Gabon/Passeport diplomatique d’Ali Bongo : entre mensonge d’État et dénis de droit – une honte républicaine

HAUT ET FORT. Une information circule depuis quelques jours sur les réseaux sociaux gabonais et gagne en intensité depuis lors : Ali Bongo Ondimba aurait reçu son passeport diplomatique d’ancien chef d’État. Cette information est reprise, amplifiée, mise en scène, au point de donner l’illusion d’un fait acquis, d’une normalisation administrative, d’un geste institutionnel tardif mais salutaire. Certains allant même jusqu’à y voir un acte d’apaisement politique, une marque d’élégance républicaine. Cette présentation est doublement fausse. Elle est factuellement fausse et juridiquement trompeuse. À la suite de son propre fils, Nourredin Bongo Valentin, qui l’a publiquement démenti, je démens à mon tour fermement cette information, d’autant mieux que je suis actuellement aux côtés d’Ali Bongo Ondimba, en séance de travail en France sur le dossier du Parti Démocratique Gabonais. Je sais donc de source directe et certaine que le Président Ali Bongo Ondimba n’a pas reçu de passeport diplomatique. Le mensonge est donc triplement établi : par la réalité des faits, par le témoignage de la famille elle-même, et par son entourage proche. Mais je n’entends pas m’en tenir à ce seul démenti. Car ce qui est en jeu ici est bien plus grave qu’une simple fake news. Ce qui est en jeu, c’est l’indignité dans laquelle le régime de transition maintient délibérément le premier ancien président vivant de l’histoire du Gabon, et la manipulation cynique d’un document administratif qui aurait dû lui être remis il y a plus de trente mois. I. UN FAUX GROSSIER, UNE TRIPLE VIOLATION DU DROIT, ET LE SILENCE COMPLICE DU RÉGIME Commençons par établir ce que ce document est réellement. Ce passeport qui circule sur les réseaux sociaux est, j’en suis convaincu, un faux grossier. Un faux qui expose publiquement les données personnelles d’Ali Bongo Ondimba – sa photographie, sa date de naissance, ses éléments d’état civil – sous le sceau supposé de la République gabonaise. Or, cette diffusion constitue, en droit gabonais positif et en vigueur, une triple violation que le régime se refuse obstinément à sanctionner, alors même qu’il en détient désormais tous les instruments légaux. En premier lieu, la loi n°025/2023 du 12 juillet 2023 relative à la protection des données à caractère personnel protège explicitement les données personnelles de tout citoyen gabonais, a fortiori celles d’un ancien chef d’État. La diffusion non consentie de la photographie, de la date de naissance et des éléments d’identification d’Ali Bongo Ondimba dans un document présenté comme officiel constitue une atteinte manifeste à cette protection. Le Président de la Commission nationale de protection des données à caractère personnel devrait se saisir d’office, de cette violation flagrante. Son silence est inexplicable. En deuxième lieu, l’Ordonnance n°0011/PR/2026 du 26 février 2026 portant réglementation de l’usage des réseaux sociaux, que le Président de la République a lui-même signée il y a à peine deux mois, est d’une clarté implacable. Son article 32 interdit expressément tout contenu imitant l’identité visuelle d’une institution étatique gabonaise à des fins de désinformation. La fabrication d’un faux passeport arborant les attributs visuels d’un document officiel de la République tombe précisément sous le coup de cette interdiction. Son article 52 punit quiconque usurpe l’identité d’un tiers via un réseau social pour porter atteinte à son honneur ou à sa considération. Ses articles 7 et 8 établissent par ailleurs la fameuse responsabilité solidaire de tout utilisateur ayant participé à l’amplification d’un contenu illicite – ce qui, en application de la nouvelle loi de ce régime, inclut chacun de ceux qui ont partagé ce document falsifié. En troisième lieu, l’Ordonnance n°0013/PR/2026 du même jour portant réorganisation de la Haute Autorité de la Communication lui confie, en son article 3 nouveau, la mission expresse de prévenir, détecter et sanctionner la désinformation. Elle lui ouvre, en ses articles 38 à 42, une procédure de référé numérique déclenchable d’office, permettant d’ordonner la suspension du contenu, son déréférencement ou la publication forcée d’un correctif. Pourquoi le Président de la HAC ne s’est-il pas saisi de cette affaire ? Pourquoi le Ministère Public n’a-t-il pas, de sa propre initiative, saisi le juge des référés pour ordonner le retrait de ce faux document circulant sous le sceau supposé de la République ? Pourquoi le gouvernement, dont plusieurs membres ont contresigné ces ordonnances, laisse-t-il prospérer en silence une désinformation qui engage la crédibilité de ses propres institutions ? La réponse tient en deux hypothèses, et deux seulement. Première hypothèse : le régime est à l’origine de cette information. Il aurait alors délibérément orchestré la diffusion d’un faux sous les couleurs de la République, s’attribuant un mérite fictif pour un acte qu’il n’a pas accompli. Ce serait là une manœuvre de communication non seulement méprisable, mais pénalement caractérisée au regard des textes qu’il a lui-même édictés. Deuxième hypothèse : le régime n’en est pas l’auteur. Dans ce cas, son inaction face à une désinformation massivement relayée par les réseaux sociaux et les médias en ligne notamment le rend complice de fait. Lorsqu’un mensonge est amplifié au vu et au d’un pouvoir et que ce pouvoir se tait, la conclusion s’impose : soit le régime en est l’auteur, soit il en est le complice. Dans un État de droit digne de ce nom, ni l’une ni l’autre de ces qualifications n’est acceptable. II. LE VRAI SCANDALE : PARTIR DU GABON AVEC UN SIMPLE PASSEPORT ORDINAIRE Ce qui rend cette situation proprement scandaleuse, ce n’est pas seulement le mensonge. C’est la réalité qu’il dissimule. Lorsqu’Ali Bongo Ondimba a quitté le territoire gabonais pour raisons de santé, après sa libération, le pouvoir en place dans notre pays ne lui a remis qu’un simple passeport ordinaire. Pas même un passeport de service. Pas un passeport diplomatique. Un passeport ordinaire, identique à celui délivré à tout citoyen gabonais lambda. Qu’on mesure bien l’abjection de cette situation : un homme qui a présidé aux destinées du Gabon pendant quatorze années, qui a représenté l’État gabonais sur la scène internationale, qui a signé des traités au nom de la République, qui a reçu des chefs d’État du monde entier,