Congo-Brazzaville : Une campagne lancée, une nation toujours en débat

Congo-Brazzaville : Une campagne lancée, une nation toujours en débat

Les Congolais restent dans l’attente des consignes des non-participants à l’élection présidentielle. SANS DETOUR. Le 28 février, la République du Congo a officiellement ouvert la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle du 15 mars. Pendant deux semaines, sept candidats sont appelés à convaincre les électeurs. Parmi eux, le président sortant Denis Sassou Nguesso, face à Gavet Elengo Melaine Destin ; Kignoumbi Kia-Mboungou Joseph ; Mafoula Uphrem Dave ; Manangou Vivien Romain ; Mavoungou-Zinga Mabio ; et Nganguia Engambe Anguios. La machine électorale est en marche. Mais la nation, elle, demeure traversée par un débat fondamental : faut-il participer ou non à cette élection ? Un débat persistant en pleine campagne électorale Alors que les candidats déclarés ont choisi d’entrer pleinement dans la compétition électorale, une frange importante de la classe politique observe encore une posture d’attente, voire de réserve stratégique. Le débat entre participation et non-participation demeure ouvert et continue de structurer en profondeur l’espace politique congolais. Mais une question s’impose désormais : ce débat sert-il encore véritablement la cause démocratique, ou risque-t-il de s’enfermer dans une répétition stérile, sans impact réel sur l’issue du processus électoral ? Au cœur de cette attente se trouve le Rassemblement des forces du changement, dirigé par Clément Mierassa. Lors d’une tribune télévisée réunissant l’ensemble de ses responsables, cette plateforme avait annoncé qu’elle rendrait publiques des consignes claires concernant sa position face à l’élection. Par ailleurs, l’un de ses principaux leaders, Jean Jacques Serge Yhombi Opango, président du Rassemblement pour la démocratie et le développement (RDD), a confirmé que ces orientations seraient prochainement formulées. Cette annonce maintient l’attention et alimente l’attente d’une clarification politique susceptible d’influencer le positionnement d’une partie significative de l’opinion. À ce jour, de nombreux Congolais restent suspendus à ces consignes, espérant qu’elles viendront éclairer le débat national et préciser la posture à adopter dans le contexte électoral actuel. Les limites stratégiques de la non-participation Ainsi, si les participants ont marqué un premier pas dans le processus électoral, les non-participants — ou les indécis stratégiques — n’ont pas encore dit leur dernier mot. Le paysage politique demeure en tension, suspendu à des orientations susceptibles d’influencer une frange importante de l’opinion. Parmi ceux qui ont choisi de ne pas prendre part à l’élection figure Modeste Boukadia, président du CDRC, qui appelle à une transition cogérée. Une telle perspective soulève toutefois la question des moyens concrets de sa mise en œuvre. Sans leviers de pression structurés — notamment l’appui des organisations syndicales ou l’adhésion de segments de la force publique — cette option apparaît, à ce stade, difficile à traduire en dynamique politique effective. Une certitude institutionnelle Malgré l’intensité des débats, une évidence s’impose : au terme du processus électoral, un président sera proclamé et exercera le pouvoir pour un mandat de cinq ans. À l’instar de la Constitution, qui s’impose à tous — qu’on l’ait approuvée ou contestée —, le verdict des urnes produira un cadre institutionnel auquel la nation devra se conformer. Il semble peu probable que des acteurs politiques incapables de s’accorder en amont sur une stratégie commune puissent, en aval, constituer un front cohérent et efficace pour contester les résultats. D’autant plus qu’une contestation crédible suppose des preuves tangibles de fraudes ou d’irrégularités. Or, comment réunir de tels éléments lorsqu’on n’a pas pris part au processus, ni déployé de représentants dans les bureaux de vote, ni participé aux mécanismes de contrôle électoral ? Même les stratégies de lobbying évoquées par certains, notamment par Maître Brice Nzamba, risquent de se heurter à des limites pratiques et politiques si elles ne s’appuient pas sur des éléments factuels solides et vérifiables. L’histoire politique récente du pays invite ainsi à la prudence quant à l’hypothèse d’un front post-électoral unifié capable d’inverser ou de bloquer une dynamique institutionnelle déjà enclenchée. Mais au-delà de ces considérations stratégiques, un problème plus fondamental mérite d’être posé. L’angle mort de la campagne : le projet de société La campagne est lancée. Les meetings se multiplient. Les discours s’enchaînent. Pourtant, le débat sur les projets de société demeure étonnamment discret. Le président sortant prône « la continuité de la marche ». Mais quelle marche ? Il existe plusieurs types de marche : la marche nordique, structurée et méthodique ; la marche sportive, rythmée et performante ; la marche d’endurance, collective et disciplinée ; la marche urbaine, culturelle et pédagogique ; ou encore la randonnée, exigeante et orientée vers un objectif clairement défini. Parler de continuité sans préciser la nature, le cap et les indicateurs de cette marche revient à entretenir une ambiguïté stratégique. Continuer, oui — mais vers quoi ? Selon quel modèle de développement ? Avec quelles priorités nationales clairement hiérarchisées ? Quant aux autres candidats, leur discours s’articule principalement autour de la critique du mandat sortant. L’attaque supplée la proposition. La dénonciation tient lieu de programme. L’opposition semble davantage structurée contre un homme que pour une vision alternative structurée. Une responsabilité collective Plus préoccupant encore : l’exigence citoyenne d’un projet de société formalisé ne s’impose pas comme thème central du débat public. Le risque est alors de réduire l’élection à un choix de personnes, d’alliances ou de stratégies, plutôt qu’à un choix de trajectoire nationale. La question fondamentale n’est pas seulement de savoir qui participera, qui appellera au boycott, ou qui donnera des consignes. Elle est de savoir quel projet commun portera la nation au-delà du scrutin. Vers un projet commun institutionnalisé Cette situation offre l’occasion de réitérer une proposition formulée dans l’ouvrage Kongo Ya Sika : Et, si nous créions notre démocratie ? : l’institutionnalisation d’un Dialogue national permanent — ou d’une Conférence nationale souveraine — comme cadre structurant de l’élaboration d’un projet commun de société. Un tel cadre permettrait d’identifier les priorités nationales consensuelles ; de définir des objectifs stratégiques clairs à moyen et long terme ; d’inscrire ces priorités dans une feuille de route que le président élu aurait l’obligation politique et morale d’exécuter. Dans cette perspective, l’élection présidentielle ne serait plus seulement la désignation d’un dirigeant, mais le choix d’un exécutant

