Ajay Banga : «Les jeunes, privés de perspectives, empruntent la moindre issue accessible»

Le président de la Banque mondiale alerte sur un risque économique et sécuritaire majeur Comment relever le défi de l’emploi des jeunes? La question que se posent bien des gouvernements et des analystes des pays en développement, taraude également de nombreux dirigeants d’institutions internationales, à l’instar du président du Groupe de la Banque mondiale, Ajay Banga, qui a mené une réflexion approfondie sur le sujet. Pour mieux apprécier l’ampleur du problème et des crises qui pourraient en découler, il est important de rappeler que plus de 1,2 milliard de nouveaux actifs sont attendus dans les pays en développement au cours des 10 à 15 prochaines années. «Or, au rythme actuel, ces économies ne devraient créer qu’environ 400 millions d’emplois sur la même période », prévient le patron de l’institution financière internationale dans une tribune publiée sur Bloomberg.com. Le déficit d’emplois, un défi de plus en plus sécuritaire Parce que «le déficit d’emplois est vertigineux, et il est souvent présenté – à juste titre – comme un défi de développement. Mais c’est aussi un défi économique. Et c’est de plus en plus un défi de sécurité nationale», estime-t-il. Pour Ajay Banga, toutefois, il n’y a pas lieu d’y voir une fatalité. Et pour cause: «Si nous investissons tôt dans les individus et leur donnons les moyens d’accéder à des emplois productifs, cette nouvelle génération pourra bénéficier de conditions de vie dignes et devenir un socle de croissance et de stabilité», affirme-t-il. En revanche, prévient-il, «si nous n’agissons pas, les conséquences sont prévisibles: institutions sous pression, migrations irrégulières, conflits, montée de l’insécurité, alors que les jeunes, privés de perspectives, empruntent la moindre issue accessible». Au sein de la Banque mondiale, on s’emploie résolument à trouver des solutions à ce problème, en articulant financements publics, expertise, capitaux privés et instruments de gestion des risques autour d’une stratégie de l’emploi fondée sur trois piliers. «Le premier consiste à créer les infrastructures indispensables, tant humaines que matérielles», indique le patron de la BM sur le site web américain estimant qu’il ne peut y avoir d’investissements privés ni d’emplois sans électricité fiable, sans transports efficaces, sans systèmes d’éducation et de santé solides. De son point de vue, «si la reconnaissance de l’importance des infrastructures physiques est globalement acquise, l’investissement dans le capital humain est tout autant crucial». Le deuxième pilier évoqué dans sa tribune (visible également sur le blog de la Banque mondiale) vise à instaurer un environnement propice à l’entreprise. Selon lui, «des règles claires et une réglementation prévisible réduisent l’incertitude et facilitent l’activité entrepreneuriale. Les emplois naissent de l’initiative d’entrepreneurs et d’entreprises qui ont la confiance nécessaire pour investir et se développer». Ajay Banga en est également convaincu: les ressources publiques peuvent amorcer le mouvement, mais la suite repose essentiellement sur le secteur privé, et en particulier sur les micro-, petites et moyennes entreprises, qui sont les plus grosses pourvoyeuses d’emplois. En conséquence, le troisième pilier consiste à «aider les entreprises à changer d’échelle», poursuit-il rappelant que par l’intermédiaire des branches de l’institution dédiées au secteur privé, la Banque mondiale apporte des prises de participation en capital, des financements, des garanties et des assurances contre les risques politiques. Plus généralement, le président du Groupe précise que l’organisme international se concentre «sur les domaines où le potentiel d’emploi est le plus élevé, à savoir dans cinq secteurs qui génèrent durablement des postes à grande échelle: infrastructures et énergie, agroalimentaire, soins de santé primaires, tourisme et industrie manufacturière à valeur ajoutée». En guise, sans doute, d’avertissement, il souligne que d’ici à 2050, plus de 85% de la population mondiale vivra dans des pays en développement et que «cela représente non seulement la plus vaste expansion de la main-d’œuvre mondiale jamais enregistrée, mais aussi la croissance la plus importante de futurs consommateurs, producteurs et marchés». En attendant, et quelle qu’en soit la motivation (quête de développement socioéconomique, de rendement, de sécurité ou simple altruisme), Ajay Banga estime que «nous avons tous un rôle à jouer et tous intérêt à investir énergie et ressources dans cet effort». Pour lui, il ne fait aucun doute que les pays en développement y