
Dans le cadre des lois et règlements, sens du devoir, de la responsabilité et de la dignité d’un Ministre
CONGO. Partout, dans le monde, que l’État soit une République ou une Monarchie, la règle est la même. Le Gouvernement est nommé par l’autorité suprême. Et les Ministres le sont sur la base de la confiance, des qualités, du parcours .et des références politico-sociales qui engagent.
Mais, une fois la nomination du Ministre intervenue, le décret signé, commence pour le Ministre, un autre combat. Un combat qui ne figure dans aucun texte, mais qui s’impose à chaque instant. C’est celui de la marge de manœuvre.
La marge de manœuvre n’est pas un caprice. Ce n’est pas un pouvoir personnel. C’est une prérogative morale et politique. Elle va avec le prestige de la fonction, la responsabilité devant le peuple, la dignité de celui qui parle et agit au nom de l’État. Un Ministre sans marge de manœuvre n’est qu’un ordinaire exécutant. Un Ministre qui l’exerce pleinement devient le garant de l’État.
Car, le Ministre en poste, l’exigence est claire. Celle d’exécuter. Exécuter ce que commande le Decret portant attributions et organisation de son Ministère. Exécuter, dans le cadre de la loi. Et, le plus souvent, exécuter ce qui fâche, ce qui dérange des tendances, des habitudes, des intérêts. Mais l’exécuter quand même, parce que c’est réglementaire, parce que c’est productif.La volonté générale et l’intérêt supérieur de la Nation l’exigent
Dans bon nombre de pays, des situations administratives et financières anormales sont devenues banales. Elles cohabitent avec des lois et règlements, comme si de rien n’était. Au lieu d’être redressées ou supprimées par les pouvoirs publics, ces situations sont tolérées. Pire, les agents de l’État impliqués dans ces irrégularités sont traités au même titre que ceux qui respectent la règle. Et tout se passr comme si la faute et le mérite se valaient.
Cette complaisance coûte cher. Elle grève le budget de l’État, ruinant le principe même du service public. On paie des salaires non légitimés à ceux qui n’exercent aucune activité. On rétribue des gens qui résident à l’étranger sans occuper aucun poste. De même des traitements sont versés à des retraites qui n’ont jamais été matérialisées. C’est aussi le cas pour des fonctionnaires fictifs, inscrits comme agents en exercice alors qu’ils n’existent que sur le papier.
Face à ces irrégularités, la réponse ne relève d’aucune invention, mais du droit. Au demeurant du simple respect des dispositions légales.Toutes ces situations sont du ressort des agents de l’État en infraction contre la loi. Et le premier concerné, celui sur qui repose le devoir de rétablir l’ordre et la légalité, c’est le Ministre dont le Département est touché par ces fraudes.
De ces travers, se joue alors la vérité de la fonction ministérielle. L’occasion pour le Ministre intéressé d’exercer la plénitude de ses pouvoirs en ramenant les choses à leur juste valeur. Aussi, le Ministre est-il appelé à lire le règlement. Constateer les infractions. S’appuyer sur sa marge de manœuvre pour décider, en conséquence. Cela, aux fins de faire jouer à l’État l’entièreté de son pouvoir de commandement.
Ensuite, et seulement ensuite, par souci de justice et de transparence, le Ministre peut se retourner vers le Conseil des Ministres. Non pour se décharger, non pour chercher une couverture, mais pour rendre compte, à l’objet d’éviter tout parti pris et toute considération subjective. Le Conseil des Ministres n’étant pas ici une béquille, mais un lieu de devoir, de responsabilité collective et d’honneur.
A l’inverse, s’auto réduit un Ministre qui brade sa marge de manœuvre, faisant fi de ce pouvoir administratif que la loi lui reconnaît, prend l’option de frapper à la porte du Conseil des Ministres à chaque difficulté qu’il devrait affronter lui-même. Ce faisant, iI diminue sa fonction. Ainsi, en l’étiolant, il facilite allègrement le montage d’autres mauvaises situations dans son Département. Et, par effet d’entraînement, au sein des autres Ministères, se crée la tendance aux situations frauduleuses.
J’écris ces lignes, en connaissance de cause. D’une part, par expérience personnelle d’ancien Ministre. De l’autre, par observation d’agent de l’État. En effet, le plein exercice de la marge de manœuvre d’une autorité compte pour la moitié de l’accomplissement de ses tâches.
Alors, que faire dès lors qu’on ne peut plus sanctionner parce qu’on redoute les représailles « d’en haut » ? Que faire
quand on ne peut plus arrêter les dérives financières parce que l’auteur est de la famille, ou proche d’une autorité au-dessus de la sienne ? Aux deux questionnements, une seule reponse. Une seule qui préserve l’honneur et sauve l’Etat. Deposer le tablier. Parce qu’on siege au Gouvernement pour la République et la Nation. Non pour soi-même.
Etre Ministre, ce n’est pas ignorer la loi. Mais décider dans la loi. C’est assumer. C’est porter l’État quand il vacille. Le jour où un Ministre renonce à sa marge de manœuvre, il a renoncé à la raison même pour laquelle il a été nommé.
MM. Dominique Nimi Madingou, Aimé Matsika, Firmin Ayessa, Claude Dacosta, Paul Kaya et André Hombessa, Ministres dans differents Gouvernements de la République du Congo qui se sont succédé, ici représentés, symbolisent la qualité du Ministre. Tous s’en sont allés.
Paris 29 juillet 2026
Ouabari Mariotti
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