Angola/Requiem pour Eduardo Dos Santos. Leçon pour l’histoire

TRIBUNE. Brazzaville a tenu à rendre un dernier hommage à Eduardo Dos Santos. Denis Sassou Nguesso, ami de longue date et « frère de lutte » de ce dernier, a dû abréger ses vacances en Turquie pour se rendre à Luanda. Les deux présidents, de la même tranche d’âge, ont pris le pouvoir en 1979.

Le Parti Congolais du Travail, parti ami du Mpla au pouvoir en Angola, y a plutôt manifesté une présence à minima, notamment celle du secrétaire permanent aux ressources humaines et aux relations extérieures, le camarade Accel Arnaud Ndinga Makanda, et le conseiller aux relations extérieures du secrétaire général, le camarade Ludovic Oniangue, indique une bonne source proche du PCT.

Étonnant que le secrétaire général du Parti, Pierre Moussa, en soit absent tout autant que des personnalités congolaises de haut rang, amis de Dos Santos. Paul Obambi, le puissant homme d’affaires congolais, qui a souvent bénéficié, selon ses propres dires, des faveurs de l’ancien président angolais, était aussi invisible à Luanda. Joseph Kabila, qui appelait Dos Santos par « papa », a t-il lui aussi boudé les obsèques de celui qui l’a soutenu pendant son règne ?

Pour la petite histoire, ce sont les Forces Armées Angolaises(FAA) qui ont joué un rôle décisif pour le retour aux affaires de Denis Sassou Nguesso en 1997. Dos Santos a engagé ses forces terrestres et aériennes pour aseptiser Brazzaville et Pointe-Noire. La puissance de feu des FAA, la plus puissance armée de la sous-région d’Afrique centrale, était donc venue à bout des forces du président Pascal Lissouba. Je m’en souviens comme si c’était hier. Le 15 octobre 97- peut-être, je me trompe de date, comme plus personne n’avait un calendrier sous ses yeux après plus de 3 mois d’intenses et violents combats à Brazzaville. Vers 15h, j’entendis les vrombissement des réacteurs d’un avion de type Mig 21, qui survolait les quartiers sud de Brazzaville. J’habitais pour la circonstance la zone de la Case de Gaulle, à proximité de la résidence de l’ambassade de France. Tout à coup, un bruit assourdissant se fit entendre. Jamais je n’avais attendu un bruit d’une violence aussi inouïe depuis le début de cette sale guerre dite du 05 juin. Le Mig 21 avait apparemment largué une charge explosive dans le fleuve Congo, qui jouxte le palais présidentiel où Pascal Lissouba s’était « bunkerisé » pendant les plus de 3 mois de guerre entre les combattants de Brazzaville(Cobra) de Sassou Nguesso, et les forces gouvernementales auxquels se sont joints les miliciens de Lissouba(cocoyes, aubevillois) voire ninjas de Bernard Kolelas( vers la fin de la guerre). Stratégiquement, la charge larguée sur le fleuve avait pour but d’apeurer le locataire du Palais du Peuple afin de l’y déloger. Stratégie payante. Je me précipitai alors pour aller prendre des nouvelles d’Ondongo Françoise, notre mère, et de la famille, qui s’étaient réfugiées au site de l’hôtel les Rapides, à Makélékélé. Je vis alors le cortège du président Pascal Lissouba s’ebranler en direction du Sud. Un énorme « traffic jam » immobilisa le cortège présidentiel. Lissouba, exténué et tout transpirant, était à porté de ma vue. C’est la dernière fois que je le vis en live. Le lendemain, je me retrouvai nez à nez avec deux militaires bien armés, qui m’interpelèrent par: un  » hé amigo! Venga! Cigareta!  » Je dus ressusciter mes petites connaissances en espagnol, une langue proche du portugais, pour comprendre qu’ils me demandaient la cigarette…

À quelques encablures du petit marché Tâ Goma, à Bacongo, je rencontrai des amis devenus cobra, qui me remirent des documents pillés au Palais du Peuple, dont une lettre manuscrite de feu le président Bongo Ondimba, adressée à Lissouba pendant la guerre. Des coquilles avaient été soulignées au stylo rouge par le destinataire, je suppose. Un autre manuscrit: le testament du président professeur…

J’ai parfois la chance d’être au bon endroit et au bon moment.

Il convient de noter que Denis Sassou Nguesso et Dos Santos étaient des plus que frères et camarades. Les deux hommes se connaissaient depuis le séjour de ce dernier à Brazzaville, comme réfugié politique angolais sous le règne de feu le président Marien Ngouabi.

Dos Santos a adhéré au Mpla pendant son séjour au Congo. C’est donc à partir de la capitale congolaise que le Mpla, parti d’essence progressiste, s’est battu pour obtenir l’indépendance de l’Angola. Pour comprendre le rôle décisif joué par Dos Santos pour le retour aux affaires de Denis Sassou Nguesso, contrairement aux idées reçues qui présentent Jacques Chirac et Total comme acteurs essentiels dans ce come back de Sassou au pouvoir, il faut surtout noter le rôle de Luanda, qui voulait absolument renvoyer l’ascenseur à Sassou pour services rendus au Mpla. Il s’agissait surtout de  » couper les bases arrières de l’Unita au Congo », indiquait l’ambassadeur angolais à Brazzaville pendant la période post conflit. C’est un secret de polichinelle que Savimbi entrait désormais au Palais du Peuple comme dans un moulin. Le fils d’un premier ministre de Lissouba faisait de bonnes affaires en achetant de nombreuses denrées alimentaires à Pointe-Noire pour les revendre à L’Unita. Des relations assez incestueuses s’étaient donc tissées entre Savimbi et Lissouba.

Une erreur diplomatique et geostrategique qui lui a coûté bien cher.

Par A.Ndongo

Journaliste économique et financier

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