gagnent, car les emplois génèrent revenu, stabilité et dignité ; renforcent la demande intérieure et donnent aux jeunes des raisons d’investir dans leur avenir chez eux plutôt que de le chercher ailleurs. Il est également persuadé que les pays développés y trouvent bénéfice. Explications : « A mesure que les économies en développement grandissent, elles deviennent des partenaires commerciaux plus solides, des maillons plus résilients des chaînes d’approvisionnement et des voisins plus stables. La croissance de ces marchés élargit la demande mondiale et atténue les pressions qui alimentent une migration irrégulière et une insécurité dont les coûts économiques et politiques dépassent largement les frontières». Et d’ajouter, s’agissant du secteur privé (institutions financières comme opérateurs), «cela représente l’une des plus grandes opportunités des décennies à venir. Une croissance démographique rapide signifie une demande soutenue en énergie, systèmes alimentaires, soins de santé, infrastructures, logements et produits manufacturés». En conclusion, si l’on fait les bons choix, les forces qui façonnent le monde à bas bruit – à commencer par la démographie – deviendront des moteurs de croissance et de stabilité plutôt que des sources de volatilité et de risque. A l’inverse, «si l’on ne fait pas ce qu’il faut, on continuera de courir après les crises, en se contentant de réagir dans l’urgence à des situations que l’on voyait venir depuis des années, voire des décennies». Alain Bouithy
La Convention du travail maritime a 20 ans

Adopté le 23 février 2006 par la Conférence internationale du travail maritime La Convention du travail maritime (CTM) a soufflé ses 20 ans lundi 23 février 2026. Ce traité historique a été adopté le 23 février 2006 par la Conférence internationale du travail maritime à travers un consensus tripartite sans précédent et constructif entre gouvernements, armateurs et gens de mer. «Cet engagement partagé a permis d’aboutir à une convention à la fois ambitieuse dans ses protections et pragmatique dans sa mise en œuvre au sein d’un secteur véritablement mondial », ont affirmé l’Organisation internationale du travail (OIT), la Chambre internationale de la marine marchande (ICS) et la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) dans une déclaration conjointe publiée à l’occasion des 20 ans de la CTM. Un pilier du travail décent en mer En parvenant à consolider et à moderniser près de soixante-dix instruments relatifs au travail maritime au sein d’un cadre international unique et complet, ce jalon de la Convention du travail maritime « a établi des normes minimales contraignantes en matière de salaires, de durée du travail et de repos, de soins médicaux, d’hébergement, de rapatriement et de protection sociale, créant ainsi une base mondiale claire et cohérente pour le travail décent en mer », expliquent-ils. Appel renouvelé pour un transport maritime mondial équitable et durable, protégeant les droits des gens de mer Pour l’OIT, l’ICS et l’ITF, il ne fait aucun doute que, depuis son entrée en vigueur, ce traité « a permis des améliorations tangibles des conditions de vie et de travail à bord des navires, renforcé le respect des normes grâce aux contrôles exercés par les Etats du pavillon et les Etats du port, et offert un mécanisme structuré pour faire face aux défis émergents ». Dans un autre communiqué conjoint, l’OIT et l’Organisation maritime internationale (OMI) ont estimé que la Convention a apporté des améliorations concrètes pour des millions de gens de mer au cours des deux dernières décennies. Contribution à la réalisation du travail décent en mer Explications : « En établissant des normes minimales claires et applicables couvrant les conditions d’emploi, les salaires, la durée du travail et les périodes de repos, le logement, la protection de la santé, les soins médicaux, le bien-être et la sécurité sociale, et en les appuyant sur des mécanismes de conformité et d’application solides, la CTM 2006 a effectivement contribué à la réalisation du travail décent en mer ». Ce n’est pas tout. Les deux organisations assurent que la Convention a parallèlement contribué à uniformiser les règles du jeu pour les armateurs responsables en réduisant la concurrence déloyale fondée sur des conditions de travail inférieures aux normes. Ce faisant, elle a renforcé la sécurité, l’efficacité et la résilience du transport maritime, pilier essentiel de l’économie mondiale. Dans leur déclaration conjointe, l’OIT, l’ICS et l’ITF se réjouissent de constater que « les amendements adoptés au cours de la dernière décennie ont renforcé les garanties en matière de sécurité financière, soutenu