Des photographies des œuvres des bâtisseurs italiens de Casablanca exposées pour la mémoire commune au théâtre Italia

Dans une approche exclusivement patrimoniale et culturelle visant à reconnaitre la richesse architecturale La cour mitoyenne du Théâtre Italia, situé au sein du Consulat général d’Italie de Casablanca, a récemment accueilli une exposition riche d’enseignements intitulée « Les bâtisseurs italiens de Casablanca : héritage, modernité et inclusion ». L’exposition, organisée par le Consulat général d’Italie de Casablanca, l’Agence italienne pour le commerce extérieur (ITA) et la Dante Alighieri de Casablanca, en collaboration avec l’Association CasaMémoire et le Conseil national de l’Ordre des architectes – Conseil régional du Centre, a rassemblé de nombreux architectes, enseignants, écrivains, artistes, universitaires, chercheurs ainsi qu’un large public curieux de découvrir des photographies mettant en lumière les réalisations d’architectes et entrepreneurs italiens à Casablanca témoignant du géni et savoir-faire de leurs auteurs. S’inscrivant dans le cadre de la 9ème « Journée du design italien » (Italian Design Day, IDD) et des 14èmes « Journées du Patrimoine de Casablanca », l’événement a commémoré « la contribution architecturale des Italiens à la construction de la nouvelle ville de Casablanca, qui a commencé au début du XXe siècle et s’est poursuivie sur plusieurs décennies », comme l’a déclaré, à cette occasion, la présidente de la Dante Alighieri de Casablanca, Dr Marina Sganga Menjour. Une exposition pour la mémoire commune Cette exposition «rend hommage à la contribution des constructeurs italiens à la ville de Casablanca, tout en adoptant une lecture historique, critique et patrimoniale de leur œuvre », pouvait-on lire sur une des notes au public accompagnant cet événement. Des villas, des écoles, des garages, des cinémas, des immeubles résidentiels, des édifices publics ou privés ainsi que des équipements communautaires construits par des italiens font aujourd’hui partie intégrante du paysage urbain, bien souvent sans que l’on connaisse leur origine, soulignait-on. En effet, bien que ces bâtiments ornent encore aujourd’hui la capitale économique, force est de constater que certains « ont été quelque peu oubliés ou simplement dilués dans l’histoire globale de la ville », a fait remarquer Mme Marina Sganga Menjour. Pourtant, « il y a près d’un demi-siècle, on parlait encore beaucoup de la transformation de la ville grâce aux architectes, ingénieurs et entrepreneurs italiens », se souvient la présidente de l’association culturelle italienne, qui a eu le privilège de connaitre personnellement certains d’entre eux parmi lesquels Raffaele Moretti et Domenico Basciano (qui a été, par ailleurs le premier président de la Dante Alighieri en 1951). Entre héritage, modernité et inclusion « Cette année, dans le cadre de l’Italian Design Day, nous avons choisi de braquer les projecteurs sur l’architecture en liant cet événement à la célébration des Journées du patrimoine à Casablanca », a pour sa part confié Francesco Pagnini, directeur de l’agence italienne pour le commerce extérieur (ITA). «L’Ordre des architectes entretient des relations très profondes avec le Consulat général et l’ambassade d’Italie qui manifestent un grand intérêt pour l’architecture. Cela fait 10 ans que nous travaillons ensemble dans le cadre d’une collaboration qui repose sur des bases solides, des hommes et des femmes sincères et sérieux, avec une certaine rigueur et œuvrant pour l’intérêt de nos deux pays, le Maroc et l’Italie », a de son côté déclaré Sbai Mohamed Karim, président du Conseil national de l’ordre des architectes – Conseil régional du centre. « Nos artisans ont beaucoup appris aux côtés de ceux qu’on appelait à l’époque les maîtres façadiers, les ferronniers ou encore les staffeurs. Et, grâce à des associations comme Casamémoire, je reste très optimiste quant à l’avenir du patrimoine à Casablanca », a-t-il conclu. Karim Rouissi, président de l’Association Casamémoire, a déclaré qu’« à travers les journées du patrimoine, ce qu’on célèbre par-dessus tout c’est notre patrimoine commun », soulignant que ce qui s’est joué à Casablanca est très particulier. « C’est une ville, qui tout