y créent un maquis à l’instar des maquis de Che Guevara en Amérique latine ou le maquis de Laurent-Désiré Kabila à Hewa-Bora à l’Est de la RDC. Leur mouvement prend le nom de M22 ; c’est-à-dire le mouvement du 22 février. Ces révolutionnaires congolais ont comme modèle le M26 (Mouvement du 26 juillet) du cubain Fidèle Castro. Crée en 1955, le M26, après des années de lutte contre le régime du dictateur Baptista, finira par prendre le pouvoir à Cuba en janvier 1959. 40 ans après la création du M22 d’Ange Diawara, le 6 mai 2012 en RDC, des officiers congolais des FARDC créent leur M23 (Mouvement du 23 mars) et entre en rébellion, avec le soutien du Rwanda, contre le gouvernement de Kinshasa. La défaite du M22 Après une année semée d’escarmouches entre les combattants du M22 et l’armée nationale, cette dernière entreprend, au mois de février 1973, des opérations militaires d’envergure dans la région de Goma Tsé-Tsé en vue de démanteler le maquis d’Ange Diawara. Les hommes de Ngouabi vont réussir à écraser les rebelles au moins d’avril 1973. Et l’histoire du M22 s’arrête brutalement lorsque le président Marien Ngouabi exhibe le 24 avril 1973 les corps d’Ange Diawara et de Jean-Baptiste Ikoko au stade et dans les rues de Brazzaville. Néanmoins, cette exposition macabre va choquer la sensibilité bantoue de nombreux congolais qui vouent un respect presque religieux aux morts. La mort d’Ange Diawara Il existe une autre version sur la mort d’Ange Diawara et Jean-Baptiste Ikoko. Ils auraient réussi à échapper aux forces loyalistes et à traverser le fleuve Congo pour se réfugier au Zaïre. Arrêtés par les militaires de Mobutu, ils ont été livrés (vivants ou déjà morts ?) au commandant Marien Ngouabi. Une façon pour le président Mobutu de renvoyer l’ascenseur à son homologue du Congo qui avait facilité l’extradition de Brazzaville de Pierre Mulele en 1968. Mais ce 24 avril 1973, journée de son triomphe sur le M22, le président Marien Ngouabi ne pouvait s’imaginer que lui-même serait abattu par balles le 18 mars 1977; comme l’a été Ange Diawara 4 ans plus tôt ! A suivre ! Par Thomas LUHAKA LOSENDJOLA Avocat au barreau de Kinshasa-Gombe Chercheur indépendant
RDC/Page d’histoire. Il était une fois Joseph-Désiré Mobutu et Laurent-Désiré Kabila

(Ou l’histoire de la longue lutte entre les deux Désiré !) Il y a exactement 28 ans (mai 1997-mai 2025), Laurent-Désiré Kabila mettait un terme au règne du Maréchal Mobutu. Mais beaucoup de congolais n’ont retenu que la rencontre sur le navire de guerre sud-africain « Outeniqua », oubliant que les deux Désiré se livraient déjà à une confrontation à distance dès l’indépendance. Voici un condensé de leurs parcours croisés, jalonnés d’affrontements constants. Et un survol rapide de notre histoire contemporaine. Deux prénoms composés Le premier Désiré, Joseph-Désiré Mobutu, est né le 14 octobre 1930 à Lisala dans l’actuelle province de la Mongala. Il est le fils d’Albéric Gbemani et de Madeleine Yemo. Les deux parents sont de la tribu ngbandi. Le second Désiré, Laurent-Désiré Kabila, est, quant à lui, né le 27 novembre 1941 à Likasi, dans la province du Haut-Katanga. Fils de Désiré Taratibu Kabila (mais l’histoire a retenu juste le nom de Désiré Taratibu), un luba du Katanga et de Jeanine Mafik, fille d’un grand notable lunda, membre de la cour de l’empereur Mwant Yav. Deux jeunes nationalistes-lumumbistes Le 30 juin 1960, le jour de la proclamation de l’indépendance du Congo, les deux Désiré sont membres du courant nationaliste-lumumbiste. En effet, Joseph-Désiré Mobutu est membre du parti politique MNC-L (Mouvement National Congolais) présidé par Patrice Emery Lumumba. C’est sur le quota politique du MNC-L que Joseph-Désiré Mobutu est nommé