les gens de mer en cas d’abandon ou de criminalisation, et consolidé les protections face à la pandémie de Covid-19 ainsi qu’aux violences et au harcèlement à bord ». De l’avis des trois organisations, ce traité a transformé les conditions de travail et de vie des gens de mer dans le monde entier et renforcé la concurrence équitable dans le transport maritime mondial. Bien qu’elle constitue un exemple emblématique du dialogue social et de la coopération multilatérale en action, et malgré des progrès indéniables, l’OIT et l’OMI estiment que la CTM 2006 est confrontée à des défis majeurs. Et pour cause : «Les gens de mer et l’industrie maritime continuent de faire face à des attaques illégales contre les navires, à l’abandon et à la criminalisation des gens de mer, à la fatigue, aux salaires impayés et au refus de permission à terre », déplorent-elles. Garantir la solidité de la MLC et sa pleine mise en œuvre. Ainsi, l’OMI et l’OIT appellent tous les Etats et les parties prenantes de l’industrie à respecter ses normes, à renforcer la conformité et à œuvrer en partenariat pour garantir les droits des gens de mer et promouvoir un avenir équitable, inclusif et durable pour le transport maritime mondial, et saisissent l’occasion du 20e anniversaire de la MLC pour réaffirmer leur engagement envers les principes et les protections qu’elle consacre et reconnaître l’impact profond qu’elle a eu sur les gens de mer et sur le transport maritime mondial. Alain Bouithy
Maroc : L’inflation marque le pas en janvier 2026

Après la hausse de fin 2025 Début d’année sous le signe de l’accalmie des prix. Après une hausse de 0,8% enregistrée au terme de l’année 2025, l’indice des prix à la consommation (IPC) a baissé au cours du mois de janvier 2026. Selon le Haut-commissariat au plan (HCP), en glissement annuel, il a reculé de 0,8% au cours du mois de janvier 2026. Cette variation est la « conséquence de la baisse de l’indice des produits alimentaires de 2,1% et de la hausse de celui des produits non alimentaires de 0,4% », a indiqué l’organisme public chargé de la production, de l’analyse et de la publication des statistiques officielles au Maroc. En glissement annuel, l’IPC a toutefois progressé de 0,3 % En ce qui concerne les produits non alimentaires, les données recueillies montrent que les variations sont allées d’une baisse de 2,9% pour le «Transport» à une hausse de 2,8% pour les «Biens et services divers», a précisé l’institution dans sa note d’information relative à l’indice des prix à la consommation (IPC) du mois de janvier 2026. A titre de rappel, la précédente baisse de l’IPC remontait au mois de novembre 2025. L’indice s’était alors établi à 0,3%, en raison du recul de l’indice des produits alimentaires de 1,2% et de la hausse de celui des produits non alimentaires de 0,4%. S’agissant des produits non alimentaires, l’institution avait également expliqué, dans une note relative à cette période, que les variations étaient allées d’une baisse de 1,5% pour le «Transport» à une hausse de 2,5% pour les «Restaurants et hôtels». Comparé au même mois de décembre 2025, l’indice des prix à la consommation a connu, au cours du mois de janvier 2026, une hausse de 0,3%, poursuit l’institution dans sa note. Selon les explications de l’institution, «cette variation est le résultat de la hausse de 0,8% de l’indice des produits alimentaires et de la baisse de 0,1% de l’indice des produits non alimentaires». Il est important de noter que les hausses des produits alimentaires observées entre décembre 2025 et janvier 2026 ont concerné principalement les «Poissons et fruits de mer» (10,4%), les «Légumes» (2,7%), les «Fruits» (0,7%), les «Viandes» (0,4%) et le «Café, thé et cacao» (0,2%). En revanche, les prix ont diminué de 3,1% pour les «Huiles et graisses» et de 0,3% pour le «Lait, fromage et œufs», selon le Haut-Commissariat qui fait état, s’agissant des produits non alimentaires, de la baisse de 5,9% des prix des «Carburants». A titre de comparaison, les baisses des produits alimentaires observées entre novembre et décembre 2025 avaient concerné principalement les «Huiles et graisses» (3,9%), les «Fruits» (2,8%) et les «Viandes» (1,2%). En revanche, les prix avaient augmenté de 3,3% pour les «Poissons et fruits de mer», de 2,8% pour les «Légumes», de 0,6% pour le «Lait, fromage et œufs» et de 0,4% pour le «Café, thé et cacao». Pour ce qui est des produits non alimentaires, la baisse avait concerné principalement les prix des «Carburants» (0,5%). Toujours selon l’institution, au cours du mois de janvier 2026, « les hausses les plus importantes de l’IPC ont été enregistrées à Béni Mellal (1,5%), à Settat et Al Hoceima (0,7%), à Guelmim et Safi (0,6%), à Marrakech (0,5%), à Agadir (0,4%) et à Casablanca, Tétouan et Meknès (0,3%) ». En revanche, il ressort des données que des baisses ont été enregistrées à Dakhla (0,3%), à Tanger (0,2%) et à Fès (0,1%). Il est à rappeler qu’en décembre dernier, les hausses annuelles les plus importantes de l’IPC avaient été enregistrées à Fès (1,7%), à Kénitra (1,3%), à Guelmim (1,2%), à Settat (1,1%), à Tétouan (1,0%), à Rabat et Errachidia (0,9%), à Agadir et Tanger (0,8%), à Casablanca (0,7%), à Meknès, Dakhla et Al Hoceima (0,5%), à Béni Mellal (0,4%) et à Marrakech (0,2%). Alain Bouithy
