SENEGAL. Macky Sall face à l’ombre de ses propres tempêtes

PARLONS-EN. Et si, par un de ces tours de prestidigitation dont raffole la diplomatie mondiale, Macky Sall passait du fauteuil présidentiel aux ors feutrés du secrétariat général de l’ONU ? Le costume serait le même, sombre, impeccable, seule la scène changerait : de Dakar à New York, des sirènes de manifestations aux applaudissements polis des assemblées générales. Ironie bien repassée. L’histoire, elle, a le chic pour recycler ses paradoxes. Tenez, Kurt Waldheim : après son passage à la tête de l’ONU (1972–1981), le diplomate modèle s’est retrouvé, en 1986, au cœur d’une tempête internationale. Des révélations sur son passé d’officier dans les Balkans sous le régime nazi ont fissuré le vernis. Inscrit sur des listes de criminels de guerre, élu malgré tout président de l’Autriche, puis frappé d’un statut de persona non grata aux États-Unis en 1987. Comme quoi, même les carrières les mieux cirées peuvent laisser apparaître des taches indélébiles sous la lumière crue des archives. Dans notre fiction très peu fictionnelle, Macky Sall endosserait à son tour les habits du gardien des valeurs universelles, récitant avec gravité le catéchisme des droits humains. Pourtant, dans l’ombre de ces discours, une autre litanie persiste : celle des accusations lourdes qui planent sur son bilan, plus de 80 morts évoqués, des jeunes brisés, certains amputés, des arrestations en série. Autant de cicatrices qui hantent la mémoire collective. Et pendant que les projecteurs éclairent la scène new-yorkaise, une autre scène, plus discrète mais tout aussi bruyante, s’active : la plateforme “Non à Macky” (nonamacky.org) revendique déjà des dizaines de milliers de plaintes — 23 600, dit-elle — visant l’ancien président. Des dossiers que ses initiateurs affirment avoir adressés aux cinq gardiens du temple onusien : les Conseil de sécurité des Nations unies : États-Unis, France, Royaume-Uni, Chine, Russie, ces puissances à droit de veto qui, à elles seules, peuvent faire et défaire les destins diplomatiques de la planète. Car voilà la mécanique implacable : dans ce club fermé, il suffit d’un seul refus pour briser une ambition mondiale. Et si, en coulisses, ONG, rapports internationaux ou chancelleries venaient à noircir davantage le tableau, évoquant atteintes à l’État de droit, dérives sécuritaires ou passif politique, la candidature la mieux ficelée peut vaciller, puis s’effondrer avec élégance… ou fracas. La diplomatie excelle dans l’art du camouflage lexical : les morts deviennent des “incidents”, les dettes des “ajustements”, les répressions des “mesures de maintien de l’ordre”. Le langage se fait anesthésiant, et la réalité, elle, continue de saigner hors champ. Mais l’histoire est une créancière patiente. Elle ne signe pas d’accords, ne négocie pas d’immunité, et ne se laisse pas distraire par les honneurs. Hier Waldheim, aujourd’hui peut-être d’autres. Les trajectoires diffèrent, mais une constante demeure : tôt ou tard, les zones d’ombre réclament leur lumière. Alors, Macky Sall secrétaire général ? L’hypothèse amuse, inquiète ou scandalise selon les camps. Mais au-delà du poste, une question persiste, obstinée : peut-on incarner la conscience du monde quand son propre passé reste un dossier ouvert dans la mémoire des siens ? Par Malick BA Journaliste