vice-ministre à la Primature. A l’époque, on disait secrétaire d’Etat à la Présidence du Conseil. Laurent-Désiré Kabila, qui a 19 ans, est, de son côté, président de la Jeunesse Balubakat (Jeukat). La Balubakat (Baluba du Katanga) est le parti politique présidé par Jason Sendwe. C’est un parti nationaliste allié au MNC-L et membre du gouvernement Lumumba. Moïse Tshombe fait sa sécession Le 11 juillet 1960, le gouverneur du Katanga, Moïse Tshombe, président du parti politique Conakat, avec le soutien de l’armée belge déployée à Lubumbashi et qui a désarmé les militaires congolais de l’ANC, proclame l’indépendance de sa province. C’est la sécession de l’Etat Indépendant du Katanga. Le gouvernement Lumumba condamne l’action de Moïse Tshombe et l’ingérence de la Belgique. La Balubakat de Sendwe condamne aussi cette sécession katangaise et décide de la combattre militairement. La Jeukat de Laurent-Désiré Kabila devient une milice armée. Le combat pour l’unité du Congo Le premier ministre Lumumba a réintégré Joseph-Désiré Mobutu dans l’armée en lui donnant le grade de Lieutenant-Colonel et la fonction de Chef d’état-major de l’ANC (Armée Nationale Congolaise). Et l’ANC va se mettre à envoyer des armes et des munitions à la milice Jeukat de Laurent-Désiré Kabila pour combattre la sécession katangaise. Pour Moïse Tshombe, Laurent-Désiré Kabila et les autres membres de la Balubakat deviennent des rebelles. Le conflit Kasa-Vubu et Lumumba Le 5 septembre 1960, un conflit éclate au sommet de l’Etat. Le président Joseph Kasa-Vubu révoque le premier ministre Patrice Lumumba et ce dernier démet le président Kasa-Vubu. C’est la confusion. Le Parlement annule les deux décisions et met en place une commission compromissoire pour réconcilier les deux leaders. L’ambassadeur américain menace le président Kasa-Vubu de lui couper l’aide s’il se réconcilie avec Lumumba. Le Parlement finira par accorder les pleins pouvoirs au premier ministre Lumumba. En réaction, le président Kasa-Vubu suspend le Parlement. Dans ce conflit, le colonel Joseph-Désiré Mobutu, le numéro un de l’armée, choisit le camp du président Kasa-vubu. Pour Laurent-Désiré Kabila, Mobutu a trahi la cause nationaliste en lâchant Lumumba. L’assassinat de Patrice Lumumba Le 2 décembre 1960, Patrice Lumumba, qui s’est échappé de sa résidence surveillée, est arrêté à Lodi par les militaires que Joseph-Désiré Mobutu avait lancés à ses trousses. Le 17 janvier 1961, Patrice Lumumba et ses deux compagnons, Maurice Mpolo et Joseph Okito, sont transférés au Katanga où ils sont assassinés sans jugement. Laurent-Désiré Kabila est très affecté par cet assassinat de son leader nationaliste. Plus tard, dans un moment d’émotion, il dira à sa mère qu’il sera un autre Lumumba et que Mobutu, tôt ou tard, payera pour sa trahison. Laurent-Désiré Kabila et Soumialot lance la rébellion à l’Est. Au mois d’avril 1964, Laurent-Désiré Kabila et Gaston Sumaili dit Soumialot lancent la rébellion-révolution des Simba (Lions) contre le régime du président Kasa-vubu et l’armée du général Joseph-Désiré Mobutu. En quelques mois seulement, les Simba, que la population a surnommés » les Mayi-mayi « , prennent le contrôle d’une grande partie du territoire national se trouvant à l’Est. Après la prise de Kisangani, Christophe Gbenye, le chef du mouvement politico-militaire CNL (Conseil National de Libération) se proclame président de la République Populaire du Congo. Laurent-Désiré Kabila est membre de son gouvernement. La révolution échoue mais Kabila continue la lutte Le 24 novembre 1964, Moïse Tshombe, qui est devenu Premier ministre à Kinshasa, le général Joseph-Désiré Mobutu et son armée (ANC), leurs alliés (l’armée belge, la CIA américaine. . .) et