Les danseurs du prestigieux Ballet de Milan salués par le public casablancais

Grand gala de danse italienne à Casablanca Le Balletto di Milano (Ballet de Milan), l’une des compagnies de danse classico-moderne les plus prestigieuses d’Italie, a récemment illuminé la scène du Centre culturel « Studio des arts vivants » lors de son Grand gala de danse, une soirée d’exception portée par le Consulat général d’Italie et Dante Alighieri de Casablanca. Dirigée par Carlo Pesta, la célèbre et prestigieuse compagnie a offert aux Casablancais « un voyage émotionnel et artistique » d’une grande classe à travers des performances chorégraphiques qui confirment le talent de ses danseurs. « Une expérience unique pour tous, en particulier pour les passionnés de danse ». C’est la promesse formulée par le Consulat général d’Italie et la Dante Alighieri de Casablanca, à l’occasion de ce Grand gala de danse. Une promesse largement tenue au regard de la qualité du spectacle proposé par le ballet, mondialement reconnu pour ses interprétations classiques et contemporaines de haut niveau. Un public cosmopolite, près d’un demi-millier de spectateurs venus nombreux des quatre coins de la ville, n’a cessé d’applaudir la troupe tout au long du spectacle. Malgré les humeurs de la nature – rafales de vent, froid persistant et pluie menaçante – rien n’a empêché les Casablancais de faire le déplacement, parfois de loin, pour assister à ce spectacle alliant prouesses chorégraphiques et musique de divers auteurs, dans un décor soigné, servi par des artistes réputés pour leur technique parfaite et l’intensité de leur interprétation. Il faut dire que le spectacle présenté ce soir-là « représente un voyage au cœur de l’art de la danse », comme l’a souligné, dans son mot de présentation, la présidente de la Dante Alighieri de Casablanca, Dr Marina Sganga Menjour. « Le Grand gala de danse du Balletto di Milano est bien plus qu’un simple spectacle : c’est une immersion totale dans les multiples expressions de l’art chorégraphique, capable d’enchanter, d’émouvoir et de célébrer la danse dans toute sa beauté », a-t-elle ajouté avant que les danseurs ne prennent possession de la scène. Décliné en deux temps, le spectacle a émerveillé la salle dans le premier comme dans le second acte. Parents, enfants, professionnels de danse et nombreux curieux ont été tour à tour éblouis et captivés. Les salves d’applaudissements ponctuant chaque prestation témoignaient de l’enthousiasme du public. Un voyage au cœur de l’art de la danse Il faut dire que les 16 danseurs dont 7 danseuses ont proposé ce soir-là un parcours artistique d’une grande richesse, entraînant le public de la magie lyrique du Lac des Cygnes, symbole absolu du Ballet romantique, au dynamisme moderne des ballets Frida et Lux Aeterna, extraits de leur dernière production « La Dolce Vita ». Comme l’avait annoncé un peu plus tôt la présidente de l’association culturelle italienne, chaque tableau exprimait « la polyvalence et la passion des danseurs ». Il est à souligner que le programme de cette soirée, qui s’est achevé avec une création exclusive du Balletto di Milano, le célèbre Boléro, sur la musique de Ravel, devenu une œuvre culte de la compagnie, a rendu également hommage au grand répertoire classique comme Les flammes de Paris et Casse-Noisette. Nul doute que ce spectacle a suscité des vocations chez les jeunes et les moins jeunes et ravivé chez nombre de professionnels le souvenir de leurs débuts dans la danse. A 21h38, une première haie de danseuses s’est formée pour saluer la salle, suivie d’une seconde composée de leurs collègues danseurs, avant que l’ensemble de la compagnie ne rejoigne la scène, comme le veut la tradition, pour clore un spectacle salué par une longue ovation. Deuxième compagnie de Milan après la Scala de Milan, le Balletto di Milano est considéré parmi les plus prestigieux d’Italie. Il a été nommé Ambassadeur de la danse italienne à travers le monde. « Notre mission est de représenter notre spectacle à travers le monde, y compris en Italie », a