
TRIBUNE. À 92 ans, le président Paul Biya semble prêt à briguer un nouveau mandat, prolongeant ainsi un règne entamé en 1982. Une perspective qui suscite à la fois stupeur, lassitude… mais aussi un souffle d’espoir inattendu. Et si cette candidature improbable devenait, paradoxalement, une aubaine ? Une opportunité historique pour concrétiser l’alternance tant attendue par le peuple camerounais ?
Une conscience politique en éveil
Depuis la présidentielle de 2018, le paysage politique camerounais a profondément changé. Sous l’impulsion de figures de l’opposition comme Maurice Kamto, une conscience citoyenne s’est éveillée.
Le peuple, longtemps résigné, s’est mis à questionner la gestion des affaires publiques, à débattre de l’avenir du pays, à comprendre que la politique n’est pas réservée à une élite, mais qu’elle est l’affaire de tous.
L’inscription sur les listes électorales est devenue un acte militant. Les débats politiques envahissent les réseaux sociaux, les plateaux télé, les conversations de rue. Les influenceurs et créateurs de contenu politique connaissent une popularité croissante. Cette effervescence n’est pas anodine : elle traduit la volonté d’un peuple de reprendre son destin en main.
Un système à bout de souffle
Si Paul Biya est toujours au pouvoir après plus de 40 ans, c’est aussi parce qu’un certain désintéressement avait gagné la population. Une fatigue démocratique, alimentée par des résultats électoraux qui ne reflétaient pas toujours la volonté populaire.
Mais cette époque semble révolue. Aujourd’hui, le constat est partagé par une majorité de Camerounais : l’alternance est devenue une nécessité. Elle n’est plus un rêve lointain, mais une exigence collective.
Le problème n’est pas seulement l’âge avancé du président sortant, mais surtout son bilan accablant : délabrement des institutions, précarisation généralisée, absence de perspectives pour la jeunesse, effondrement du système de santé, explosion du chômage, etc.
Le Cameroun est dans l’abîme. Ce n’est pas du défaitisme, c’est une réalité palpable.
Une lumière au bout du tunnel
C’est ici que réside le paradoxe : la candidature de Paul Biya pourrait bien être le point de rupture, le dernier sursaut d’un système à bout de souffle. Car cette fois, en face, il y a une alternative crédible, des voix prêtes à incarner une nouvelle vision du pays, à porter l’espoir d’une transformation réelle.
L’opposition n’a jamais été aussi mobilisée, le peuple aussi conscient de son pouvoir.
Un vote pour nos douleurs
Le 12 octobre prochain, chaque citoyen aura une mission : voter.
Mais voter en se souvenant.
En pensant à nos frères, brûlés sous le soleil sur des motos, gardant leurs diplômes dans leurs poches comme des trophées sans valeur.
En pensant à nos mères, qui doivent recourir à des tradipraticiens faute d’argent pour se soigner.
À nos sœurs retenues à l’hôpital parce qu’elles n’ont pas les moyens de payer un accouchement.
À cette femme enceinte, morte par manque de soins, ouverte au rasoir par sa propre sœur pour tenter de sauver ses jumeaux…
Ce Cameroun-là ne peut pas durer.
Il est temps de faire un choix.
Celui de l’alternance. Celui de l’espoir.
Un autre Cameroun est possible.
Par Teddy Patou