
SOUVENIRS. Voilà 5 ans maintenant que celui que j’appelais affectueusement « MZEE » (sage en swahili) nous a quittés. Pierre Péan, l’un des meilleurs journalistes d’enquête au monde, était un homme exceptionnel. Une vraie LÉGENDE du journalisme d’investigation (une expression qu’il détestait), auteur de plusieurs bestsellers et à l’origine de nombreuses révélations qui ont secoué la Ve République française.
Un homme auprès de qui j’ai appris la patience et l’humilité dans le travail d’enquête. C’est à lui que je dois mon dernier livre «𝐑𝐰𝐚𝐧𝐝𝐚 : 𝐦𝐚𝐥𝐡𝐞𝐮𝐫 𝐚𝐮𝐱 𝐯𝐚𝐢𝐧𝐜𝐮𝐬» (Duboiris, 2024), ouvrage que je lui ai d’ailleurs dédié.
Au départ, je m’intéressais essentiellement aux cas des Rwandais marginalisés en Amérique du Nord. Pis un jour, alors que nous parlions de la situation dans la région des Grands Lacs, Pierre, qui était préoccupé par l’alignement des autorités politiques et judiciaires françaises sur les positions de Paul Kagame et du Rwanda, me suggéra de jeter un coup d’œil sur ce qui se passait dans son pays, la France. Le verdict de la Cour d’assises de Paris dans l’affaire Pascal Simbikangwa l’avait déçu.
Un jour, il me parla des Gauthier, couple franco-rwandais proche de Kagame, à la tête du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR). Cette association, devenue la terreur des Hutus rwandais résidant en France, est l’origine de plusieurs procédures judiciaires iniques devant la justice française. Procédures téléguidées depuis Kigali grâce à Alain Gauthier et à son épouse Dafroza Mukarumongi, liée familialement au général James Kabarebe (criminel contre l’humanité et proche parmi les proches de Paul Kagame).
Pierre Péan connaissait leurs basses manœuvres, et eux le haïssaient. Même après son décès, ils ont continué à cracher sur sa mémoire. À un moment donné, j’ai décidé de modifier mon travail de recherche en adoptant une approche globale de la problématique. Après tout, les « vaincus » de la guerre civile rwandaise de 1994 ne sont-ils pas traqués aux quatre coins du globe où le destin les a dispersés ?
Il fallait s’intéresser à tout, y compris aux Gauthier. La tâche était loin d’être facile, mais je n’avais pas oublié ce conseil de Pierre : « Prends ton temps Patrick. Prends toujours ton temps… »
Le résultat, ce sont les 902 pages de« Rwanda : Malheur aux vaincus ». 902 pages de recherche, d’analyses et de révélations sur la falsification de l’histoire de la tragédie rwandaise.
Merci pour tes précieux conseils, cher Pierre Péan. Ce que tu as semé, en d’autres germera. À jamais dans nos cœurs…
Par Patrick Mbéko