confié Carlo Pesta, directeur du ballet et Chevalier officier de la République italienne pour ses mérites dans le domaine artistique et théâtral. Sa renommée est telle que « tous les artistes veulent venir travailler chez nous, ce qui nous permet de recruter les meilleurs danseurs », a-t-il poursuivi. La compagnie, qui s’est produite dans 14 pays à l’étranger depuis le début de l’année, revenait de Paris où elle a donné une série de représentations. «Nous sommes venus directement au Maroc et poursuivrons en Italie pour deux spectacles avant de nous envoler pour le sud de la France, à Marseille. Tout cela grâce à des collaborations, notamment avec la société Dante Alighieri à l’étranger», a précisé Carlos Pesta. Et d’annoncer également d’autres productions prévues d’ici la fin d’année à Malte et dans le sud de la France. Alain Bouithy
Maroc. Le FMI appelle à davantage de réformes liées au marché du travail

La création d’emplois durables demeure une priorité pressante au Maroc ECONOMIE. «La création d’emplois durables demeure une priorité pressante», a affirmé le Fonds monétaire international (FMI) dont une mission a séjourné du 29 janvier au 11 février au Maroc. A la tête de l’équipe du FMI, Laura Jaramillo a estimé qu’en plus de constituer un défi majeur pour le pays, la création d’emplois durables « nécessite des réformes favorisant un secteur privé plus dynamique et une meilleure réactivité du marché du travail ». Le contexte est tel que l’institution financière internationale a appelé à un climat des affaires plus propice, un secteur privé plus dynamique, et davantage de réformes liées au marché du travail. «L’accélération des réformes des établissements et entreprises publics visant à améliorer leur performance et leur gouvernance est essentielle pour accroître la concurrence et garantir la neutralité du marché entre les entreprises publiques et privées», a déclaré Laura Jaramillo qui s’est entretenue avec les autorités nationales dans le cadre des consultations au titre de l’article IV pour l’année 2026. Des mesures complémentaires pour combler l’inadéquation des compétences Dans sa déclaration, la cheffe de mission du FMI a relevé les efforts fournis pour mieux cibler le soutien financier et technique accordé aux TPME, à travers la Charte d’investissement, les Centres régionaux d’investissement et le Fonds Mohammed VI pour l’investissement ainsi que la nouvelle Charte TPME, insistant toutefois sur «un suivi étroit des résultats en matière d’emploi». Prenant note de la mise en œuvre continue de la «Feuille de route pour l’emploi 2030», qui propose un cadre visant à réduire le chômage à travers la modernisation des politiques actives du marché du travail et un soutien renforcé aux jeunes non diplômés, elle a souligné toutefois l’importance de poursuivre les efforts et d’en assurer l’efficacité, notamment par «des mesures complémentaires pour combler l’inadéquation des compétences» par rapport aux besoins du marché. De l’avis des experts de l’organisme international ayant séjourné au Royaume, les réformes, la gouvernance, le soutien ciblé et la modernisation des politiques de l’emploi sont les leviers clés pour stimuler l’emploi durable. A titre de rappel, le taux de chômage s’est situé à 13% au niveau national, de 16,9% à 16,4% en milieu urbain et de 6,8% à 6,6% en milieu rural, selon les statistiques relatives à la situation du marché du travail en 2025 publiés en début du mois de février par Haut-commissariat au plan (HCP). D’après ces chiffres, « il reste plus élevé parmi les jeunes de 15 à 24 ans (de 36,7% à 37,2%), les diplômés (de 19,6% à 19,1%) et les femmes (de 19,4% à 20,5%) ». En d’autres termes, la situation demeure critique pour ces catégories. Dans sa note d’information, synthétisant ces différentes évolutions, l’institution publique estime que «le taux de sous-emploi a augmenté de 10,1% à 10,9% au niveau national, de 8,9% à 9,6% en milieu urbain et de 12,2% à 13,2% en milieu rural». En effet, durant la même période, l’organisme constate que le volume du sous-emploi est passé de 1.082.000 à 1.190.000 personnes au niveau national, de 585.000 à 652.000 en milieu urbain et de 496.000 à 538.000 en milieu rural. Il est à rappeler qu’au cours de cette période, le chômage a été marqué par la hausse de la proportion des primo-demandeurs d’emploi et du chômage de longue durée, selon la même source. Les chiffres montrent que «la part des chômeurs n’ayant jamais travaillé s’est élevée de 49,3% à 52,9% et celle des personnes en situation de chômage depuis un an ou plus de 62,4% à 64,8%», a fait savoir l’institution précisant que la durée moyenne de chômage est passée de 31 mois à 33 mois. Alain Bouithy
