Le Congo en paix… sauf avec les salaires, les factures et la vérité

PARLONS-EN. Au Congo, la paix est proclamée chaque matin comme un bulletin météo : permanente, stable et garantie par le Parti Congolais du Travail (PCT). Une paix officielle, certifiée conforme par les discours, les communiqués et les congrès. Une paix si robuste qu’elle semble capable de survivre à tout : à l’absence prolongée de salaires, à l’effondrement des services publics, à l’asphyxie du secteur privé et même à la disparition progressive de la vérité. Une paix déclarative, militante, incantatoire. Une paix de mots, rarement de vécu. Les salaires impayés : quand les chiffres démentent la paix Dès que l’on quitte les tribunes politiques pour regarder la réalité en face, le décor change. À la mairie de Brazzaville, les agents cumulent quatorze mois de salaires impayés. À Dolisie, cinquante mois. À Mossendjo, quatre-vingts mois, À Nkayi, soixante-dix mois, (…) Des chiffres vertigineux qui devraient provoquer un électrochoc national. Mais au PCT, on applaudit, on sourit, et l’on parle d’un bilan « satisfaisant », comme si l’accumulation d’arriérés n’avait aucune conséquence humaine. L’Université Marien Ngouabi : le savoir sans salaire L’Université Marien Ngouabi, jadis symbole du savoir et de l’avenir, est devenue le laboratoire du mépris social. Les travailleurs y manquent de paix depuis longtemps. Non par goût de la contestation, mais parce que la faim, elle, ne se nourrit pas de discours politiques. Après l’université, les mairies du Congo sont entrées dans la danse. Une danse sociale macabre, sans musique, sans cachet, sans dignité, rappelant que la paix sociale ne se proclame pas : elle se construit. Les mairies en grève et le silence de l’État Face aux grèves, aux cris et aux détresses, l’État oppose le silence. Dans ce Congo officiel, l’absence de réponse est devenue une stratégie de gouvernance. Tant que les revendications n’atteignent pas les salons climatisés, tant que les travailleurs crient sans micro et que les agents ferment sans caméra, la paix est déclarée sauve. Le silence est confondu avec la stabilité, la résignation avec l’adhésion, l’épuisement avec la satisfaction. Le secteur privé étranglé par la dette intérieure Il serait pourtant injuste de croire que seuls les agents publics manquent de paix. Les opérateurs économiques du secteur privé vivent eux aussi une profonde insécurité financière. L’État congolais leur doit des milliards au titre de la dette intérieure. Des entreprises ont livré, exécuté des marchés publics, investi et créé des emplois. En retour : des factures impayées, des promesses reportées, des faillites en chaîne. Une économie réelle sacrifiée pendant que le discours officiel se veut rassurant. Un bilan chanté dans les congrès, absent dans les foyers Malgré ce tableau social et économique alarmant, les cadres du parti au pouvoir sillonnent le pays. Ils descendent dans leurs bases pour préparer le congrès du PCT et réclamer, avec une ferveur quasi religieuse, la candidature de Denis Sassou Nguesso, président sortant et candidat perpétuel. Ils vantent les succès de son mandat, louent la paix retrouvée et célèbrent un bilan qu’aucun salarié impayé, aucun agent municipal en grève, aucun entrepreneur ruiné n’a jamais vu passer. La paix selon le PCT : le règne du silence Dans les réunions politiques, le récit est parfaitement huilé : stabilité institutionnelle, réalisations structurantes, vision stratégique. On cite des routes que personne n’emprunte, des réformes que personne ne ressent, des chiffres que personne ne vérifie. Au Congo officiel, la paix n’a rien à voir avec le bien-être. Elle est définie comme l’absence de contestation audible. Et lorsque certains osent poser des questions, on les accuse de troubler l’ordre public. Les questions que le pouvoir refuse d’entendre Alors posons-les clairement. Qui a parlé de paix ? Est-ce l’agent municipal non payé ? Le travailleur universitaire abandonné ? L’entrepreneur ruiné par un État débiteur ? Certainement pas. Qui a dit que le bilan de Denis Sassou Nguesso est bon ? Ceux qui vivent de l’État sans jamais subir ses retards. Ceux qui confondent longévité au pouvoir et réussite politique. Peut-on gagner une élection sans la paix sociale ? Et surtout, qui a dit que Denis Sassou Nguesso gagnera les élections, alors qu’il n’y a pas de paix sociale à l’université, pas de paix dans les mairies, pas de paix économique dans le secteur privé, et pas de paix morale dans un pays où l’État ne respecte plus ses engagements fondamentaux ? Une victoire électorale ne se proclame pas dans un congrès : elle se construit dans la confiance du peuple. Le mensonge comme méthode de gouvernance Au PCT, le mensonge n’est pas un accident. C’est une méthode de gouvernance. On peut ne pas payer pendant des années, pourvu que l’on parle de paix. On peut accumuler les dettes, pourvu que l’on proclame un bilan positif. On peut échouer socialement, pourvu que l’on réussisse politiquement. Le Congo officiel face au Congo réel Ainsi va le Congo officiel : un pays où l’on prépare des congrès pendant que le peuple survit, où l’on proclame la paix pendant que la réalité crie famine, où l’on annonce des victoires électorales avant même d’avoir rétabli la justice sociale. Une paix sans justice. Un bilan sans vérité. Un pouvoir sans mémoire. Mais à force de confondre silence et adhésion, un jour viendra où même les slogans ne suffiront plus à masquer l’absence de paix réelle. Serge Armand Zanzala Écrivain, chercheur, citoyen engagé, Directeur de La Société Littéraire, Initiateur du projet Kongo Ya Sika
RD Congo. Les Congolais sont en train de passer à côté de la vérité…

POINT DE VUE. C’est depuis trois jours que le pays tout entier est plongé dans les commentaires sur la vie privée du président. Comme toujours en RDC, chacun y va avec grande charge émotive, y mêlant des facteurs qui n’ont rien à voir avec le cœur du problème. La vérité de ce dossier explosif se situe bien loin ailleurs et elle est étroitement liée à la passation du marché de la reconstruction du marché central de Kinshasa. Une lutte féroce se déroule devant nos yeux entre deux camps des entrepreneurs bénéficiant chacun du soutien de l’une de deux dames Denise et Gisèle. Quiconque arrivera à établir un lien logique entre l’expulsion manu milatari par la même DGM, du libanais Hassan Mourad et de Gisèle Mpela se rapprochera de très près de la vérité historique. Par Germain Nzinga