Une ascension longue, inégale et incertaine

Une ascension longue, inégale et incertaine

TRIBUNE. La pandémie de COVID-19 a déjà fait plus d’un million de morts, et la tragédie se poursuit. Le monde entier apprend à vivre avec ce virus, ce qui représente un défi sans équivalent. Grâce à l’assouplissement des mesures de confinement et à la mise en œuvre rapide de mesures de soutien à l’activité, à une échelle sans précédent, par les banques centrales et les pouvoirs publics dans le monde entier, l’économie mondiale se relève après s’être effondrée durant le premier semestre de cette année. L’emploi connaît un rebond partiel après avoir lourdement chuté au plus fort de la crise. Cependant, la crise est loin d’être derrière nous. Les chiffres de l’emploi restent bien en deçà de leur niveau d’avant la pandémie, et le marché du travail s’est davantage polarisé : ce sont en effet les travailleurs à faible revenu, les jeunes et les femmes qui sont le plus durement touchés. Les pauvres le sont de plus en plus : près de 90 millions de personnes devraient se retrouver cette année dans une situation de dénuement extrême. Remonter la pente prendra sans doute du temps : l’ascension pourrait se révéler accidentée et pleine d’imprévus. Il est essentiel que les mesures de soutien budgétaire et monétaire ne soient pas abandonnées prématurément, dans la mesure du possible. Dans la dernière édition de nos Perspectives de l’économie mondiale, nous prévoyons toujours une grave récession en 2020. Le PIB mondial devrait se contracter de 4,4 %, une amélioration de 0,8 point de pourcentage par rapport à notre mise à jour du mois de juin. Une légère amélioration des chiffres du second trimestre et des signes d’une reprise plus vigoureuse au troisième trimestre expliquent cette révision à la hausse, qui est tout de même partiellement compensée par des révisions à la baisse dans certains pays émergents et pays en développement. D’après nos prévisions, la croissance en 2021 devrait rebondir pour atteindre 5,2 %, soit 0,2 % point de pourcentage de moins que ce que nous avions prévu en juin. Même en 2021, la production devrait rester inférieure aux chiffres de 2019, aussi bien dans les pays avancés que dans les pays émergents et dans les pays en développement, à l’exception de la Chine, dont la production devrait augmenter cette année par rapport à 2019. Les pays plus tributaires des services fortement axés sur les contacts interpersonnels et les pays exportateurs de pétrole connaissent un redressement plus timide de leur activité que les pays à dominante manufacturière. La pandémie fait diverger les perspectives de revenu des pays avancés d’une part, et celles des pays émergents et des pays en développement d’autre part ; d’après nos prévisions, cette divergence devrait s’accentuer. Nous avons revu nos prévisions à la hausse pour les pays avancés, qui devraient voir leur PIB se contracter de 5,8 % en 2020, avant un rebond à 3,9 % en 2021. En revanche, nous avons revu nos prévisions à la baisse pour les pays émergents et les pays en développement (hors Chine), qui devraient voir leur PIB se contracter de 5,7 % en 2020, avant de retrouver une croissance à 5 % en 2021. Il en résulte que la croissance cumulée du revenu par habitant dans les pays émergents et dans les pays en développement (hors Chine) pour la période 2020-21 devrait être inférieure à celle des pays avancés. Il est probable que cette crise laissera des séquelles à moyen-long terme : en effet, les marchés du travail mettent du temps à se rétablir, l’incertitude et les problèmes de bilans freinent les investissements, et la perte d’apprentissage scolaire déprécie le capital humain. Après son rebond prévu en 2021, la croissance mondiale devrait progressivement ralentir pour s’établir autour de 3,5 % à moyen terme. Les pertes de production cumulées par rapport à la trajectoire prévue avant la pandémie devraient passer de 11 000 milliards de dollars entre 2020 et 2021 à 28 000 milliards entre 2020 et 2025. Cette évolution marque un sérieux revers pour l’amélioration du niveau de vie moyen dans tous les groupes de pays. Les perspectives demeurent extrêmement incertaines, et les prévisions pourraient être révisées à la hausse comme à la baisse. La résurgence du virus entraîne le retour à des mesures de confinement localisées. Si cette tendance s’aggrave et que les perspectives de traitements et de vaccins s’éloignent, l’activité économique paiera un lourd tribut, qui pourrait être encore alourdi par de graves perturbations sur les marchés. La multiplication des restrictions au commerce et aux investissements, dans un contexte géopolitique de plus en plus incertain, pourrait enrayer le redressement de l’activité.  À l’inverse, le tableau économique pourrait nettement s’éclaircir si des tests, des traitements et des vaccins devenaient disponibles sous peu dans un grand nombre de pays ; la mise en place rapide et généralisée de mesures de relance économique pourrait également jouer un rôle positif. Les mesures massives de soutien budgétaire au niveau mondial (près de 12 000 milliards de dollars) et les considérables réductions de taux, injections de liquidités et achats d’actifs par les banques centrales ont permis de sauver des vies, de préserver des moyens d’existence, et d’éviter une catastrophe financière. Il faut intervenir davantage Il reste beaucoup à faire pour redresser durablement l’activité. Premièrement, il faut accroître la collaboration internationale pour mettre fin à la crise sanitaire. La mise au point de tests, de traitements et de vaccins enregistre des progrès spectaculaires, mais la production et la distribution à grande échelle dans toutes les régions du monde ne seront possibles qu’à condition que les pays coopèrent étroitement dans ce domaine. D’après nos estimations, si des solutions médicales devenaient disponibles plus rapidement et à plus grande échelle que dans notre scénario de référence, les revenus mondiaux pourraient augmenter cumulativement de près de 9 000 milliards de dollars d’ici la fin 2025, ce qui augmenterait les revenus dans tous les pays et limiterait la divergence des perspectives de revenus entre les différents groupes de pays. Deuxièmement, dans la mesure du possible, il faut tout faire pour limiter les dégâts économiques