La recomposition des chaînes de valeur mondiales, un atout à saisir pour le Maroc

Les rivalités sino-américaines offrent de nouvelles perspectives à l’économie nationale ECONOMIE. « Les tensions sino-américaines ont profondément modifié la structure du commerce mondial », accentuant la fragmentation des flux, la reconfiguration des chaînes de valeur et les incertitudes géo-économiques, souligne le Centre marocain de conjoncture (CMC) dans sa récente publication, « Maroc Conjoncture » du mois de janvier 2025 (N°386). Mais loin d’être uniquement une source de perturbations, elles « ouvrent une fenêtre d’opportunité pour le Maroc », affirme l’Observatoire privé précisant que celle-ci ne se concrétisera qu’à condition de renforcer la capacité d’attraction du pays et sa résilience industrielle. La fragmentation accélérée du commerce mondial a profondément redessiné les chaînes de valeur internationales. La multiplication des mesures restrictives a perturbé les réseaux de production dominés par la Chine, pilier de la mondialisation industrielle. Les multinationales évoluent désormais dans un environnement plus instable, « marqué par la hausse des coûts logistiques, la diversification des fournisseurs et la nécessité de réduire la dépendance excessive envers un seul pays ou un seul pôle industriel », fait remarquer le CMC. Pour le CMC, la fenêtre d’opportunité ne pourra être pleinement exploitée qu’en consolidant l’attractivité du Royaume et sa résilience industrielle Ce contexte a favorisé l’émergence de nouvelles stratégies. Le nearshoring et le friend-shoring encouragent la relocalisation vers des régions politiquement ou économiquement fiables. De plus en plus adopté par les multinationales asiatiques, le modèle «China+1» consiste à maintenir une présence en Chine tout en développant des capacités industrielles dans d’autres pays jugés sûrs. Et si l’Asie du Sud-Est en bénéficie largement, la Méditerranée, l’Europe de l’Est et l’Afrique du Nord gagnent également en attractivité. Un atout comparatif majeur pour le Maroc Notons, par ailleurs, que l’émergence des politiques industrielles américaines et européennes, axées sur la sécurisation des chaînes d’approvisionnement critiques, redéfinit les priorités d’investissement et crée de nouvelles opportunités pour des pays stables dotés d’un environnement logistique performant et proche des marchés européens. «Ce qui constitue un avantage comparatif majeur pour le Maroc », estime le CMC. Dans ce contexte, le Maroc se trouve à un carrefour stratégique. Grâce à sa stabilité politique, à ses accords de libre-échange étendus, à la performance de ses infrastructures logistiques, notamment le hub de Tanger Med, à sa proximité immédiate avec l’Europe ainsi qu’à la montée en compétence de ses ressources humaines et à l’essor des écosystèmes industriels structurés, le Maroc dispose d’atouts solides « pour capter les délocalisations liées à la reconfiguration mondiale », souligne le Centre, convaincu que cette nouvelle donne mondiale pourrait ainsi constituer une véritable opportunité d’accélération industrielle et de montée en gamme pour l’économie marocaine. Concrètement, le Royaume peut bénéficier du mouvement de relocalisation partielle des chaînes de valeur, notamment dans l’automobile, le textile, l’électronique et les industries électriques, estime le CMC expliquant que la stratégie « China+1 » des multinationales asiatiques, tout comme les politiques européennes de réduction des dépendances stratégiques, renforcent l’attractivité du pays comme plateforme de production et de transformation. L’Observatoire prévient cependant que ces opportunités s’accompagnent de risques importants. Explication : « La dépendance persistante aux intrants asiatiques expose l’industrie marocaine aux fluctuations des prix mondiaux, aux ruptures logistiques et aux tensions géopolitiques », indique-t-il dans sa publication. Le Centre craint, par ailleurs que « l’intensification de la concurrence entre pays émergents (notamment en Afrique et en Méditerranée) complique la capacité du Maroc à se distinguer, d’autant que les exigences technologiques et environnementales s’intensifient ». Ce n’est pas tout, la montée des politiques industrielles protectionnistes en Europe et aux Etats-Unis impose une adaptation constante aux nouvelles normes, incitations et restrictions. Quoi qu’il en soit, « le Maroc se retrouve à un moment charnière où la fragmentation de l’économie mondiale peut constituer un puissant moteur d’intégration productive », ajoute le Centre. Mais pour cela, il doit consolider ses chaînes de valeur locales, accélérer la montée en gamme technologique et approfondir ses politiques publiques « visant à renforcer la souveraineté industrielle, tout en diversifiant les partenaires économiques ». Cette dynamique, si elle est bien anticipée, pourrait permettre au Maroc de transformer un choc géo-économique global en levier de compétitivité, conclut l’Observatoire. Alain Bouithy