leurs mercenaires (Bob Denard, jean Schramme. . . ) chassent Laurent-Désiré Kabila et ses camarades révolutionnaires (Christophe Gbenye, Gaston Soumialot, général Nicolas Olenga. . . ) de Kisangani et libèrent les territoires de l’Est. Tous les leaders révolutionnaires partent en exil à l’étranger. Laurent-Désiré Kabila décide, lui, de rester au pays et de poursuivre la lutte armée contre l’impérialisme et le néo-colonialisme. Il crée un maquis à Hewa-Bora dans le Sud-Kivu. Mobutu fait son coup d’Etat Le 24 novembre 1965, sous prétexte de commémoration du 1er anniversaire de la libération de Kisangani (24 novembre 1964-24 novembre 1965), le général Joseph-Désiré Mobutu convoque à Kinshasa les commandants des grandes unités de l’ANC. C’est ce jour-là que le général Mobutu démet le président Kasa-Vubu et se proclame nouveau chef de l’Etat. Laurent-Désiré Kabila apprend la nouvelle dans son maquis et décide de poursuivre la lutte contre le nouveau régime de Joseph-Désiré Mobutu. Laurent-Désiré Kabila abandonne le maquis Le 20 mai 1967, Joseph-Désiré Mobutu crée son parti politique le Mouvement Populaire de la Révolution (MPR). Le 24 décembre 1967, Laurent-Désiré Kabila crée le Parti de la Révolution du Peuple (PRP). Vers la fin des années 1970, harcelé par les militaires de
Congo. Le temps qui passe n’efface pas tout

TEMOIGNAGE. 25 décembre 1986-25 décembre 2025. 39 ans. Le temps s’est écoulé. Des souvenirs des faits de ma vie, depuis ma naissance à Mabirou, sur les bords de la rivière Alima, sous le Moyen Congo colonial, se sont estompés, et ont quitté mon esprit. Mais, demeurent en moi, et refont toujours surface, même si je tâche de les oublier, les souffrances endurées à l’ex Sécurité D’Etat, sous le régime monopartiste du Parti Congolais du Travail (PCT), en République du Congo. Pendant près de trois mois, d’octobre à décembre 1986, j’ai été séquestré, dans une des sordides cellules de la Sécurité D’Etat, à Brazzaville, pour avoir été soupçonné d’avoir écrit un tract, titré « Pour qui sonne le glas ». Un papier dur qui fustigeait la mauvaise gouvernance du pouvoir congolais ainsi que les maux qui empoisonnaient, en ces temps, l’existence des populations congolaises. A l’époque, j’assurais la fonction de Secrétaire Général auprès du Premier Ministre Ange Edouard Poungui. Cela, parallèlement à mes charges de Maître Assistant d’Université en Géographie, à l’Université Marien Ngouabi. Sorti de la Sécurité D’Etat, le 25 décembre 1986, j’ai exprimé mon intention de me libérer de mon rôle de Secrétaire Général auprès du Premier Ministre, m’étant senti humilié par l’injuste incarcération et les pénibles conditions de détention qui l’accompagnaient. Surtout que ma mère, Mère Azo, avait tenté de se suicider, n’ayant pu supporter mon absence, pendant que je croulais sur le poids de l’enfermement. N’eut été la vigilance de son entourage familial, Mère Azo n’aurait pas vécu ses 97 ans, puisqu’elle s’est éteinte, le 5 mars 2020. Une attitude de Mère Azo qui a donné lieu à diverses émotions et autres réactions, tels le choc, la surprise ou l’incompréhension de ses proches. La démission fut rejetée par le Premier Ministre. 39 ans après cette déchirante séquence de ma vie, heureusement, pour moi, je tiens le coup. Espérant résister encore quelques années de plus, avec la Grâce de Dieu Tout Puissant. Aussi je profite de ce 25 décembre 2025 pour souhaiter une joyeuse fête de Noël, à tous les compatriotes, sans exception, de la République du Congo, en leurs situations sociales, postes, grades, fonctions et statuts, avec une pensée pour ceux et celles qui s’en sont allés. Paris 25 décembre 2025 Ouabari Mariotti
RD Congo. Page d’histoire: aux origines du Maréchal Mobutu Sese Seko !