​L’impact massif du Covid-19 sur le tourisme pourrait réduire le PIB mondial de 1,5% à 2,8%

​L’impact massif du Covid-19 sur le tourisme pourrait réduire le PIB mondial de 1,5% à 2,8%

Il est désormais admis que le tourisme a été parmi les secteurs les plus durement touchés par la pandémie de coronavirus (Covid-19) et qu’aucun pays au monde n’a été épargné par cette crise d’une ampleur et d’une portée sans précédent. En l’espace de cinq mois, « entre janvier et mai, la baisse soudaine et rapide des arrivées de touristes a coûté environ 320 milliards de dollars. C’est trois fois plus important que l’impact de la grande récession de 2007-2009 sur notre secteur – et ceci uniquement pour les cinq premiers mois de l’année », a annoncé la semaine dernière Zurab Pololikashvili, le Secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). L’impact de la crise sur ce secteur capital pour l’économie mondiale est tel que « pas moins de 100 millions d’emplois directs dans le secteur du tourisme sont menacés et que la chute massive des recettes d’exportation du tourisme pourrait réduire le PIB mondial jusqu’à 2,8% », a averti le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. En effet, selon les prévisions des analystes de l’OMT, les arrivées de touristes internationaux pourraient chuter de 58% à 78% cette année, ce qui mettrait en péril jusqu’à cent millions d’emplois directs dans le secteur du tourisme. L’impact massif sur le tourisme international et national aura des répercussions plus larges et pourrait réduire le produit intérieur brut mondial de 1,5% à 2,8%, poursuit l’organisation. Tandis que le recul des dépenses touristiques pourrait se situer entre 910 et 1.200 milliards de dollars. Considérés comme étant les groupes les plus représentés dans le secteur touristique, de même que les travailleurs de l’économie informelle, l’agence onusienne souligne que les plus menacés sont les femmes et les jeunes de 15 à 24 ans. Selon toujours les mêmes prévisions, les flux mondiaux d’investissements étrangers directs pourraient diminuer de 40% en 2020. Une situation que devraient connaître également les pays développés. Considéré comme l’un des secteurs économiques les plus importants du monde, le tourisme fournit «des moyens de subsistance à des centaines de millions d’autres personnes», tout en «stimulant les économies et en permettant aux pays de prospérer», a rappelé Antonio Guterres dans une note d’orientation traitant des effets de la pandémie sur le secteur du tourisme intitulée «Tourisme et Covid-19». Le secteur touristique permet, en même temps, «aux gens de découvrir certaines des richesses culturelles et naturelles du monde et de se rapprocher les uns des autres, mettant en évidence notre humanité commune », a-t-il poursuivi dans sa note de synthèse qui expose les répercussions probables de la pandémie sur le tourisme mondial et ce que cela pourrait signifier pour l’emploi, les moyens de subsistance et le développement économique. Comme l’a relevé l’OMT dans un communiqué, ledit document donne dans le même temps un aperçu du rôle du tourisme dans la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD), s’agissant notamment de l’égalité des sexes, de l’intégration et de la préservation du patrimoine naturel et culturel. Il présente également des exemples de mesures prises par les gouvernements pour soutenir les emplois dans le secteur du tourisme, préserver la biodiversité et la culture et relancer le tourisme en toute sécurité. Il est à souligner qu’en dépit des prévisions on ne peut plus inquiétantes, Zurab Pololikashvili affirme que «le redémarrage en toute sécurité du tourisme est possible». Ainsi, dans sa note de synthèse, basée sur les dernières données livrées par l’OMT, avec des contributions de diverses institutions dont l’OACI, l’OIT, l’OMI, le Centre du commerce international, CNUCED, le PNUD, l’UNESCO, l’OMS et l’OMC, le Secrétaire général de l’ONU fait des recommandations à l’intention des décideurs politiques axées sur le rôle de l’innovation, de la numérisation, de la collaboration et de la durabilité. Il s’agit de cinq domaines prioritaires clés identifiés par l’OMT «pour que le tourisme revienne et favorise une reprise plus large». Des propositions que les gouvernements et le secteur privé ont le devoir de mettre en action, souligne-t-on sur le site officiel de l’organisation. Pour faire redémarrer le tourisme, Antonio Guterres propose concrètement d’atténuer les impacts socioéconomiques préjudiciables aux moyens de subsistance, en particulier pour ce qui est de l’emploi des femmes et de la sécurité économique. Il estime aussi important de stimuler la compétitivité et renforcer la résilience, notamment par la diversification, avec la promotion du tourisme national et régional lorsque cela est possible, et par la facilitation d’un environnement commercial propice pour les MPME. Autre proposition : faire progresser l’innovation et la transformation numérique dans le secteur du tourisme, notamment par la promotion de l’innovation et l’investissement dans les compétences numériques, en particulier pour les travailleurs temporairement sans emploi et pour les demandeurs d’emploi. Selon le Secrétaire général des Nations unies, le redémarrage exige aussi de favoriser la durabilité et la croissance verte pour réussir la transition vers un secteur du tourisme résilient, compétitif, économe en ressources et neutre en carbone. Enfin, selon lui, il va falloir également promouvoir la coordination et les partenariats pour redémarrer et conduire le secteur vers la réalisation des ODD, en veillant à ce que le redémarrage et la reprise du tourisme mettent les gens au premier plan et en travaillant ensemble pour alléger et lever les restrictions de voyage de manière responsable et coordonnée. Alain Bouithy

