
LIBRES PROPOS. La rencontre entre le Premier ministre, Chef du Gouvernement, Anatole Collinet Makosso, et le Coordonnateur résident du Système des Nations Unies au Congo, Abdourahamane Diallo, autour du financement et de la mise en œuvre du Plan national de développement (PND), intervient dans un contexte où une question essentielle demeure : quel bilan tirer des précédents plans de développement et quelles garanties existent quant à l’efficacité du nouveau dispositif ?
Depuis plusieurs années, les PND ont été présentés comme les principaux instruments de transformation économique et sociale du Congo. Pourtant, les difficultés persistantes en matière de diversification économique, d’industrialisation, d’emploi, d’infrastructures, de services publics et de réduction de la dépendance aux ressources pétrolières interrogent la capacité réelle de ces plans à produire les transformations annoncées.
Plus préoccupant encore, la qualité même de la préparation des projets inscrits dans les programmes d’investissement public soulève de sérieuses interrogations. Les données officielles relatives au PND 2022-2026 indiquent que 224 projets sur 343, soit 65,30 %, ne disposaient pas d’études de faisabilité. Dans certains secteurs stratégiques, la situation était particulièrement préoccupante : 61 des 90 projets agricoles n’avaient pas fait l’objet d’études, 62,16 % des projets industriels en étaient dépourvus, tandis que 71 projets sur 102 dans le tourisme et 30 sur 33 dans l’économie numérique n’avaient pas d’études de faisabilité.
Ce constat prend une dimension particulière au regard des déclarations faites par Denis Christel Sassou Nguesso, alors ministre de la Coopération internationale et de la Promotion du partenariat public-privé. Dans son bilan, celui-ci a lui-même souligné l’insuffisance des études de faisabilité et expliqué que cette faiblesse avait notamment conduit à mettre un terme à certaines démarches de présentation de projets aux investisseurs. Il a également relevé que, dans le secteur du tourisme, certaines études opérationnelles recommandées depuis plusieurs années n’avaient toujours pas été réalisées.
Dès lors, l’enjeu ne saurait se limiter à aligner une nouvelle fois l’action gouvernementale sur les orientations du Chef de l’État. La priorité devrait être de tirer les leçons des insuffisances des PND précédents, d’identifier clairement les projets qui n’ont pas atteint leurs objectifs et d’expliquer les raisons de ces contre-performances.
Sur le plan économique, la question centrale est celle de l’efficacité de la dépense publique et de la qualité de l’investissement. Comment mobiliser de nouveaux financements pour des projets qui, dans certains cas, n’ont même pas fait l’objet d’études techniques, financières, économiques ou environnementales suffisamment approfondies ?
La Banque mondiale avait déjà relevé, dans son analyse de la situation économique du Congo, des insuffisances dans la sélection des projets et une inefficience des dépenses publiques d’investissement, soulignant la nécessité de réformer le système de gestion des investissements publics.
À cela s’ajoute la question particulièrement sensible de la gestion des finances publiques. La multiplication des financements, des emprunts et des projets ne garantit aucunement le développement lorsque les mécanismes de contrôle, de transparence, de passation des marchés et de reddition des comptes demeurent insuffisamment efficaces.
La Banque mondiale soutient d’ailleurs depuis plusieurs années des réformes destinées à améliorer la mobilisation des recettes, la gestion des dépenses, l’investissement public, la passation des marchés et le contrôle des ressources publiques au Congo.
Cette problématique renvoie également aux accusations récurrentes de mauvaise gestion et de détournement de fonds publics formulées à l’encontre de responsables et de circuits de gestion publique. De telles accusations doivent naturellement être distinguées des faits définitivement établis par les juridictions. Mais leur persistance, ainsi que les enquêtes et rapports consacrés à la gestion des ressources publiques, justifient une exigence renforcée de transparence, d’audit et de reddition des comptes.
La question des « activateurs » et autres intermédiaires intervenant autour des projets publics mérite également d’être examinée. Lorsque des projets sont sélectionnés, financés ou attribués sans études suffisamment robustes, le risque est de voir se développer des circuits d’intermédiation privilégiant les relations, les commissions ou les intérêts particuliers au détriment de la rentabilité économique et de l’intérêt général.
