Adrien Poussou : Beaucoup de dirigeants africains se concentrent sur leurs intérêts personnels ou ceux de leur clan

ACTUALITE. « Construire un État crédible et des institutions fortes prend du temps et exige de la volonté politique », rappelle Adrien Poussou, en réponse au journal Le Point qui l’interroge sur les raisons pour lesquelles l’Afrique ne parvient-elle pas à instaurer ses propres mécanismes de reddition des comptes.

Pour l’ancien ministre centrafricain de la Communication, si les pays africains tardent à avancer c’est parce que « beaucoup de dirigeants se concentrent sur leurs intérêts personnels ou ceux de leur clan », plutôt que de s’occuper de ces questions.

Il n’empêche que « certaines juridictions locales font déjà leur travail, souvent loin des projecteurs, et obtiennent plus de légitimité que les grandes proclamations venues de l’extérieur », affirme l’essayste centrafricain reconnaissant toutefois que le vrai défi est de généraliser cette rigueur à l’échelle du continent.

Quoi qu’il en soit, « la rigueur budgétaire s’impose désormais dans plusieurs pays du Botswana aux Seychelles, jusqu’au Malawi – où les dirigeants savent qu’ils ne peuvent plus vivre à crédit et dissimuler les comptes », fait remarquer Adrien Poussou.

Ce n’est pas tout. « Même dans les États où les dirigeants multiplient les mandats, ils comprennent qu’ils ne peuvent plus dépenser au-delà de leurs ressources », poursuit-il estimant que c’est un premier pas concret.

S’agissant des enquêtes françaises censées mettre en lumière de graves affaires de corruption, l’ancien ministre constate qu’« elles produisent surtout des effets d’annonce. À part le vice-président de Guinée équatoriale, rien n’a vraiment été sanctionné ».

Qu’à cela ne tienne, les populations africaines « ne comprennent pas pourquoi Paris se pose soudain en gardienne de la vertu alors que ces fortunes ont longtemps circulé dans ses banques et quartiers aisés ».

De l’avis du dirigeant, « les Africains veulent que leurs juridictions locales prennent en charge ces affaires, avec légitimité et discrétion, et certaines le font déjà ».

Adrien Thyg.

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