Le tertiaire génère plus des deux tiers du PIB mondial

Le tertiaire génère plus des deux tiers du PIB mondial

La réforme des échanges de services peut renforcer les chaînes de valeur mondiales et les performances économiques et profiter largement aux consommateurs du monde entier, a indiqué l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans un nouveau rapport intitulé « Services trade policies and the global economy ». Selon l’organisation internationale d’études économiques, la réforme des échanges de services peut renforcer les chaînes de valeur mondiales et les performances économiques et profiter largement aux consommateurs du monde entier. « L’amélioration des politiques commerciales en matière de services peut stimuler la croissance inclusive de l’économie en favorisant l’accès à l’information, aux compétences, à la technologie, aux financements et aux marchés, qui sont la clé du succès d’une économie mondiale où le numérique occupe une place grandissante, a expliqué l’OCDE. Du nouveau rapport, il ressort que les services génèrent plus des deux tiers du produit intérieur brut (PIB) mondial, emploient la plus grande partie des travailleurs et créent la plupart des nouveaux emplois dans le monde. Le document a toutefois précisé qu’ils restaient soumis à des restrictions des échanges dans des secteurs comme les télécommunications, les services financiers, les transports, la logistique et les services professionnels. Globalement, l’OCDE a estimé que les coûts des obstacles aux échanges et à l’investissement dans les secteurs de services demeuraient élevés. A ce propos, des analyses récentes de l’organisation ont indiqué qu’ils dépassaient largement les droits de douane moyens sur les produits échangés. «Les consommateurs et les entreprises assument le coût de ces restrictions qui peut être chiffré comme s’il s’agissait d’une taxe sur les ventes », a noté l’organisation. Evoqant le cas des secteurs comme les transports, la logistique et la construction, l’organisation a fait observer que « la majoration des prix qui en résulte est estimée à 20% en moyenne, mais atteint près de 80 % dans certains pays, imposant ainsi des coûts supplémentaires considérables aux entreprises manufacturières et en définitive aux consommateurs ». Et de souligner que les formalités administratives à remplir sur les marchés de services induisaient souvent des coûts supplémentaires pour les exportateurs qui cherchent à entrer sur plusieurs marchés – on estime à 40 % environ l’équivalent tarifaire ad valorem des différences de réglementation. Selon l’OCDE, les PME seraient les premières à bénéficier de l’ouverture des marchés de services. « Bien souvent, les PME pensent qu’il est au-delà de leurs capacités de recenser les exigences réglementaires de chaque pays, d’adapter leurs méthodes de production et de réunir les documents attestant de leur mise en conformité. La réduction des coûts d’entrée sur le marché contribuerait à améliorer l’inclusivité des échanges de services en permettant à davantage de PME de saisir les opportunités qui se présentent à l’échelle mondiale », peut-on lire. « La réforme des politiques et des échanges de services peut doper les PME, réduire les coûts des échanges, renforcer l’économie numérique et contribuer à ce que la mondialisation profite à tous », a soutenu le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, notant que « l’accès aux chaînes de valeur mondiales passe par des marchés de services ouverts et bien réglementés ». Au final, le rapport fait une série de recommandations. L’organisation propose notamment aux pays de procéder à des réformes coordonnées des politiques relatives aux échanges de services et des réglementations. Ces réformes consistes à réduire les restrictions touchant l’entrée sur le marché et la circulation des professionnels, qui créent une discrimination à l’encontre des prestataires de services étrangers ; adopter des réformes stratégiques dans tout le spectre des politiques d’échanges, d’investissement et de concurrence afin de faciliter les échanges de services ainsi que cibler les obstacles présents dans les secteurs des transports et de la logistique pour réduire les coûts des échanges.