Maroc/Fin des travaux du 41ᵉ Congrès national de la SMSM : Recherche, innovation et coopération Sud-Sud : les grands axes des débats

Des enjeux stratégiques pour le Maroc et l’Afrique Les travaux du 41ème Congrès national de la société marocaine des sciences médicales (SMSM), organisé sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, se sont achevés samedi dernier à Casablanca. La conférence de clôture, axée sur les « Relations Sud-Sud : Académie africaine des sciences et de la santé : un levier stratégique pour la recherche, l’innovation et la formation sur le continent », a marqué la fin de cet événement qui a réuni une pléiade de professionnels du corps médical dont des médecins, chercheurs et experts issus de diverses disciplines. Pendant deux jours, des échanges et débats de grande portée ont enrichi les participants, sous la présidence d’honneur du Pr Lahcen Belyamani. Ouvert le vendredi 6 février, le 41e Congrès national de la SMSM a proposé plusieurs activités favorisant le partage d’expertises et l’émergence de pistes concrètes pour l’amélioration du système de santé. Cette édition, coprésidée par le Dr Moulay Said Afif et le Pr Mohamed Adnaoui, a été ponctuée de conférences, symposiums, tables rondes, ateliers et communications scientifiques nourrissant des réflexions approfondies autour de thématiques médicales majeures et d’actualité. Les participants ont notamment débattu des enjeux liés à la « Santé de la mère et de l’enfant », à travers la promotion de la santé maternelle et néonatale et les programmes de vaccination et le renforcement de l’immunisation. Les discussions ont également porté sur l’« Accès équitable aux médicaments et aux produits de santé », avec un focus sur la disponibilité des médicaments essentiels et le renforcement de l’industrie pharmaceutique nationale, pilier de la souveraineté sanitaire. Le volet « Santé et innovation » a mis en lumière l’état des lieux et les perspectives d’avenir de la chirurgie robotique au Maroc et l’intelligence artificielle au service de la santé. La « Coopération internationale Sud-Sud » a occupé une place centrale, notamment à travers le rôle de l’Académie africaine des sciences et de la santé comme levier stratégique pour la recherche, l’innovation et la formation sur le continent. D’autres thématiques essentielles ont été abordées, notamment la « Santé scolaire et le développement de l’enfant », avec le renforcement de la santé scolaire comme facteur clé de la réussite éducative. Ainsi que la « Formation médicale et le capital humain », autour de la réforme de la formation médicale de base et du cycle de spécialisation et la mobilisation de la diaspora médicale marocaine au service des Objectifs de développement durable à l’horizon 2030. A noter que trois prestigieux prix ont été décernés à l’issue de la première journée du congrès auquel ont également pris part une cinquantaine de sociétés médicales. Ainsi, le « Prix de Recherche de l’interne et du résident Pr Moulay Ahmed Iraqi », d’une valeur de 25.000 dirhams, a été attribué au Dr Abdelhaq Barbach pour son travail intitulé « Conception et développement d’un dispositif personnalisé assisté par l’intelligence artificielle pour l’éducation thérapeutique des patientes atteintes de diabète gestationnel au Maroc » ainsi qu’au Dr Sara Messaoud pour son étude « Knowledge, attitudes and practices of Moroccan Doctors Rregarding the needs of elderly people for assistance and support: A pilot cross-sectional study ». Nouvellement créé, le « PRIX de recherche africain de médecine Pr Abdellatif Berbich », doté de 60.000 DH, a été décerné au Pr Lekehal Brahim pour son travail intitulé « Une approche interdisciplinaire innovante de la transplantation rénale au Maroc «équipe mixte» : expérience de deux centres et contribution à l’élargissement des critères d’éligibilité en Afrique ». Alain Bouithy
La crise des déchets menace la croissance et le tourisme dans la région MENA