au long du XXe siècle, a connu des influences multiples. Des Européens sont venus avec leur savoir, qui s’est métissé avec les compétences locales pour donner une architecture particulière », a-t-il ajouté. Aussi, « grâce à ce brassage et à ces échanges communs, retrouve-on dans des façades à Casablanca, à Tunis et plus généralement des villes du Maghreb des variations et particularités de l’Art Déco », a-t-il poursuivi. A souligner la remise à Casamémoire d’un précieux présent offert par les petits-fils de Joseph-Paul Battaglia. « Nous tenions absolument à remettre ce qui constitue l’œuvre de la vie de notre grand-père, dans laquelle il a résumé ce qui était pour lui le plus important. Ce livre est à la fois simple, mais très intéressant. A la fois simple et très riche, ce livre est structuré en trois parties. La première rassemble tous les hommages des architectes avec lesquels il a travaillé, et tous insistent sur deux points : sa compétence et son honnêteté ainsi que l’exigence de qualité dans son travail qu’ils ne retrouvaient pas ailleurs », ont-ils déclaré. Et d’ajouter: ce qui est très touchant dans cet ouvrage, « ce sont les dernières pages où figurent des photos de son équipe. Cela montre qu’il savait apprécier le travail collectif, parce que lui-même a été maçon. Mon grand-père a réussi par le travail, l’honnêteté, la droiture et le respect. C’est un message que nous devons transmettre à notre tour ». Signalons que ce présent a été remis au doyen de l’association Casamémoire qui a salué un « trésor inestimable qui, inchallah, trouvera sa place dans un musée et servira aux générations futures ». A noter que l’exposition a été suivie d’une conférence sur « Le legs des architectes et des constructeurs italiens à Casablanca : patrimoine et inclusion ». Préparée en collaboration avec CasaMémoire et l’Ordre des architectes Conseil du Centre, elle a été animée par Patrizia Ingallina (architecte et urbaniste de l’Etat), Ezio Godoli (professeur d’histoire de l’architecture à l’université de Florence), Romeo Carabelli (ingénieur de recherche et vice-président du Comité scientifique international sur le patrimoine bâti partagé), Raffaele Moretti (architecte) et figure marquante dans l’architecture au Maroc) et Abderrahim Kassou (architecte, urbaniste, anthropologue et spécialiste du patrimoine du XXe siècle). A travers cette conférence, consacrée à l’architecture et au legs architectural des Italiens au Maroc, « nous espérons que le public a saisi le message et compris que le patrimoine est
Gérard Rancinan : « J’essaie d’être le plus photographe possible dans une époque où tout se monte et se trafique »

ARTS. Jusqu’au 25 février courant, des œuvres grandioses et exceptionnelles de l’artiste photographe international Gérard Rancinan sont accrochées aux cimaises de la galerie So Art à Casablanca. Des œuvres qui ont été exposées dans les plus grands musées du monde, dont le Musée d’art Contemporain de Shanghai, le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain de Rabat, la Triennale de Milan, le Palais de Tokyo, rappelle la galerie qui célèbre cette année sa première décennie. PAGESAFRIK/Libé: La galerie So Art présente vos œuvres sous le signe « Métamorphoses ». Quel message souhaitiez-vous faire passer en l’intitulant ainsi ? Gérard Rancinan : Avec « Métamorphoses », je veux dire que tout se recommence et que l’artiste n’est pas là pour refaire le monde, réinventer la roue. Il s’appuie toujours sur les autres artistes, ceux qui ont avant lui été les témoins de leur propre époque. Je veux dire par là que lorsqu’on parle d’Eugène Delacroix, Théodore Géricault, des artistes de la Renaissance ou des gens qui ont laissé des traces dans les grottes préhistoriques, on voit bien qu’ils ont tout écrit et que nous, nous recommençons en permanence. On ne change que le message intérieur. En reprenant « Le Radeau de La Méduse » de Géricault, par exemple, j’ai mis des migrants à la place des naufragés qui, au péril de leur vie, sont prêts à aller se noyer et disparaitre pour quelques lumières, fringues, espoirs ou désespoirs. En fait, je m’inspire de ce tableau par modestie et humilité, parce qu’on doit rester des gens modestes, humbles et savoir que tout a été fait avant. « Une photo qui