De nouvelles hausses des taux directeurs sont nécessaires afin d’ancrer davantage les anticipations d’inflation au Maroc

De nouvelles hausses des taux directeurs sont nécessaires afin d’ancrer davantage les anticipations d’inflation au Maroc

L’inflation devrait commencer à baisser l’année prochaine, ont affirmé les services du Fonds monétaire international (FMI) à l’issue d’une mission de consultation au titre de l’article IV avec le Maroc du 24 octobre au 4 novembre. Quand bien même « nous nous attendions à ce que l’inflation commence à baisser l’année prochaine, sous l’effet de la baisse prévue des prix mondiaux des matières premières, assurer un retour de l’inflation à près de 2% d’ici 2024 pourrait nécessiter de nouvelles hausses des taux directeurs, afin d’ancrer davantage les anticipations d’inflation », a  estimé Roberto Cardarelli qui a mené les discussions avec les autorités marocaines. « Bien que causées par des chocs mondiaux sur l’offre et les prix des matières premières, les pressions inflationnistes se sont généralisées au cours de cette année », a constaté l’équipe du FMI. Ce qui a amené, en conséquence, « Bank Al-Maghrib à procéder de manière appropriée à un resserrement monétaire en septembre dernier ». Pour rappel, afin de prévenir tout désancrage des anticipations d’inflation et d’assurer les conditions d’un retour rapide à des niveaux en ligne avec l’objectif de stabilité des prix, la Banque centrale avait décidé en septembre dernier de relever le taux directeur de 50 points de base passant de 1,5% à 2%. Par cette décision, annoncée à l’issue de la troisième session du Conseil de Bank Al-Maghrib tenue le mardi 27 septembre 2022 à Rabat, BAM mettait fin à un statu quo remontant à juin 2020. Et  avait promis de continuer « à suivre de près la conjoncture économique, aux niveaux national et international, et en particulier l’évolution des pressions inflationnistes ». Le relèvement du taux directeur est intervenu alors que l’économie continuait de pâtir de l’environnement externe défavorable et des répercussions d’une sécheresse particulièrement sévère. A cela s’ajoutaient une nette décélération de la croissance et une forte accélération de l’inflation qui continuait d’être alimentée par des pressions d’origine externe et dont les dernières données disponibles montraient une large diffusion vers les prix des produits non échangeables. Pour rappel, s’appuyant sur ses prévisions de juin, Bank Al-Maghrib tablait en septembre dernier sur un niveau d’inflation nettement plus élevé en 2022, suivi d’un ralentissement moins marqué en 2023. Tenant compte des évolutions observées au cours des huit premiers mois de l’année, faisant état de l’accélération de la poursuite de l’inflation qui a atteint 8% en août après 7,7% en juillet, Bank Al-Maghrib avait annoncé que ses projections tablaient désormais « sur une accélération de l’inflation à 6,3% sur l’ensemble de l’année, contre 1,4% en 2021, avant de revenir à 2,4% en 2023 ». Portée par la hausse des prix des produits alimentaires qui y sont inclus, l’institution publique avait également estimé que la composante sous-jacente passerait de 1,7% à 6,3% en 2022 puis décélérerait à 2,5% en 2023. A noter que, jusqu’à récemment encore, l’inflation sur le plan mondial continuait d’évoluer à des niveaux très élevés jamais enregistrés depuis des décennies dans plusieurs pays. Aux Etats-Unis, par exemple, après un pic à 9,1% au cours du mois de juin, elle ressortirait à 8,2% sur l’ensemble de cette année avant de revenir à 4% en 2023, avait alors relevé BAM. «Dans la zone euro, elle s’est située à 9,1% en août et devrait ressortir à 7,7% en moyenne en 2022 puis décélérerait tout au long de 2023 pour avoisiner les 3,7% en moyenne», avait poursuivi la Banque centrale. Commentant cette évolution dans les pays émergents, BAM avait annoncé qu’elle s’établirait en particulier à 7,3% en 2022 et à 6,0% en 2023 en Inde, alors qu’en Chine, elle resterait contenue à 2,5% et 2,7% respectivement. Alain Bouithy

