
TRIBUNE. L’Afrique a raté, en grande partie, la bataille de l’industrialisation. Pendant que certains pays asiatiques, les fameux « dragons », transformaient leurs économies en misant sur l’industrie, la technologie, l’éducation et l’innovation, beaucoup de nos pays sont restés essentiellement consommateurs de produits conçus et fabriqués ailleurs. Nous en payons encore le prix.
Mais une nouvelle bataille est devant nous. Et celle-là, nous n’avons plus le droit de la perdre. Il s’agit de la révolution numérique et, surtout, celle de l’intelligence artificielle.
L’IA n’est pas simplement une nouvelle technologie permettant de rédiger un texte, de créer une image ou de gagner quelques minutes dans son travail. Elle va transformer l’agriculture, la santé, l’éducation, les banques, l’industrie, les transports, l’administration, la sécurité et pratiquement tous les secteurs de l’économie.
Elle transformera également les rapports de puissance entre les États. Celui qui maîtrisera les données, les infrastructures numériques, les semi-conducteurs, les modèles d’IA et leurs applications disposera d’un avantage économique, scientifique et stratégique considérable. Et demain, cette maîtrise pèsera aussi lourd dans la défense et la souveraineté des États.
La vraie question pour l’Afrique n’est donc pas « comment allons-nous utiliser l’IA ? ». La vraie question est de se demander si nous allons encore nous contenter d’acheter l’IA conçue par les autres, ou si nous allons participer à sa conception et à sa production ?
La Côte d’Ivoire, avec ses ambitions de développement, ne doit pas regarder cette révolution passer depuis les tribunes. Nous devons investir massivement dans l’éducation scientifique, les mathématiques, l’informatique, la recherche, les data centers, les infrastructures numériques, la formation de nos jeunes et surtout dans nos propres talents.
Il faut également apprendre à nos administrations et à nos entreprises à utiliser l’IA pour produire mieux, plus vite et moins cher. Mais surtout, il faut changer notre logiciel mental. Nous devons cesser de penser que l’innovation est nécessairement une affaire des autres.
L’Afrique possède une jeunesse nombreuse, intelligente et créative. Elle possède des besoins immenses qui peuvent devenir autant de laboratoires d’innovation. À condition de ne pas reproduire avec l’IA la même erreur qu’avec l’industrialisation, à savoir être uniquement des consommateurs du progrès des autres.
Le train de l’intelligence artificielle est déjà en marche. Ne le regardons pas passer. Parce que dans le monde qui vient, la souveraineté d’un pays ne se mesurera plus seulement à ses ressources naturelles, à la taille de son armée ou à ses infrastructures.
Elle se mesurera aussi à sa capacité à produire de la connaissance, maîtriser ses données, développer ses technologies et créer sa propre intelligence artificielle.
Par Jean Bonin
President de FIER. Conseiller municipal et juriste. Membre du cabinet d’avocats Serres et associés
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