Il y a exactement 28 ans (7 septembre 1997-7 septembre 2025) disparaissait Joseph-Désiré Mobutu, devenu Mobutu Sese Seko kuku Ngbendu Waza Banga en 1971, le deuxième président de la République Démocratique du Congo. Quelles étaient ses origines familiales ? Gbado-Lite 1. Nous sommes dans un petit village à l’extrême Nord du Congo, Gbado-Lite. Ce nom vient de gbado, espèce de gros arbre qui produit beaucoup de chenilles, et de Lite, nom d’un grand chef coutumier. Ce village est habité par une population dont les ancêtres sont venus, il y a très longtemps, du Darfour au Soudan: les ngbandi. Localisation des Ngbandi en RDC Leurs migrations s’étant effectuées par vagues successives, les derniers arrivés poussant leurs prédécesseurs à aller plus loin, les ngbandi se retrouvent disséminés dans plusieurs territoires de trois provinces du Nord de la RDC. Province du Nord-Ubangi, dans les territoires de Yakoma, Mobayi, Businga et ville de Gbado-Lite. Province du Sud-Ubangi, dans les territoires de Budjala et Libenge. Province du Bas-Uele, dans les territoires de Bondo et d’Aketi. Albéric Gbemani 2. Un jeune ngbandi, habitant de Gbado-Lite, a une fiancée, du nom de Ngbondolo, qui est tombée enceinte. Il se met à la recherche d’ un emploi qui pourrait lui permettre d’assumer ses responsabilités de chef de famille. Il s’appelle Albéric Gbemani. Il décide alors d’aller à Lisala, chef-lieu de province, où il y a plus d’opportunités d’emplois. Il laisse sa fiancée à Gbado-Lite. Gbemani s’installe à Lisala A Lisala, il est hébergé par Papa Lando, un notable ngbandi de la ville. Peu de temps après, Gbemani trouve un travail de cuisinier chez le substitut du procureur de la République de Lisala. Avec son salaire, il envoie régulièrement de l’argent à sa fiancée restée au village. Cet argent transite chez une cousine de Gbemani dénommée Ngawali. Après quelques mois, Gbemani apprend que sa fiancée a accouché d’un garçon affecté d’une malformation congénitale: il est nain. Cet enfant sera appelé Zemanga. Cette relation n’aura plus de suite. Marie-Madeleine Yemo 3. A 12 km de Gbado-Lite, dans le village de Kawele, règne un autre chef ngbandi qui s’appelle Kanga-Yani. Ce chef sera à l’origine d’un scandale lorsque les notables apprennent qu’il a fait deux enfants à sa propre nièce ou la nièce de sa femme. Pour mettre un terme à ce scandale, les notables décident d’éloigner cette jeune fille, qui s’appelle Marie-Madeleine Yemo, et ses deux enfants (Movoto et Mungbele Toko Francisca) de Kawele en les envoyant à Lisala. Le destin fera en sorte que cette belle et jeune mère soit logée à Lisala chez Papa Lando, qui héberge déjà le jeune Gbemani. Les deux jeunes gens vont finir par tomber amoureux l’un de l’autre et vont se marier. Naissance de Joseph-Désiré Mobutu Le 14 octobre 1930, le couple Gbemani-Yemo va donner naissance à un premier garçon qu’ils vont appeler Joseph-Désiré Mobutu. Pour mettre un terme à une polémique stérile crée par les adversaires politiques du Maréchal Mobutu, il faut savoir qu’on ne connaît pas la date de naissance de Mama Yemo; mais en tout cas, elle n’est pas née en 1925. Cette date était avancée pour démontrer qu’elle ne pouvait pas être la mère biologique de Mobutu et donc que celui-ci était un étranger ! 4. Après Joseph-Désiré Mobutu, le couple aura trois autres enfants: Kwadeba, Sébastien Dongo Yemo et Gbemani. Donc, Joseph-Désiré Mobutu, en plus de ses trois frères ( même père et même mère comme on dit en Afrique), a, du côté paternel, comme frère Zemanga et, du côté maternel, Movoto et Mungbele Francisca. Les connections familiales de Mobutu Nous pensons, qu’à ce stade, il sera intéressant de connaître quelques autres connections familiales de Mobutu. La grande-soeur de Mobutu, Francisca, deviendra l’épouse du général Bolozi, le chef du service de renseignement et sécurité de l’armée zairoise. Il y a une rumeur persistante qui circule et selon laquelle c’est Francisca qui aurait présenté son jeune frère Mobutu à Patrice Lumumba. La cousine de Gbemani, Ngawali, va avoir un enfant qu’elle va appeler Étienne Nzimbi; qui deviendra le célèbre général, commandant de la Division Spéciale Présidentielle (DSP), la garde prétorienne du Maréchal Mobutu. Le général Nzimbi était donc le cousin du Maréchal Mobutu du côté de son père. De son côté, Mama Yemo avait une cousine du nom de Mogbelo Benza Jeanne. Celle-ci aura aussi un fils nommé Jean Litho, qui deviendra plus tard Litho Moboti, le riche homme d’affaires de la deuxième République. Litho était donc le cousin du Maréchal du côté de sa mère. L’ascension 5. Comment ce jeune orphelin (il va perdre son père Gbemani très tôt), ce jeune catholique pratiquant (pendant une période à Mbandaka, il allait à la messe tous les matins, accompagné par un petit mulâtre de son école, Léon Lobitsh qui deviendra Léon Kengo wa Dondo), cet élève courtois et très sociable (qui sera pourtant chassé de l’école); comment ce jeune homme, qui n’a pas pu terminer ses études secondaires mais qui était doté d’une grande intelligence et d’une mémoire phénoménale, va-t-il devenir successivement collaborateur du grand Patrice Emery Lumumba, commandant en chef de l’armée nationale congolaise, l’homme de confiance du président Kasa-Vubu et, par la suite, président de la République pendant 32 ans ? A suivre ! Par Thomas Luhaka Losendjola Président honoraire de l’assemblée nationale Ancien vice-premier ministre Avocat au barreau de Kinshasa/Gombe Chercheur Indépendant.