Clément Mierassa : « Le Rassemblement des Forces du Changement n’est pas une initiative de circonstance  » (Congo)

Clément Mierassa : « Le Rassemblement des Forces du Changement n’est pas une initiative de circonstance  » (Congo)

Le Rassemblement des Forces du Changement (RFC) « est l’expression d’une volonté profonde : celle de bâtir une force politique patriotique, crédible et organisée », a déclaré le président du PSDC, Clément Mierassa. IIl s’agit d’une plateforme « capable de porter la voix du peuple, de défendre la souveraineté de notre État et de promouvoir la justice sociale, la liberté et l’unité nationale« , a-t-il souligné dans son mot d’ouverture à l’Assemblée générale constitutive du RFC tenue le dimanche 14 septembre 2025 à Brazzaville au Congo. Ci-dessous, l’intégrité de son discours. « MOT D’OUVERTURE DU PRÉSIDENT SORTANT, CLEMENT MIERSSA À L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE CONSTITUTIVE DU RASSEMBLEMENT DES FORCES DU CHANGEMENT (RFC) DU 14 SEPTEMBRE 2025  Messieurs les Présidents, Homologues Chefs de Partis Mesdames, Messieurs, Chers Compatriotes, En ce jour mémorable du 14 septembre 2025, il m’échoit l’honneur et la responsabilité, en tant que Président sortant, de vous adresser ces mots d’ouverture au lancement de notre Assemblée Générale Constitutive du Rassemblement des Forces du Changement (RFC). Nous nous réunissons aujourd’hui par-delà les distances, en visioconférence entre le Congo et la France, pour donner naissance à une organisation politique qui, j’en suis convaincu, marquera un tournant dans l’histoire contemporaine de notre pays. Nous ne pouvons pas, ne pas avoir une pensée toute particulière pour nos frères, nos leaders, nos combattants qui en 2016, ont incarné cette volonté de changement, à savoir Jean-Marie Michel MOKOKO, André OKOMBI SALISSA qui purgent leur 10ème année à la Maison d’Arrêt de Brazzaville et d’autres. Par la même occasion, ayons une pensée pieuse et noble pour notre frère, notre combattant Guy Brice Parfait KOLELAS, qui a perdu sa vie lors de l’élection présidentielle de 2021 et qui nous a laissé un testament que nous n’oublierons jamais sur le Changement. C’est pour cela que sans modestie aucune, nous tenons à remercier et à féliciter le Président du Congrès du Peuple, Marcel GUITOUKOULOU, pour cette initiative qu’il a prise en 2024 et qui a commencé à donner ses fruits. Le RFC n’est pas une initiative de circonstance. Il est l’expression d’une volonté profonde : celle de bâtir une force politique patriotique, crédible et organisée, capable de porter la voix du peuple, de défendre la souveraineté de notre État et de promouvoir la justice sociale, la liberté et l’unité nationale. Chers compatriotes, nous avons aujourd’hui un rendez-vous avec l’histoire. En posant les bases de ce mouvement, nous affirmons notre engagement à tourner la page des dérives, des injustices et des divisions pour ouvrir celle de l’espérance, de la réconciliation et du renouveau. Je vous invite à travailler dans un esprit de responsabilité, de discipline et d’unité, afin que cette Assemblée générale consacre véritablement la naissance d’un instrument politique au service exclusif du peuple congolais. Jedéclare donc ouverts les travaux de l’Assemblée Générale Constitutive du Rassemblement des Forces du Changement (RFC). Vive le RFC ! Vive le Congo !«