Congo-Santé : la situation médicale et sanitaire entre dans le coma de stade 2 ( lecture en 7 minutes)

PARLONS-EN. Plusieurs figures emblématiques congolaises meurent à l’étranger. Le dernier en date est le Dr Lounana Kouta qui s’en est allé malgré son évacuation sanitaire. C’est la preuve de la dégradation de l’ensemble des structures administratives, économiques, sanitaires et sécuritaires qui entrent dans le coma dépassé. Les décès des hautes personnalités congolaises se succèdent à l’étranger, redoutant sans nul doute des structures délabrées mais aussi de croiser des pseudos médecins qu’ils ont fabriqués eux-mêmes dans une sélection ethno-tribale depuis la « victoire de 1997 » et dont tous paient le prix fort aujourd’hui. Mais qu’importe le flacon, seule compte l’ivresse, n’est-ce pas ? C’est cette ivresse qui culmine actuellement à une perversion narcissique, enfonçant le pays dans le neuvième enfer que Dante décrit dans son ouvrage « La Divine comédie ». Des investissements aux nominations sans impacts En 2013, le ministre délégué général des Grands Travaux, Jean-Jacques Bouya (JJB), avait sélectionné le cabinet ENIA Architectes pour la réforme-restructuration du Centre Hospitalier Universitaire de Brazzaville (CHUB) devenu inadapté et vétuste depuis plus de vingt ans. Le programme architectural fixe à 54 M€ HT (35,42 milliards de FCFA) la réhabilitation et l’extension du centre hospitalier universitaire (pour 550 lits supplémentaires) : pôle femme-mère-enfant (pôle ambulatoire + hospitalisation, 150 lits) ; pôle neurologie tête-cou (pôle ambulatoire + hospitalisation, 100 lits) ; pôle chirurgie générale et locomoteur (pôle ambulatoire + hospitalisation, 208 lits) ; pôle médecine générale (pôle ambulatoire + hospitalisation, 96 lits) ; plateau médico-technique ; pôles logistique médicale (pharmacie, laboratoire et stérilisation) ; Pôle Énergie et Logistique (Cuisine, Lingerie, Maintenance/Exploitation) et Pôle administratif. Le consensus laissé par les rares sommités reconnues internationalement de la médecine congolaise, telles que les professeurs Assori Itoua Ngamporo, Christophe Mbouramoué ou Armand Moyikoua avait déjà alerté il y a plus de 20 ans que les évacuations sanitaires étaient une grosse illusion. En cas de réelle urgence médicale, aucun avion ne pourrait sauver personne. Il était donc impérieux de disposer en local du matériel et des compétences susceptibles de concourir aux premiers soins d’urgence et de stabilisation, avant d’envisager une évacuation sanitaire, uniquement pour les pathologies extrêmes. Le Pr Georges Moyen, alors ministre de la Santé en 2013, pédiatre formé à Dakar (Sénégal), abondait dans le même sens, mais c’était sans compter les sicaires du Congo tapis dans l’ombre médicale. Leur premier dessein après l’éviction de Georges Moyen a été de le remplacer par François Ibovi qui n’avait pas les cartes en mains. Celui-ci, quoique dépassé par la tâche, aura malgré tout refusé de suivre les errements du duo infernal JJB – Gilbert Ondongo (GO) qui voyaient dans cette restauration du CHUB une énième terre promise financière et politique via Jacqueline Lydia Mikolo-Kinzonzi qu’ils vont propulser ministre de la Santé. Le seul mérite de cette dernière, c’est d’être prêtresse dans la loge, coordonnatrice des marchés publics et de la réglementation au ministère des Grands travaux qui sera cité plus tard dans plusieurs scandales et détournements. D’emblée, elle dissout la Congolaise des médicaments essentiels et génériques (COMEG), dont les dysfonctionnements auraient causé des ruptures dans l’approvisionnement des antirétroviraux selon elle. Cela est d’autant plus faux qu’elle enterrera en réalité le scandale de l’achat de vrai-faux ARV que la CID connaît bien (9000 morts dans la file active de traitement du VIH/SIDA en 2015), réalisé par Ange Aimé Wilfrid Bininga, Directeur des affaires financières du Ministère de la Santé, depuis la CENAMES en 2009. Le remplacement de la COMEG en juin 2017 par la Centrale d’achat des médicaments essentiels et des produits de santé (CAMEPS), dont le PCA choisi est le Pr Antoine Abena, réel sicaire de la fonction pseudo biochimique de la médecine, a aggravé la situation et tente de dissimuler les réels protagonistes de ces affaires. La refonte du CHUB initiée sous ses auspices tombait à pic pour Mikolo qui, successivement, s’était défaite de Gisèle Marie Gabrielle Ambiéro Allianzi, de Sylvain Villiard et enfin de Denis Bernard Raiche qui ont pourtant essayé de démanteler les filières mafieuses qui gangrènent le CHUB. Leurs prédécesseurs, le Colonel Ignace Ngakala et Bernard Ovoulaka, premiers DG contributeurs à la malversation financière et à la corruption, ont, en l’absence de toute poursuite judiciaire, tranquillement versé dans le détournement des fonds alloués au CHUB et se la coulent douce. Mikolo a poursuivi son pillage par les détournements des budgets COVID de la Banque mondiale, et sans coup férir, en décembre 2016, (tout en dénonçant des « circuits mafieux ! ») jusqu’à être cité dans les affaires du FIGA. Des évacuations sanitaires budgétivores appauvrissantes Pourtant portés au pinacle par Lydia Mikolo et le Pr Richard Bileckot, inspecteur général de la santé, l’équipe canadienne a jeté l’éponge en 2021, plongeant M. Sassou et le gouvernement Makosso I dans un embarras sans précédent. L’Évolution des dépenses courantes de santé (2018-2024) du secteur de la santé a connu une augmentation notable. En 2018 (144 milliards) ; 2019 (192,3 milliards) ; 2020 (229,9 milliards) ; 2022 (168 milliards) ; 2023 (201 milliards) ; 2024 (206 milliards) ; 2025 (212 milliards). Malgré cette augmentation en valeur absolue, la proportion du budget national allouée à la santé est restée inférieure aux 15 % recommandés par la Déclaration d’Abuja : 2018 (11 %) ; 2019 (8 %) ; 2020 (9 %). Pire, le taux d’exécution des budgets alloués à la santé a varié au cours des années précédentes : 2018 (43 %) ; 2019 (54 %) ; 2020 (82 %) ; 2021 (124 %). Ces variations suggèrent des défis majeurs et des améliorations nécessaires dans la capacité à utiliser efficacement les fonds alloués au secteur de la santé. L’audit des années 2013, 2014 et 2015 du CHU réalisé par le cabinet CACOGES de l’expert-comptable Brice Voltaire Etou, très proche de M. Sassou, révélait que seulement 7 % des 1,5 milliard de FCFA représentant la subvention d’équilibre accordée trimestriellement par l’État étaient utilisés pour l’achat des médicaments, des réactifs, des consommables ou encore dans la radiologie et l’entretien de l’équipement. Le reste partait dans des dépenses « contre-productives ». Ledit rapport soulignait la gestion