Bordeaux, ville où se mêlent, en moi, de bons souvenirs et de la peine

SOUVENIRS. Août 1993, à ma demande, M. Pascal Lissouba, Président de la République du Congo autorise le Membre du Gouvernement que j’étais, à l’époque, de se rendre, dans le Chef lieu du Département de la Gironde, en France, pour la soutenance d’une Thèse de Doctorat en Géographie, à l »Université de Bordeaux Michel Montaigne. « Bois et Chantiers Forestiers du Mayombe », était le sujet de la Thèse. L’éminent geographe, le Professeur Yves Pehaut, bien connu dans l’univers géographique des pays tropicaux, pour ses multiples ouvrages, mon Directeur de Thèse. 32 ans après ce mois d’août 1993, je me retrouve, à nouveau, à Bordeaux, le 20 août 2025, pour un séjour privé, en compagnie de Maman Nicole. Avec bonheur, j’ai revu à Bordeaux, les bâtiments de l’Institut de géographie Tropicale de Bordeaux, dans ce qu’ils ont de symboles vivants dans les relations interuniversitaires entre l’Université Marien Ngouabi où j’enseignais, en 1993, parallèlement à mes fonctions ministerielles, et l’Université de Bordeaux Michel Montaigne. Des relations qui ont permis à la première génération étudiants geographes congolais, comme Michel Kongo, Julien Felix Mabiala, Bonaventure Maurice Mengho, Flavien Salangoli et autre Jean Nkoukou de devenir, en fin de leur cursus universitaire, de grands géographes. Au plaisir d’avoir replongé mon esprit, dans les moments de la présentation de ma Thése, en août 1993, s’est mêlee ma peine de ne plus revoir le Professeur Yves Pehaut qui s’en est allé, le 22 janvier 2022. Lui, grâce auquel, après l’épreuve de la soutenance, j’ai découvert, dans un centre commercial de Bordeaux, les spécialités bordelaises, tels les canelés, le vin de Bordeaux, les sarments du Médoc et le sel de vin. Puisse, là-bas, à l’Eternel Infini le Professeur Yves Pehaut reposer en paix. De meme le Professeur Guy Lassere autre dignitaire de la géographie tropicale, également décédé. Rien de plus significatif pour cette matière pluridisciplinaire qu’est la géographie, que la volonté affichée des autorités de l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville de garantir la remarquable relation universitaire entre le département de géographie de l’Université de Bordeaux Montaigne et celui de l’Université Marien Ngouabi. Bordeaux 20 août 2025 Ouabari Mariotti
RDC/ Page d’histoire : QUI EST LE COLONEL JUSTIN KOKOLO ?

RETRO. Né dans le Mayombe le 23septembre 1913, Justin Kokolo a eu 10 enfants dont cinq fils et cinq filles. En 1936, il s’est enrôlé dans la force publique à Mbanza-Ngungu puis il est allé à l’Equateur où sa femme l’avait rejoint en 1940. Il est allé en guerre de 1940 à 1945 laissant son épouse et ses enfants. Il fut Adjudant fantassin avant l’indépendance. De la tribu Yombe. Après l’indépendance de la RDC, le Président Kasa-Vubu le nomma comme de chef de sa sécurité rapprochée. Justin Kokolo fut doté d’une force physique impressionnante, et un vaillant soldat. Quatre jours seulement après la proclamation de l’indépendance, soit le 4 juillet 1960, survint une mutinerie au sein de la Force publique, ce qui amènera le jeune gouvernement congolais à crée l’Armée nationale Congolaise (ANC), sous le commandement des officiers congolais. Suite à cette décision, l’Adjudant Justin Kokolo fut promu au grade de Lieutenant-Colonel le 8 juillet 1960. En principe, en tant qu’un des anciens Adjudants congolais de la Force publique, il aurait pu occuper les fonctions de commandant en chef ou chef d’état-major de l’ANC. Mais le Président Kasa-Vubu se contenta de nommer commandant du Camp Léopold II (actuel Camp Kokolo), le 8 juillet 1960, dans la mesure où ce fut le plus grand camp des fantassins au Congo à l’époque. Il aurait fallu le placer directement dans le commandement de l’Armée. Le Président Kasa-Vubu jugea que sa position du commandant de camp suffisait et laissa la latitude au 1er Ministre Lumumba de nommer Lundula comme le commandant en chef, et Mobutu comme chef d’état-major général de l’ANC. En juillet 1960, le Lt-Col Justin Kokolo fut dépêché en mission à Luluabourg (Kananga) et à Elisabethville (Lubumbashi) avant le début de la sécession. En guise de réaction, Moïse Tshombe lui demanda d’informer les autorités du gouvernement central de Léopoldville (Kinshasa) de