Maroc. Le FMI table sur une croissance de l’économie nationale de 3% en 2023

Maroc. Le FMI table sur une croissance de l’économie nationale de 3% en 2023

Bien qu’elle ait été ralentie par les chocs mondiaux et la sécheresse, la croissance de l’économie marocaine devrait reprendre en 2023, a annoncé le Fonds monétaire international (FMI) soulignant toutefois un environnement international très incertain. « L’économie marocaine a connu une confluence de chocs négatifs en 2022 qui ont freiné le rebond rapide après la pandémie. La sécheresse a négativement affecté la production agricole, tandis que les chocs des termes de l’échange liés à l’invasion de l’Ukraine par la Russie ont davantage alimenté l’inflation et réduit le pouvoir d’achat », a constaté Roberto Cardarelli au terme d’une mission de consultation avec le Maroc qu’il a dirigée du 24 octobre au 4 novembre. « La reprise du secteur du tourisme, la résilience des envois de fonds des migrants et des exportations ont partiellement compensé ces chocs négatifs », a-t-il toutefois noté relevant que la croissance du PIB devrait s’établir à environ 1,25% en 2022 et le déficit du compte courant devrait se creuser pour atteindre environ 4,25% du PIB. Ainsi, « dans l’hypothèse d’une amélioration progressive des conditions extérieures et d’une saison agricole moyenne, la croissance devrait s’accélérer pour atteindre environ 3% l’année prochaine et le déficit du compte courant devrait se réduire à environ 3,5% du PIB, mais de fortes incertitudes planent sur ces perspectives », a indiqué Roberto Cardarelli. Compte tenu de la forte incertitude et du resserrement des politiques macroéconomiques, l’organisation internationale estime qu’« il est essentiel d’accélérer la mise en œuvre des réformes structurelles, notamment celles visant à étendre la protection sociale à tous les Marocains, à stimuler l’investissement du secteur privé et à relever les défis posés par le changement climatique ». Pour Roberto Cardarelli, «le renforcement de la résilience de l’économie marocaine, dans un contexte de marges de manœuvre budgétaire et monétaire limitées et d’incertitude exceptionnelle appelle à l’accélération de la mise en œuvre des réformes structurelles ». Bien qu’une grande partie des travailleurs indépendants n’aient pas encore rejoint le nouveau système contributif de soins de santé et de retraite, il constate cependant que « des progrès significatifs ont été réalisés dans l’extension de la protection sociale » tout en soutenant que des réformes profondes des systèmes de santé et d’éducation devraient améliorer l’accès, l’efficacité et la qualité des services. Pour lui, il ne fait aucun doute que « les récentes mesures de réforme des entreprises publiques, ainsi que l’opérationnalisation du Fonds Mohammed VI et la mise en œuvre de la nouvelle Charte de l’investissement devraient contribuer à stimuler l’investissement privé ». Par ailleurs, « les progrès réalisés dans la libéralisation du marché de l’électricité devraient accélérer la transition vers les énergies renouvelables, tandis que beaucoup reste à faire pour remédier à la raréfaction des ressources en eau », a-t-il affirmé. Précisons qu’à l’issue de cette mission de consultation 2022, l’équipe des services du FMI a en outre estimé que la poursuite des politiques macroéconomiques prudentes « restera essentielle pour la résilience de l’économie marocaine ». Selon l’institution internationale, « le budget 2023 a veillé à concilier entre la reconstitution de marges de manœuvre budgétaires, l’atténuation de l’impact social et économique des chocs récents et le financement des réformes structurelles ». Reste maintenant à contenir les pressions inflationnistes, ce qui pourrait nécessiter la poursuite de la normalisation des conditions de politique monétaire, a-t-elle soutenu. Bien qu’occasionnées par des chocs mondiaux sur l’offre et les prix des matières premières, le FMI constate que les pressions inflationnistes se sont généralisées au cours de cette année.  Ce qui a amené Bank Al-Maghrib à procéder de manière appropriée à un resserrement monétaire en septembre dernier. Mais alors que l’organisation internationale s’attend à ce que l’inflation commence à baisser l’année prochaine, sous l’effet de la baisse prévue des prix mondiaux des matières premières, « assurer un retour de l’inflation à près de 2% d’ici 2024 pourrait nécessiter de nouvelles hausses des taux directeurs, afin d’ancrer davantage les anticipations d’inflation », a estimé Roberto Cardarelli. Alain Bouithy