Steve Mbikayi: « Nous avons affaire au Premier Ministre le plus effacé et inactif de toute l’histoire de la RDC »

HAUT ET FORT. « Être député de la majorité ne veut nullement dire être complaisant avec un gouvernement défaillant. Nous jouerons pleinement notre rôle entant qu’élu du peuple », prévient sèchement le député et ancien ministre Steve Mbikayi dans une tribune appelant le Gouvernement Sama à démissionner: « Pas d’intimidation La vérité blesse, dit-on. La nôtre a fait mal. Très mal. Nous avons déclaré que le Gouvernement Sama doit démissionner. Nous signons et nous persistons. Ce matin des milliers des dollars ont été dépensés pour acheter les manchettes des journaux pour nous vilipender. Plutôt que de perdre notre temps en leur envoyant un droit de réponse qui ne sera pas lu par un grand nombre, car leurs feuilles de choux ne sont pas vendues à plus de 50 exemplaires, nous nous contentons de réagir sur notre compte Twitter. C’est plus efficace. Dans 24 h, notre tweet demandant la démission du gouvernement a fait plus de 230 000 vues. Nous signons et nous persistons. Le Gouvernement Sama doit démissionner. Une motion de censure est à l’étude. Nous ne la sortirons que quand un grand nombre des collègues députés sera acquis à cette cause. Déplacer malencontreusement le débat vers le Chef de l’ État parce qu’on se sait plus vulnérable ne peut nullement nous intimider. Tout le monde sait notre engagement dans La défense des actions du Président de la République depuis 3 ans. Nous continuerons sur la même lancée. Mais, au sein de la majorité, nous dénoncerons et combattrons tout ce qui peut nous faire échouer. Notamment, la défaillance du gouvernement Sama. Son incapacité à répondre aux préoccupations de la population. Si dans la cité toutes les critiques sont orientées vers le PR , c’est parce que nous avons affaire au Premier Ministre le plus effacé et inactif de toute l’histoire de la RDC. Conséquence, un régime semi-présidentiel apparaît aujourd’hui comme présidentiel. Quand ça ne marche pas, personne ne parle de lui alors que c’est lui qui gouverne. Même s’il ne démissionne pas, nous le secouerons au quotidien pour qu’il se réveille. Prétendre qu’en relevant l’inefficacité du gouvernement, nous déstabilisons Fatshi est une intimidation de mauvais goût. Ça ne peut pas nous décourager. C’est une diversion. Nous n’allons même pas nous y attarder. Pendant trois ans, le Gouvernement a été incapable de produire les permis de conduire. Tout le monde prend le volant comme il veut. Est-ce Fatshi qui devrait s’occuper de la commande des permis de conduire ? Quand une imprimante tombe en panne, on passe plusieurs mois sans produire des passeports. Le Chef de l’ État est le seul citoyen à avoir reçu sa carte d’identité… Congo Airways est cloué au sol parce que le gouvernement a refusé de débloquer 33 millions de dollars au motif qu’il faut privatiser l’entreprise. Suite à notre pression, dix millions de dollars viennent d’être décaissés pour cette compagnie . Nous en sommes fiers. Des prix fantaisistes imposés aux aviateurs ont fait sécher le ciel congolais. Aujourd’hui, pour aller de Goma à Kinshasa, il faut passer par Addis-Abeba. Quelle honte ! Est-ce que ça peut s’appeler compétence ? Face au dollar, notre économiste national ne sait à quel saint se vouer. Sur le marché, c’est la surchauffe. L’arrivée du » guerrier » tant vanté n’a rien changé au front. Être député de la majorité ne veut nullement dire être complaisant avec un gouvernement défaillant. Nous jouerons pleinement notre rôle entant qu’élu du peuple. Plutôt que de rencontrer nos arguments, le gouvernement veut se cacher derrière le Président de la République. Il doit s’assumer. Pour le tirer de son profond sommeil, nous continuerons à le secouer. S’il ne se réveille pas, nous le ferons tomber. Au lieu de laisser l’opposition dire ces choses et en tirer profit, nous devons en parler nous mêmes et exiger des corrections. La volonté du Chef de l’Etat de bien faire est manifeste. Mais son gouvernement n’est pas à la hauteur de la tâche. Si dans un mois, Congo Airways ne reprend pas ses vols , Sama et son Gouvernement vont tomber et les élections auront bel et bien lieu. Tout collègue député qui ira en campagne avec Sama sur son dos creusera sa propre tombe. Nous interpellons le Président Mboso. Notre Chambre doit cesser d’être une caisse de résonance du Gouvernement ».