ne point se rendre au Katanga, sous peine d’arrestation. Le Lt-col Kokolo fut un officier très proche du Président Kasa-Vubu comme le fut le colonel Mobutu auprès du 1er Ministre Lumumba. C’est ainsi qu’il (Kokolo) reçut la délicate mission de se rendre à l’intérieur du pays en vue de tenter de calmer les soldats hostiles au gouvernement central. Le 21 Novembre 1960, le Lt-Col Kokolo reçut l’ordre du chef d’état-major, le col Joseph Mobutu, de dépêcher un détachement militaire à l’ambassade du Ghana à Léopoldville afin de procéder à l’expulsion de Nathaniel Welbeck, le chargé d’Affaires ad intérim du Ghana, accusé d’ingérence dans les affaires intérieures du Congo, contrairement au respect des usages et règles diplomatiques entre les Etas, et pour avoir manifesté sa tendance pro-Lumumba. En fait, le diplomate Ghanéen était devenu » un politicien congolais de nationalité Ghanéenne ». Rappelons que c’est la dispute sur l’officialisation de la délégation congolaise envoyée à l’ONU qui fut à l’origine de ce conflit. La délégation du Président Kasa-Vubu fut conduite par le Commissaire général aux Affaires étrangères, Justin Marie Bomboko, tandis que la délégation du premier Ministre Lumumba fut conduite par Thomas Kanza. Avant que le Lt-Col Kokolo ne se rende à l’ambassade du Ghana, le commissaire général de l’Intérieur, José Nussbaumer, avait reçu l’ordre de mettre en exécution la décision du Président Kas-Vubu déclarant le chargé d’Affaires a.i Ghanéen persona non grata. En réalité, il revenait au commissaire des Affaires étrangères, Justin Marie Bomboko d’exécuter ce décret. Ce dernier étant en ce moment à New-York, il revenait à son Adjoint, Ernest Kashemwa de l’exécuter. Et non au commissaire de l’Intérieur ! José Nussbaumer se rendit personnellement à l’ambassade du Ghana en menaçant Nathaniel Welbeck de quitter le Congo dans 24 heures. Ce dernier ne l’entendit pas cette oreille, étant donné que le Ghana ne reconnaissait pas le gouvernement des Commissaires généraux en lieu et place du gouvernement légal de Patrice Lumumba. Suites à ces menaces, l’Onu renforça la sécurité de l’ambassade du Ghana avec les troupes Tunisiennes. En face de l’ambassade du Ghana campaient les éléments de la Police militaire congolaise, commandés par Henri Ngampo. Lorsque le Lt-Col Kokolo se rendit le 21 novembre 1960 avec 200 fantassins à l’ambassade du Ghana, il fut déterminé d’arrêter Nathaniel Welbeck, et de pénétrer dans l’enceinte de l’ambassade. Mais il avait oublié que selon les normes diplomatiques, l’ambassade du Ghana était un territoire Ghanéen, et que les troupes Ghanéennes et Tunisiennes ne pouvaient pas lui permettre d’y pénétrer. Suite à cette confusion, il y eut échange de tirs et le Lt-Col Kokolo fut atteint à la poitrine et décéda sur le champ. En guise de riposte, les troupes congolaises répliquèrent, entraînant les coups de feu durant toute la journée. Le gouvernement Ghanéen envoya le commandant en chef de leur Armée, le général Henry Alexander afin d’exfiltrer Nathaniel Welbeck. Conformément à la volonté de son gouvernement qui ne voulait pas l’effusion du sang, Nathaniel Welbeck accepta enfin de quitter le Congo. Le décès du Colonel Kokolo avait consterné beaucoup de Congolais à Léopoldville (Kinshasa), et avait par conséquent attisée l’animosité des éléments de l’ANC à l’égard de Patrice Lumumba, dans la mesure où à cette époque, les Baluba, Bangala, et Bakongo étaient majoritaires dans l’Armée. Le 28 novembre 1960, de grandioses funérailles présidées par le Président Joseph Kasa-Vubu eurent lieu au Camp Léopold et le même jour le président Joseph Kasa Vubu décida de rebaptiser le camp Léopold en CAMP KOKOLO qui va immortaliser sa mémoire jusqu’à ce jour. Par Germain Nzinga
SECRET D’HISTOIRE : les cheveux de Bob Marley jetés dans le fleuve Congo

