RD Congo. Le Prof. Bujo vient de tirer sa révérence…

RD Congo. Le Prof. Bujo vient de tirer sa révérence…

DISPARITION. Le professeur Bénézet Bujo, prêtre du diocèse de Bunia en RDC et ancien professeur de théologie aux Facultés Catholiques de Kinshasa (actuellement Université Catholique de Kinshasa) et Professeur émérite de l’université de Fribourg, vient de tirer sa révérence le soir de ce jeudi 9 novembre 2023 à Fribourg en Suisse à l’âge de 83 ans. Il est indiscutablement un pionnier inspiré, allergique à la marche sur des chemins battus mais prompt à rendre sa réflexion originale dans la recherche de nouvelles voies d’inculturation du christianisme en Afrique. Il nous laisse une production intellectuelle monumentale qui a été traduite dans la plupart de grandes langues internationales. Dans son dernier livre qu’il nous laisse comme testament : « Quelle Église pour un christianisme authentiquement africain ? Universalité dans la diversité », publié en 2021 à Bâle aux éditions Schwabe, le professeur émérite analyse les points forts et les difficultés de l’inculturation du christianisme en Afrique subsaharienne. Il fait un parcours théologique et ecclésiologique, partant de « l’Église Famille » en Afrique mise en exergue par le premier Synode africain en 1994 et dont la proposition 8 citée par l’exhortation de Jean-Paul II. L’auteur discute donc de l’approche néotestamentaire de la famille qu’il compare avec celle qu’il observe en Afrique subsaharienne et qui s’étend jusque dans le monde invisible et se fait communauté tridimensionnelle (p. 43) incluant les vivants dans leur interaction avec l’univers, les morts qui rejoignent les ancêtres et les non-encore-nés « dont certains seront appelés à naître dans la communauté partielle visible » (p. 50). Toujours en relation avec la famille, il pose le principe d’engendrement/enfantement mutuel entre ces trois entités. À partir de là, l’A. peut ensuite poursuivre sur les implications ecclésiologiques. Il y aborde au cinquième chapitre, la manière dont sont déployées les structures hiérarchiques dans cette région du monde. Il évoque la place des prêtres et des laïcs dans les communautés, soulignant le danger du cléricalisme, mais aussi celui de considérer le sacerdoce comme une promotion sociale non seulement pour soi mais aussi pour toute la famille ou tribu au sens large. Il consacre tout un chapitre (vi) à « l’enjeu des nominations épiscopales pour les Églises particulières en Afrique subsaharienne » et un autre (viii) à la place de la vie religieuse avec le sens que peuvent revêtir les trois vœux, bien que la pauvreté, la chasteté et l’obéissance soient perçues différemment dans cette région du monde. Il propose à chaque fois une analyse courageuse et esquisse des pistes pour prévenir ou remédier aux dérives possibles. Les « petites communautés ecclésiales » et le mariage font également, chacun, l’objet d’un chapitre. Le professeur qui a publié la même année la deuxième édition de son ouvrage “ Introduction à la théologie africaine” laisse là un vaste chantier de recherches théologiques auquel les nouvelles générations de chercheurs africains sont appelées à porter leur pierre d’édification. Repose en paix cher professeur et maintenant que tu es entré dans le panthéon de ces grands ancêtres africains, intercède pour l’avènement d’une Afrique libre et libérée ! Par Germain Nzinga