Les prix de l’énergie vers leur plus forte flambée mondiale en quatre ans

Les prix de l’énergie vers leur plus forte flambée mondiale en quatre ans

De graves répercussions sur l’emploi et le développement Mauvaise nouvelle pour les économies fortement dépendantes de l’énergie importée. Selon un rapport de la Banque mondiale, « Commodity Markets Outlook », la guerre au Moyen-Orient est en passe de provoquer la plus forte flambée des prix de l’énergie en quatre ans. D’après l’institution financière internationale, «les prix de l’énergie devraient bondir de 24 % cette année pour atteindre leur niveau le plus élevé depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, alors que la guerre au Moyen-Orient provoque un choc violent sur les marchés mondiaux des produits de base». S’agissant des produits de base, ledit rapport explique que leurs prix devraient augmenter de 16 % en 2026, sous l’effet de la flambée des prix de l’énergie et des engrais ainsi que des niveaux record atteints par les prix de plusieurs métaux clés. La Banque mondiale alerte sur un choc inflationniste et un ralentissement de la croissance C’est assez pour s’en inquiéter et comprendre que les jours à venir risquent d’être sombres pour de nombreuses économies. Et pour cause, comme le relève le document, ce choc aura de graves répercussions sur la création d’emplois et le développement. Comme l’explique Indermit Gill, économiste en chef et premier vice-président du Groupe de la Banque mondiale pour l’economie du développement, «la guerre frappe l’économie mondiale en vagues qui s’accumulent : d’abord par la hausse des prix de l’énergie, puis par celle des prix alimentaires, et enfin par une inflation accrue qui fera monter les taux d’intérêt et renchérira encore davantage le coût de la dette ». De l’avis de cet économiste, «les populations les plus pauvres, qui consacrent la plus grande part de leurs revenus à l’alimentation et aux combustibles, seront les plus durement touchées, tout comme les économies en développement déjà aux prises avec un lourd endettement. Tout cela nous rappelle une vérité implacable : la guerre, c’est le développement à l’envers». Dans le détail, le rapport s’attend à une hausse de 31% des prix des engrais en 2026, en raison d’une envolée de 60 % des prix de l’urée. Pour bien mesurer la gravité de la situation, l’institution rappelle que les engrais n’auront jamais été aussi peu abordables depuis 2022. Ce qui érode les revenus des agriculteurs et menace les rendements agricoles à venir. Par ailleurs, « si le conflit devait se prolonger, ces pressions sur l’approvisionnement et l’accessibilité financière des denrées pourraient plonger jusqu’à 45 millions de personnes supplémentaires dans une situation d’insécurité alimentaire aiguë cette année, selon le Programme alimentaire mondial », prévient la Banque mondiale. Concernant les prix des métaux de base, le rapport estime que l’aluminium, le cuivre et l’étain devraient également atteindre des sommets historiques, en raison de la forte demande liée au développement des centres de données, des véhicules électriques et des énergies renouvelables. L’institution s’inquiète déjà du fait que «les métaux précieux continuent de battre des records de cours et de volatilité, avec une hausse moyenne des prix de 42% attendue en 2026, l’incertitude géopolitique alimentant la ruée vers les valeurs refuges». Tout aussi préoccupant : le renchérissement des produits de base induit par ces chocs va alimenter l’inflation et freiner la croissance mondiale. Et selon les prévisions de la Banque mondiale, l’inflation dans les économies en développement devrait atteindre 5,1% en moyenne en 2026, soit un point de pourcentage de plus qu’anticipé avant la guerre et une progression par rapport au taux de 4,7% enregistré l’année dernière. Selon les perspectives de l’institution, « la croissance des économies en développement se dégradera également, la flambée des prix des produits de première nécessité amputant les revenus et les exportations du Moyen-Orient se heurtant à de sévères restrictions». Le rapport prévoit que ces économies devraient croître de 3,6 % en 2026, soit une révision à la baisse de 0,4 point de pourcentage par rapport aux prévisions établies au mois de janvier. Quant aux économies directement touchées par le conflit, l’organisme estime qu’elles «seront les plus durement affectées ; 70% des pays importateurs de produits de base ainsi que plus de 60% des pays exportateurs pourraient voir leurs taux de croissance revus à la baisse par rapport aux projections de janvier». Toujours selon la Banque mondiale, les prix des matières premières pourraient grimper encore davantage si les hostilités s’intensifient ou si les perturbations de l’approvisionnement dues à la guerre persistent plus longtemps que prévu. Dans ce cas, «les prix du Brent pourraient atteindre en moyenne 115 dollars le baril en 2026 dans un scénario où les infrastructures pétrolières et gazières critiques subiraient davantage de dommages et où les volumes d’exportation mettraient du temps à se redresser », craint l’institution précisant qu’une telle hausse aurait des effets en cascade sur les prix des engrais et des sources d’énergie alternatives telles que les biocarburants. Par ailleurs, l’inflation dans les économies en développement pourrait grimper à 5,8 % cette année, ce qui en ferait le deuxième niveau le plus élevé de la décennie, après 2022. Quoi que réserve l’avenir, «la succession de chocs qu’a connue cette décennie a considérablement réduit les marges de manœuvre budgétaires disponibles pour faire face à la crise d’approvisionnement énergétique historique qui sévit actuellement», note Ayhan Kose, économiste en chef adjoint de la Banque mondiale. De l’avis de ce dernier, par ailleurs directeur de la cellule Perspectives, «les gouvernements doivent résister à la tentation de mesures de soutien larges et non ciblées, qui risqueraient de fausser les marchés et d’éroder les réserves budgétaires ». Selon lui, ils devraient plutôt privilégier un soutien rapide et temporaire, ciblé sur les ménages les plus vulnérables.  Alain Bouithy Le baril de Brent devrait s’établir en moyenne à 86 dollars en 2026 : «Les attaques contre les infrastructures énergétiques et les fortes perturbations du transport maritime dans le détroit d’Ormuz, qui concentre environ 35% du commerce mondial de brut par navire, ont provoqué le plus important choc d’approvisionnement pétrolier jamais enregistré, avec une réduction initiale de l’offre de quelque 10 millions de barils par jour. Même après avoir reflué depuis leur récent pic, les cours du Brent restaient supérieurs à la mi-avril de plus de 50% à leur niveau du début de l’année. Le baril