RETRO. En 1986, Rita Marley débarque au Congo, accompagnée de ses deux fils Ziggy et Stephen Marley pour une mission hautement spirituelle. Rita a de fait effectué ce voyage dans la capitale congolaise , soit cinq ans après la mort de son époux Bob Marley survenue à Miami le 11 mai 1981 dans l’objectif d’exécuter le testament de son illustre époux qui stipulait, dans une des clauses, que ses dreadlocks ( cheveux rastafaris) soient jetés dans le fleuve Congo. De son vivant, le métis Bob Marley de père blanc britannique et de mère noire descendante d’esclaves, s’était investi à rechercher ses origines africaines et il les avait identifiées au Congo. Déjà en 1974, il avait composé la célèbre chanson « Natty Dread » où Bob Marley fait clairement référence au Congo. Il suffit de se rappeler ces paroles «( Hoya natty Congo; a dreadlocks Congo) pour s’en apercevoir. En 1980, sentant déjà le cancer avancer, Bon Marley compose sa dernière chanson « Redemption Song» qui raconte l’histoire d’une personne enlevée de sa terre ancestrale et soumise à l’esclavage mais qui se bat pour sa liberté physique et mentale. Comme descendant des esclaves destinés aux Amériques, Bob Marley avait fermement demandé à sa femme que ses cheveux soient jetés dans le fleuve Congo, lequel portait une valeur symbolique car c’était la voie empruntée par ses aïeux avant de prendre l’océan jusqu’à à la terre d’oppression entre autre en Jamaïque. Pour Marley qui a toujours prôné le retour à ses racines africaines, ce geste posthume signait sa manière de renouer avec ses ancêtres et de s’ancrer pour l’éternité dans une terre qu’il considérait comme sacrée. L’arrivée de Rita et de ses deux fils au Congo était un événement de haute portée spirituelle seulement compréhensible aux initiés. Le cabinet de la présidence va organiser l’accueil de la famille Marley et son séjour. La chargée d’affaires culturelles de la présidence qui était en même temps professeur d’histoire à l’université , madame Scholastique Dianzinga, aura sur ses épaules la responsabilité d’accompagner au fleuve Rita et ses deux fils pour accomplir le rituel. Une fois arrivés au fleuve, madame Dianzinga raconte de quelle manière la famille Marley commença par un long recueillement suivi du moment-clé d’ouverture du paquet contenant les cheveux de l’illustre défunt en vue de les jeter dans le fleuve Congo, à savoir ce “massa kongo” représentant depuis la nuit des temps, le lieu des bisimbi et le village des ancêtres. Ceci fut le dernier geste révolutionnaire de Bob Marley, assorti d’un message clair adressé aux congolais : « Congoman don’t give up ! », à entendre en français : Congolais n’abandonnez pas le combat. Ne vous rendez jamais. Voici en résumé le cœur du testament spirituel très émouvant et puissant que Bob Marley laisse aux congolais et à la postérité de tous les noirs concernant la longue lutte pour la liberté, la justice et l’émancipation des esclaves africains et de leurs descendants. Toujours dans la même chanson, il chantait : « Emancipez-vous de l’esclavage mental. Personne d’autres que nous-mêmes ne peut libérer nos esprits » Espérons que les générations actuelles s’en souviennent encore !!! Par Germain Nzinga
République du Congo. Un Pays avec ses joies et ses peines

RETRO. Il s’en est fallu de peu pour que le Président Pascal Lissouba organise des obsèques nationales au Président Alphonse Massamba Débat Avril 1997. Le Garde des Sceaux Ministre de la Justice de la République du Congo que j’étais, à l’époque, reçoit l’ordre du Chef d’Etat Congolais, le Président Pascal Lissouba, d’assurer la supervision d’une commission spéciale, dont la composition n’avait jamais été publiée, chargée de retrouver les restes mortels du Président Alphonse Massamba-Débat. En effet, des suites de l’assassinat du Président Marien Ngouabi, le 18 mars 1977, à Brazzaville, le Président Alphonse Massamba Débat avait été condamné à la peine capitale par une cour martiale, instituée pour la circonstance. S’en suivra l’exécution de la sentence, le 25 mars 1977, et le corps du Président Alphonse Massamba Débat, non restitué à la famille pour la réalisation des funérailles. Le manque de données fiables, même approximatives, sur le lieu où la dépouille du Président Alphonse Massamba Débat avait été enfouie, a complexifié le travail d’enquête de la commission. Celle-ci redoutant des apports inexacts, susceptibles d’entraîner de vaines, infructueuses et hasardeuses fouilles qui attireraient, en pure perte, l’attention et remettraient en cause tout le processus. La commission tablait sur des indices précis, cohérents et pertinents, pour éviter les ratés et, conséquemment, mener à bien les investigations. L’identification des personnes à entendre, pour établir l’exploration, était une autre paire de