RD Congo/TRIBUNE. La condamnation de KABUND

POLITIQUE. Il y a une différence entre l’ivresse du lait et celle de l’alcool. Dans le deuxième cas, la personne est consciente de son état. Dans le premier, l’ivresse est très dangereuse parce qu’on ne s’en rend pas compte. Seuls les observateurs le constatent et en déplorent ses effets. Jean Marc Kabund est un acteur politique très brillant et courageux. Il l’a démontré à maintes reprises. Partant de ces qualités? il était dans les grâces du Président de la République. Officieusement, il était pratiquement le » Vice Président « . Le faiseur des rois dans l’entourage du Chef. Très écouté par ce dernier suite notamment à des moments difficiles vécus ensemble dans l’opposition, l’apport dans la fragilisation du FCC et la recomposition de la majorité. Bien géré, sa position lui permettait de consolider davantage son leadership dans la majorité et je parie qu’il aurait dû être le dauphin de la majorité pour 2028. Il n’a pas su bien gérer son succès. Il a mal géré sa proximité avec le Chef au point de vouloir s’appuyer plus sur les relations d’amitié que sur celles d’un collaborateur avec l’autorité. Plusieurs commettent cette erreur dans leurs relations avec un membre de famille ou un ami élevé en dignité. Tout en gardant la même proximité, le subalterne doit se mettre à sa place même si le Chef reste simple et plus accessible. Jean Marc avait péché sur ce point. Il avait fait un mauvais calcul. Si Kabund n’a pas su gérer son succès, d’autres n’ont pas non plus su gérer leurs frustrations. C’est le cas de Franck et Delly. Ceux qui pour avoir combattu dans l’opposition, s’attendaient à occuper des positions confortables dans dans un système qu’ils ont considéré comme le leur. Ayant attendu longtemps sans rien recevoir, ils ont tourné casaque. Mais, pour quelle finalité ? Appartenant à la même communauté que le prince , ils devaient savoir que leurs actions ne porteraient pas. Ils auraient dû ruminer leur chagrin sans passer à l’acte . Il faut agir quand son action peut changer quelque chose. Sinon, il faut se résigner en attendant le jour meilleur. Se mettre à crier dans le désert, se comporter en un crapaud qui jette de la salive à un aigle diminue davantage. Il fallait bien gérer la déception. Revenons à Kabund. Les 7 ans qu’il pourrait passer derrière les barreaux joueront sûrement contre lui . S’il les épurge, il en sortira en 2030 très affaibli politiquement, avec toutes les poches trouées. Il lui faudra alors repartir à zéro sans espoir de récolter les mêmes succès. La leçon est qu’on ait tort ou qu’on ait raison, il faut mesurer la portée du coup avant de le lancer. S’il ne peut pas atteindre la cible, il ne faut pas gaspiller son énergie pour rien. Il faut attendre. Toutefois, du haut de mes trente ans d’expérience politique, je sais que pareille condamnation se terminera sûrement par une grâce présidentielle. Dans cette hypothèse, monsieur fera son comeback en politique et occupera un espace qui lui permettra de refaire la paix avec son mentor et de rebondir convenablement pour 2028. Au cas contraire, il faudra organiser ses funérailles politiques. De ce qui précède, il y a lieu de retenir qu’il faut savoir bien gérer ses succès et ses déboires. Savoir apprécier l’ espace et le temps avant d’agir. Boire du lait avec modération pour ne pas s’enivrer afin d’éviter les dégâts collatéraux qui s’en suivent. Par Steve Mbikayi Ancien Ministre de l’ESU et des Actions humanitaires et solidarité nationale.