Le fléau occasionne, chaque année, 7,2 milliards de dollars de dommages à l’environnement La production de déchets dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) s’élève actuellement à plus de 155 millions de tonnes par an, selon la Banque mondiale qui prévient que ce chiffre doublera d’ici 2050 si rien n’est fait pour y remédier. « La hausse de la production de déchets menace de plus en plus la santé publique, l’environnement et l’industrie touristique », souligne l’institution financière internationale dans un nouveau rapport s’appuyant sur de nouvelles données issues de 19 pays et 26 villes. La région génère davantage de déchets par habitant que la moyenne mondiale Selon le document, intitulé «Gestion des déchets dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord», la région MENA génère plus de déchets par personne que la moyenne mondiale et ce fléau occasionne, chaque année, 7,2 milliards de dollars de dommages à l’environnement. Quand bien même les taux de collecte des déchets sont relativement élevés (près de 80% en moyenne), l’organisme international juge la situation assez préoccupante d’autant plus que«le recyclage et le traitement restent nettement à la traîne». La Banque mondiale appelle à investir davantage dans la gestion des déchets et l’économie circulaire Il faut dire que «moins de 10% des déchets sont recyclés et plus des deux tiers sont mal gérés, ce qui favorise la pollution de l’air, du sol et de l’eau et la prolifération des déchets marins, tout en entraînant de graves risques pour la santé», explique la Banque mondiale dans son rapport. La même source indique que la région présente également le plus grand volume par habitant de rejets plastiques en mer, la Méditerranée comptant parmi les mers les plus polluées au monde. Ce qui n’est pas pour améliorer les choses. Pour Almud Weitz, directrice régionale dans la division Infrastructures de la Banque mondiale, « l’amélioration des services de gestion des déchets est indispensable pour réduire la pollution, protéger les populations et garantir que les villes restent des moteurs de croissance et d’opportunités», insiste-t-elle rappelant que les centres urbains de la région MENA sont en première ligne face au défi des déchets. Convaincue qu’un changement modeste peut faire une grande différence, la directrice régionale dans la division Planète de la Banque mondiale, Mesky Brhane, affirme pour sa part qu’«une réduction de 1% de la production de déchets pourrait permettre à la région d’économiser jusqu’à 150 millions de dollars par an». Selon elle, «la modernisation des systèmes de gestion des déchets et l’adoption de solutions d’économie circulaire peuvent protéger la santé publique, renforcer le tourisme et bâtir des villes plus écologiques». Le rapport, qui appelle à investir davantage dans la gestion des déchets et l’économie circulaire, plaide pour des actions différenciées selon les économies. D’après le document, les économies à revenu élevé peuvent réduire considérablement la mise en décharge et déployer des solutions circulaires pour traiter les déchets en amont ; tandis que celles à revenu intermédiaire peuvent parvenir à une collecte universelle et améliorer le traitement et la valorisation des déchets. Quant aux Etats fragiles et touchés par un conflit, la Banque mondiale estime qu’ils « peuvent privilégier des approches techniquement simples et peu coûteuses, en s’appuyant en particulier sur la communauté ». Dans son rapport, l’institution assure que 83% des déchets collectés dans la région MENA pourraient être réutilisés, recyclés ou valorisés pour produire de l’énergie et que « la transition vers une économie circulaire pourrait également créer des emplois de meilleure qualité, en particulier dans les services de gestion des déchets et le recyclage, tout en transformant la crise actuelle en un moteur de croissance durable », conclut-il. Alain Bouithy Chiffres clés, impacts et leviers de transformation · La région MENA génère plus de déchets par personne et par jour que la moyenne mondiale (0,9 contre 0,79 kg/personne/jour). · La production de déchets dans la région s’élève actuellement à 155 millions de tonnes par an, et ce chiffre doublera d’ici 2050 si rien n’est fait pour y remédier. · La mauvaise gestion des déchets entraîne des coûts de dégradation de l’environnement estimés à 7,2 milliards de dollars par an. · À lui seul, le gaspillage alimentaire cause chaque année 60 milliards de dollars de pertes économiques. · La crise des déchets menace la santé, la croissance et le secteur du tourisme. · Actuellement : · Le passage à un modèle d’économie circulaire pourrait permettre à la région MENA de récupérer 83 % des déchets qu’elle produit, tout en créant des emplois de meilleure qualité. · Une réduction de 1 % de la production de déchets permettrait d’économiser 150 millions de dollars par an. · Dans l’ensemble de la région, le secteur de la gestion des déchets solides emploie environ 400 000 personnes dans l’économie formelle et compte autant de travailleurs informels. (Source Banque mondiale)