manche, encore plus compliquée. A ces difficultés s’ajoutait la frayeur qui remplissait les coeurs des membres de la commission dont l’imagination avait un impact considérable sur les peurs qu’ils pouvaient avoir, en raison de la sensibilité de l’affaire. En mai 1997, près d’un mois avant les violences du 5 juin 1997, à Brazzaville, la commission ayant du mal à se mettre en route, le Président Pascal Lissouba , au cours d’un échange, dans son bureau, au sortir d’un Conseil des Ministres, m’a vertement exprimé sa déception, exigeant, de moi, plus de contention et davantage de bonne volonté pour augmenter les chances de réussite. Au travers de la mise à jour des restes mortels du Président Alphonse Massamba Débat, le Président Pascal Lissouba misait sur deux desseins, l’un corollaire de l’autre, d’un symbolisme majeur, au nom de l’intérêt supérieur de la Nation. Pour la mémoire du Président Alphonse Massamba Débat, le Président Pascal Lissouba prévoyait l’organisation des obsèques nationales, à la hauteur de ce qu’a été, pour la Nation Congolaise, le Président Alphonse Massamba Débat. Par ailleurs, sans préjugés, sans a priori et sans aucune velléité de procédure judiciaire à l’encontre de qui que ce soit, le Président Pascal Lissouba, par cette initiative, ne rêvait que d’un renforcement de l’unité et de la cohésion nationales. Tous les Pays du monde en ont besoin. Au moment où la commission spéciale, au regard des observations du Président Pascal Lissouba, allait requalifier sa méthode de travail pour mieux avancer dans l’exploration, sont arrivés les affrontements du 5 juin 1997. Les membres de la commission vont alors s’éparpiller, avec la cessation des activités des juridictions à Brazzaville. Le Président Pascal Lissouba s’expatrie, et, avec lui, la plupart des personnalités qui l’entouraient. J’en étais de celles là. Sans compter ceux des Congolais qui avaient pris l’option de se mettre à l’abri d’éventuelles violences ou autres représailles. Le dossier de recherche des restes mortels du Président Alphonse Massamba Débat s’est alors, en conséquence, refermé, de lui-même, faute d’acteurs. Les années de l’exil du Président Pascal Lissouba, en Angleterre et en France, je ne l’ai pas revu. L’occasion d’une rencontre avec lui m’aurait permis de lui avouer mon échec, dans le dossier des restes mortels du Président Alphonse Massamba Débat. Garant de l’unité nationale, le Président Pascal Lissouba avait à cœur de clôturer ce dossier comme Chef d’Etat en chaire. Tellement il y tenait. Lorsque, le 24 août 2020, est annoncée la nouvelle du décès du Président Pascal Lissouba, la sensation de la souffrance morale que j’éprouvais de mon insuccès, dans le dossier du Président Alphonse Massamba Débat, s’est accrue en moi. Elle s’est accompagnée d’une expérience amère et frustrante. Mais j’avais la fierté d’y avoir tiré des leçons parce que convaincu d’avoir tenté de faire aboutir, avec abnégation et modestie, une démarche délicate, d’autant qu’il me semblerait qu’au moment où sont publiées ces lignes, cette intention du Président Pascal Lissouba n’ait jamais été relayée. Et Dieu seul sait si l’opinion congolaise ne partage pas cette intention. Aux obsèques du Président Pascal Lissouba, le 31 août 2020, à Perpignan, dans le Sud de la France, j’ai été retenu par la famille Lissouba pour prononcer l’oraison funèbre, en hommage à l’illustre disparu, en la Cathédrale Saint Jean Baptiste de Perpignan. Devant le cercueil du Président Pascal Lissouba, recouvert du drapeau congolais, j’ai saisi l’occasion, dans mon for intérieur, pour demander pardon au Président Pascal Lissouba. J’estimais n’avoir pas, sous lui, totalement rempli mes tâches de Membre de Gouvernement, dont celle relevant du dossier des restes mortels du Président Alphonse Massamba Débat. Je désirais obtenir du Président Pascal Lissouba, à titre symbolique, son indulgence. Je savais que le Président Pascal Lissouba était un homme qui cultivait l’humanisme et la générosité. Il savait pardonner. Je crois avoir été entendu par lui. Nul, quel qu’en soit son grade, son statut et son rang social, n’étant à l’abri des vicissitudes de la vie, que là bas, à l’Eternel Infini, à tout prendre, les Présidents Alphonse Massamba Débat et Pascal Lissouba reposent en paix. Paris 24 mars 2025 Ouabari Mariotti