Les prix de l’énergie et de l’alimentation devraient rester élevés jusqu’à la fin de 2024

Les prix de l’énergie et de l’alimentation devraient rester élevés jusqu’à la fin de 2024

Les tensions sur les prix de l’énergie et de l’alimentation dues à la guerre en Ukraine pourraient durer plusieurs années, prévient la Banque mondiale dans la dernière édition de son rapport « Commodity Markets Outlook ». Dans ce document, publié mardi 26 avril, l’institution financière internationale estime que  les prix vont se maintenir à des niveaux historiquement élevés jusqu’à la fin de 2024. Les prix de l’énergie vont probablement grimper de plus de 50% en 2022 avant de baisser en 2023 et 2024, indique la Banque mondiale expliquant que la guerre en Ukraine a provoqué un choc majeur sur les marchés des produits de base et modifié la physionomie des échanges, de la production et de la consommation dans le monde. S’agissant des biens non énergétiques, notamment les produits agricoles et les métaux, l’institution spécialisée des Nations unies estime qu’ils devraient augmenter de près de 20% en 2022, puis diminuer également au cours des années suivantes. L’organisation internationale relève en revanche que « les prix des produits de base devraient rester bien supérieurs à la moyenne des cinq dernières années et, en cas de guerre prolongée ou de nouvelles sanctions contre la Russie, ils pourraient devenir encore plus élevés et plus volatils que ce qui est actuellement prévu ». Parallèlement, et en raison des perturbations du commerce et de la production consécutives à la guerre, le cours du pétrole brut (Brent) devrait de son côté atteindre une moyenne de 100 dollars le baril en 2022, soulignent les auteurs dudit rapport précisant qu’il correspondra dans ce cas à son plus haut niveau depuis 2013 et à une augmentation de plus de 40% par rapport à 2021. Dans son rapport, la Banque mondiale assure toutefois qu’« il devrait baisser à 92 dollars en 2023, ce qui sera bien au-dessus de la moyenne sur cinq ans de 60 dollars le baril ». Selon les prévisions de l’institution de Bretton Woods, l’analyse de la situation tend à montrer que « les cours du gaz naturel (européen) devraient être deux fois plus élevés en 2022 qu’en 2021, tandis que les prix du charbon devraient être 80% plus élevés, soit des sommets historiques dans les deux cas ». Il est à noter que les cours du blé devraient au cours de cette même période  augmenter de plus de 40% et atteindre un niveau record en valeur nominale cette année. Ainsi que le craint la Banque mondiale, une telle hausse « pénalisera les économies en développement qui dépendent des importations de blé, notamment en provenance de Russie et d’Ukraine ». Quant aux prix des métaux, ils devraient de leur côté progresser de 16% en 2022 avant de s’atténuer en 2023, mais en se maintenant à des niveaux élevés, explique l’institution. Comme le craignaient bon nombre d’économistes et de conjoncturistes, tout porte à croire que la hausse des prix de l’énergie au cours des deux dernières années a été la plus importante depuis la crise pétrolière de 1973. Aussi, selon les analystes de la Banque mondiale, celle des matières premières alimentaires – dont la Russie et l’Ukraine sont de grands producteurs – et des engrais, dont la production dépend du gaz naturel, n’a jamais été aussi forte depuis 2008. Pour Indermit Gill, vice-président de la Banque mondiale pour le pôle Croissance équitable, finances et institutions, il ne fait aucun doute que « globalement, il s’agit du plus grand choc sur les produits de base que nous ayons connu depuis les années 70 ». Cité dans un communiqué de l’institution financière, ce dernier fait un constat : «Comme c’était le cas à l’époque, ce choc est aggravé par une recrudescence des restrictions au commerce des denrées alimentaires, du carburant et des engrais ». Parce que ces phénomènes ont commencé à faire planer le spectre de la stagflation, Indermit Gill estime que « les décideurs politiques devraient saisir toutes les occasions de stimuler la croissance économique au niveau national et éviter toute action néfaste pour l’économie mondiale. » Car, comme le craint Ayhan Kose, directeur de la division Perspectives de la Banque mondiale, qui produit le rapport, « la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie a un coût humain et économique considérable et risque de freiner les progrès en matière de réduction de la pauvreté ». Il y a vraiment de quoi s’inquiéter d’autant plus que « cette augmentation des prix des matières premières exacerbe les pressions inflationnistes déjà élevées partout dans le monde », rappelle-t-il. Les marchés des produits de base étant soumis à une pression énorme, « cela aura des répercussions durables », indique pour sa part John Baffes, économiste senior au sein de la division Perspectives de la Banque mondiale. Selon lui, « la forte hausse des prix des intrants tels que l’énergie et les engrais pourrait provoquer une baisse de la production alimentaire, notamment dans les économies en développement. L’utilisation réduite d’intrants pèsera sur la production et la qualité des aliments, ce qui affectera les disponibilités alimentaires, les revenus des populations rurales et les moyens de subsistance des pauvres. » Alain Bouithy