ne donne pas de sens ne m’intéresse pas » Gérard Rancinan Vous apportez tout de même une touche personnelle à ces œuvres ! Qu’est-ce qui vous intéresse particulièrement dans vos projets ? D’abord, je suis le photographe. Cela veut dire que je fais de véritables photographies et pas des montages. Tout le monde est dans un studio, on met 3 ou 4 mois pour préparer la photographie et après on réunit les gens, on met les lumières, on fabrique ce radeau, la mer est en plastique et puis on met le ventilateur pour que les voiles se gonflent. Les modèles on les choisit avant de faire une photographie. Ma spécificité, c’est d’essayer d’être le plus photographe possible dans une époque où tout se monte ou se trafique. Cet exercice est-il aussi facile que vous le décriviez ? Non, c’est un exercice difficile qui coûte très cher et nous engage. C’est une responsabilité. Cela dit, je ne suis pas tout seul dans mon studio, j’ai toute une équipe qui travaille avec moi. Ce n’est pas évident. Vos photographies dépeignent des familles, des fruits et divers paysages. En général, que souhaitiez-vous mettre en valeur en premier ? Le genre humain, l’humanisme, la fragilité de l’homme. Que l’on comprenne que ces images sont en fait des petits brins de mémoire d’une humanité qui est passée, qui s’en va et qu’on oubliera ou n’oubliera pas. C’est ce que je veux dire à travers ces photos avec ces artistes magnifiques et prétentieux, ces gens portant des masques de Batman parce qu’ils veulent sauver le monde dans ces pays riches, alors qu’ils vivent dans leurs châteaux, font de la finance et ne sauvent en fin de compte qu’eux-mêmes. Vos propos sont très empreints de modestie lorsque que l’on évoque vos œuvres photographiques… Ce n’est pas une fausse modestie, c’est une humilité… Pourquoi alors autant d’humilité face à des œuvres photographiques aussi grandioses et exceptionnelles ? Parce que, quand j’étais apprenti-photographe, à l’âge de 15 ans, à l’entrée du studio, il y avait été affiché : tu ne vaux que ce que vaut ta dernière photo. Quand bien même j’ai réalisé tout cela, que je suis devenu quelqu’un d’autre et ai avancé, est-ce qu’aujourd’hui je suis capable de le refaire ou de faire quelque chose d’autre ? Donc je laisse ça à cet homme-là qui l’a fait, qui a conquis le marché, qui a vieilli, qui se met des lunettes noires et une casquette pour paraitre plus jeune (rire). Quelle est l’idée qui vous vient en premier lorsque vous décidez de produire une photographie ? C’est de savoir que ce n’est pas une bonne idée. Parce que la bonne idée, c’est dangereux, c’est pour les publicitaires et c’est surtout qu’il y a du sens à ce que je fais. Je veux dire qu’on réfléchit en permanence avec Caroline Gaudriault, l’auteur écrivain qui travaille avec moi depuis 25 ans, sur quoi on veut parler ? Pourquoi on fait cette photo ? Je ne parle pas de portraits d’artistes qui sont un peu particuliers. Mais, pour revenir à ce que je disais sur Batman, cette photo est amusante, mais derrière il y a quelque chose. Ce qui est important ce n’est pas de faire de jolies photos. Parce que des photographes qui font de jolies photos il y en a des centaines et des milliers dans le monde. Ici, au Maroc, il y en a d’extraordinaires. Le problème n’est donc pas là. Pour moi, la photo est un support. Ce qui compte, c’est ce qu’elle veut dire, raconte et l’émotion qu’elle laisse aux gens. La photographie qui ne donne pas de sens ne m’intéresse pas. Vous avez commencé la photographie très jeune. Aujourd’hui, estimez-vous avoir atteint les objectifs que vous vous étiez fixés à vos débuts ? D’une part oui, d’autre part je n’ai pas envie que ça s’arrête. Et donc, je suis toujours à la recherche d’une évolution, d’un travail et de nouveaux territoires. Je veux rester curieux. Parce que ce qui m’a toujours tenu dans ma vie et dans mon métier, c’est la curiosité d’aller visiter des contrées, des paysages, des personnages nouveaux ; aller voir des peintres, des personnalités, de grands personnages et créer de nouveaux tableaux. Un projet ? On travaille sur un nouveau projet, avec Caroline, qui s’appelle « Traces » et qui va essayer de raconter nos traces actuelles qui s’inscrivent dans les pas de mon ancien. Pour conclure, peut-on dire que le Maroc