Congo Brazzaville. De quoi m’interroger

TRIBUNE. Depuis plusieurs années, au Congo Brazzaville, deux formules, totalement opposées, sont appliquées pour la rémunération des agents de l’Etat et les corps des institutions nationales issues de différents scrutins. Et, pourtant, l’Etat congolais, par ses ressources, est le seul pourvoyeur des fonds affectés auxdites rémunérations.

Les fonctionnaires et autres personnels des services para-publics perçoivent leurs traitement par virement bancaire. A quelques exceptions près, certainement, pour des raisons pratiques.

Au sein des institutions nationales, c’est le paiement en numéraire. Totalement defiscalisé, sans la moindre retenue, à l’inverse des fonctionnaires. Le gestionnaire de l’institution, sur la base de sa comptabilité, se présentant au guichet de la trésorerie publique, pour percevoir des liquidités. Généralement, des grosses sommes d’agent qu’il emporte dans des emballages de plastic.

Les risques de braquage, les simulations de vols, la rémunération d’agents fictifs, les doublures ne sont pas à écarter. Ce à quoi pourrait s’ajouter l’inaccessibilité de l’inspection et du contrôle d’Etat dans les livres comptables des institutions nationales.

C’est le procédé, à la limite de l’archaïsme, qui a permis à Mme Brigitte Ickonga, questeur au Conseil Economique, Social et Environnemental de faire la rétention des 270 millions CFA, prévus au paiement des salaires des personnels dudit Conseil.

Une attitude de Mme Brigitte Ickonga, avec pour effet, la grogne légitime des personnels de l’institution qui exigent l’apurement de leurs droits. D’où, à juste titre, sa suspension pour faute grave, par Mme Emilienne Raoul, Présidente du Conseil, par décision du 24 septembre 2021.

Un acte inconséquent de Mme Brigitte Ickonga, qui salit son image, au regard de sa riche et longue expérience dans la gestion d’entreprise. Au demeurant, un fait qui porte atteinte à la mémoire du grand homme qui nous a quittés, qu’a été son père, le Ministre Auxence Ickonga.

Une affaire qui défraie la chronique. Scandalise les Congolais, avec ses répercussions désastreuses, pour l’image du pays, à l’extérieur.

La DGST s’en serait saisie pour des investigations de sûreté. La justice devrait prendre le relais. D’autant que l’affaire Brigitte Ickonga est un détournement en règle, condamnable, même si, au stade actuel, elle est tenue par la présomption d’innocence, ne pouvant être considérée coupable avant d’avoir été définitivement jugée comme tel par le tribunal.

J’interviens, ici, pour m’interroger sur les raisons du contournement du virement bancaire en ce qui concerne les salaires ou autres indemnités des corps des institutions nationales. Que cacherait ce contournement?

La chose comporte une part d’absurdité dans la mesure où les fonctionnaires, en statut de bi-appartenant, dans les institutions nationales, touchent leurs traitements à la fonction publique par virement bancaire et perçoivent les salaires aux institutions nationales, de main à main, en numéraire.

Peut-être, est-il venu le moment, sur la jurisprudence de la malversation de Mme Brigitte Ickonga, d’uniformiser les modes de paiement, de par l’unicité de la caisse publique pourvoyeuse, en alignant la rémunération aux institutions nationales sur le procédé du virement bancaire, comme pour les agents de l’Etat.

Pour un Congo Brazzaville qui doit avancer, dans le progrès,

Ouabari Mariotti

Paris 26 septembre 2021

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Are you human? Please solve:Captcha