CAMEROUN : 92 ans et candidat, le système est malade pas l’homme
LIBRES PROPOS. À contrecœur, nous sommes bien obligés de donner raison à l’ancien président américain Barack Obama lorsqu’il déclarait : « L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes. » Cette phrase, souvent citée, résonne aujourd’hui avec une cruelle actualité au Cameroun. À quelques mois d’une élection présidentielle cruciale, deux obstacles majeurs annoncent une énième mascarade électorale aux conséquences potentiellement explosives.
Un président fatigué, mais toujours candidat
Le premier obstacle, c’est la candidature d’un président sortant de 92 ans. Quasi invisible, inopérant depuis plusieurs années, affaibli par l’âge et coupé des réalités du pays, il brigue pourtant un huitième mandat. La situation frise l’absurde : un homme que plus personne ne voit ni n’entend, porté à bout de souffle par un système qui refuse de tourner la page.
Des institutions au service d’un pouvoir
Mais au-delà de la personne du président, le vrai drame camerounais réside dans la faiblesse ou la compromission de nos institutions.
À commencer par Elecam, l’organe chargé d’organiser les élections. Refus catégorique de publier le fichier électoral national, malgré les demandes insistantes de l’opposition. Cette liste est pourtant indispensable pour garantir la transparence du scrutin : nombre d’électeurs, absence de doublons, vérification des inscrits… Rien de tout cela ne sera possible sans sa publication.
Pire encore, Elecam est aussi juge et partie. Il reçoit, valide – ou rejette – les candidatures. Et c’est dans ce rôle qu’il a récemment tenté de détourner la loi, en instrumentalisant un débat sur le mandat impératif des élus. Une manœuvre visant clairement à écarter le principal candidat de l’opposition, porteur d’un véritable espoir de changement.
Au Cameroun, le mandat impératif est pourtant nul : un élu ne doit pas son siège à son parti, mais au peuple. Et s’il change de formation politique, il conserve sa légitimité populaire. Cette disposition limpide a failli être tordue, au nom d’une seule logique : la conservation du pouvoir.
Face à cette menace, l’opposant visé a dû se résoudre à se présenter sous une autre bannière que celle de son parti. Un geste stratégique, mais qui illustre à quel point le jeu est pipé d’avance.
Un Conseil constitutionnel…incompétent ?
Et que dire du Conseil constitutionnel, censé être le garant suprême de la légalité électorale ? Dans un aveu d’échec institutionnel sans précédent, il a osé se déclarer incompétent pour juger un contentieux préélectoral. L’opposition avait saisi cette instance pour exiger la publication du fichier électoral. Refus net.
Une institution censée défendre la Constitution qui se déclare elle-même incompétente ? Du jamais vu.
Vers une crise postélectorale ?
Avec un président-candidat inamovible, un organe électoral partial, un Conseil constitutionnel effacé, et une opposition sous pression, tous les ingrédients d’une nouvelle crise postélectorale sont réunis.
Car dans les conditions actuelles, il semble impossible qu’un autre candidat que le président sortant puisse être déclaré vainqueur.
Conclusion : c’est l’État qu’il faut reconstruire
La tragédie du Cameroun ne se résume pas à un homme. Elle est bien plus profonde : elle concerne la faillite des institutions, ces piliers censés encadrer la démocratie et protéger la souveraineté du peuple.
Tant que nos institutions seront aux ordres d’un régime et non au service de la République, aucune élection ne pourra être crédible, aucun changement véritable ne pourra advenir.
La solution n’est donc pas seulement politique : elle est institutionnelle.
Et c’est là que réside notre véritable combat.
Par Teddy Patou
Journaliste et Animateur Radio

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