Il ne s’agit donc pas seulement de savoir combien d’argent peut être mobilisé, mais de savoir qui décide, sur quelles bases, avec quelles études, selon quelles procédures et avec quels mécanismes de contrôle.
Sur le plan politique, la crédibilité d’un nouveau PND dépendra également de la capacité du Gouvernement à dépasser la logique des annonces et des documents de planification. Un plan national de développement ne peut être réduit à la traduction administrative d’un projet présidentiel. Il doit devenir un contrat de résultats, assorti d’indicateurs permettant aux citoyens de mesurer les progrès réalisés et d’identifier les responsabilités en cas de retard ou d’échec.
Sur le plan stratégique, le Congo ne peut durablement fonder sa trajectoire de développement sur la mobilisation de financements extérieurs sans renforcer parallèlement ses capacités productives internes. La diversification de l’économie, la transformation locale des ressources, la sécurité énergétique et alimentaire, le développement du capital humain ainsi que la création d’emplois productifs doivent être évalués à l’aune de leurs résultats concrets.
La situation des finances publiques rend cette exigence encore plus urgente. La Banque mondiale estime actuellement la dette publique congolaise à 97,4 % du PIB et indique que le pays demeure en situation de surendettement, avec des arriérés intérieurs et extérieurs. Elle souligne également les tensions de liquidité qui pèsent sur les finances publiques.
Dans ces conditions, chaque franc public mobilisé devrait être considéré comme une ressource rare devant être affectée à un projet démontrant sa pertinence économique, sa faisabilité technique, sa soutenabilité financière et son impact social.
Le partenariat avec le Système des Nations Unies et les autres partenaires techniques et financiers peut contribuer à renforcer l’expertise, la planification et le suivi des politiques publiques. Mais cet accompagnement ne saurait remplacer la responsabilité première des institutions nationales dans la définition des priorités, la sélection des projets, la gestion des ressources et l’évaluation de leur impact.
Ainsi, plutôt que de présenter le prochain PND comme une simple nouvelle étape dans la continuité des plans précédents, le Gouvernement devrait commencer par établir un bilan public, chiffré et contradictoire de leur mise en œuvre : engagements annoncés, financements mobilisés, projets réalisés, projets abandonnés, projets insuffisamment étudiés, objectifs atteints ou non atteints, coûts réels, éventuels dépassements budgétaires et impact concret sur les conditions de vie des populations.
Il faudrait également répondre à une question fondamentale : combien de projets ont effectivement été financés sans études de faisabilité complètes, combien ont été abandonnés ou retardés, combien ont généré les résultats économiques annoncés et combien ont réellement bénéficié aux populations ?
La véritable rupture ne résiderait donc pas dans l’élaboration d’un nouveau document de planification, mais dans l’instauration d’une culture de résultats, de responsabilité, de transparence et d’évaluation.
Après les expériences des PND passés, le défi n’est plus seulement de savoir quelles priorités inscrire dans un nouveau plan. Il est de démontrer, preuves à l’appui, que les mécanismes économiques, politiques, institutionnels et stratégiques mis en place permettront cette fois de transformer les engagements en résultats durables pour le Congo et sa population.
Un nouveau PND ne
devrait donc pas commencer par une nouvelle promesse de financement. Il devrait commencer par un audit de ce qui a été fait, de ce qui a été dépensé, de ce qui a échoué et de ce qui peut encore être sauvé.
« On ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres : on ne peut prétendre bâtir un nouveau Congo avec les mêmes méthodes, les mêmes pratiques de gestion et les mêmes mécanismes qui ont montré leurs limites dans les PND précédents. Le véritable changement ne sera pas dans le nom du nouveau plan, mais dans la capacité à rompre avec les anciennes pratiques pour instaurer enfin la rigueur, la transparence, la responsabilité et la culture du résultat. »
Fait à Paris, le 24 Septembre 2026
Evrard NANGHO
Le Patriote Engagé
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