Le passeport congolais, une denrée de plus en plus rare. Tout un chemin de croix pour l’obtenir.

Le passeport congolais, une denrée de plus en plus rare. Tout un chemin de croix pour l’obtenir.

PARLONS-EN. Document de circulation délivré à ses citoyens par un Etat, le passeport est une pièce d’identité permettant à son porteur de voyager à l’étranger. En République du Congo, comme certainement ailleurs, il est obligatoire pour ses ressortissants qui souhaitent voyager hors du pays, à l’exception des agents de l’État qui possèdent de, par leurs fonctions ou leurs statuts particuliers, des passeports de service ou des passeports diplomatiques. Cependant, pour les Congolais qui ne répondent pas aux critères d’obtention des passeports de service ou diplomatiques, l’acquisition d’un passeport ordinaire est devenue de plus en plus ardue. Une démarche longue et pénible. Véritable chemin de croix, aux sévères conséquences. Telle l’impossibilité pour les Congolais de se rendre à l’étranger pour des quêtes d’emploi, mieux rémunérés, y faire des études, ou y rejoindre des membres de leur famille. Même effectuer une visite, à caractère touristique, de courte durée, en dehors de son environnement habituel, devient une entrave pour des Congolais qui disposeraient des ressources pour s’y prêter. Face à des contextes devenues courantes au Congo, marquées par la limitation des opportunités économiques et professionnelles, l’exacerbation du chômage et de la pauvreté, l’indisponibilité du passeport finit par être considérée, à tort ou à raison, comme l’exutoire de la justification. Une posture constatée, notamment chez les jeunes diplômés, sans emploi. Egalement auprès des adultes qui, avec la frustration et la désillusion, voient leurs ambitions légitimes de réussite et de développement personnel bloquées. Or, le ralentissement de l’activité socio-économique du pays aggrave les problèmes existants. Il pousse les citoyens à chercher des solutions alternatives, souvent risquées et précaires. D’où la nécessité, pour les pouvoirs de prendre des mesures devant faciliter l’obtention du passeport et permettre aux citoyens de jouir de leur droit à la libre circulation. Un malheur ne venant pas seul, les difficultés d’accès au passeport ont cours au moment où sont signalées des détentions de ces documents par des non Congolais, aux aéroports étrangers. Parallèlement, l’on cite des cas de trafic de ces titres de transport, sujet devenu brûlant sur les réseaux sociaux. En effet, selon des informations récentes, un groupe de 12 Camerounais et 3 Congolais a été mis en cause, dans une affaire de trafic de faux passeports à Brazzaville. Plus grave, des citoyens, non congolais, auraient été arrêtés et détenus, dans des aéroports étrangers pour possession de faux passeports, ce qui pourrait ternir l’image du pays et créer des tensions diplomatiques. Par extension, le trafic de passeports pourrait faciliter l’entrée de personnes mal intentionnées sur le territoire national, ce qui représenterait une menace pour la sécurité publique. Il est, par ailleurs, souligné, que tous les micmacs dans lesquels baignent les passeports congolais pourraient également rendre plus difficile l’obtention de passeports pour les citoyens congolais qui en ont réellement besoin pour voyager à l’étranger. Des mesures sont à prendre pour endiguer le mal. Aussi est il necessaire que les autorités congolaises renforcent les contrôles pour empêcher la production et la circulation de faux passeports. Une coopération étroite avec les pays étrangers est essentielle aux fins de lutter contre ce phénomène et échanger des informations sur les réseaux de trafiquants. Est aussi utile de sensibiliser le public aux risques liés au trafic de passeports et aux conséquences de l’utilisation de faux documents. A regarder de près, le mal du passeport congolais est fondamentalement congolais. Il est profond et complexe. Malgré l’existence d’un texte officiel qui réglemente la délivrance des passeports, sa mise en œuvre est souvent entravée par des difficultés pratiques et des dysfonctionnements administratifs. Et la pénurie de passeports est l’un des principaux facteurs qui contribuent à la crise. Une pénurie qui crée un climat de suspicion et de méfiance parmi les demandeurs qui estiment que la délivrance des passeports est soumise à des critères subjectifs, à la corruption et au favoritisme. Les rumeurs de corruption et de particularisation des cercles du pouvoir alimentent la frustration et la colère des citoyens qui se sentent exclus du processus. L’application stricte du texte officiel qui réglemente la délivrance des passeports devrait faire office de loi. De même que l’augmentation de la production et de la disponibilité des passeports. Renforcer la transparence et l’équité dans le processus de délivrance des passeports . Lutter contre la corruption et les pratiques délictueuses, devenues coutumières, au sein des services du passeport. Ce n’est qu’au terme de ces dispositions que les autorités pourraient rétablir la confiance des citoyens dans le système de délivrance des passeports et garantir que ce document essentiel est accessible à tous ceux qui en ont besoin. Le siège actuel du service du passeport à la Préfecture de Brazzaville, au boulevard des armées, est problématique. C’est un espace restreint qui ne permet pas de gérer efficacement l’affluence quotidienne des demandeurs. La délocalisation du service dans un édifice propre et spacieux serait une solution appropriée pour améliorer les conditions de travail et la qualité du service rendu aux citoyens. Un édifice, avec cour et bancs publics, présente maints avantages. Réduire les files et les temps d’attente pour les demandeurs. Perfectionner leur sécurité et leur confort. Accroitre les effectifs des personnels, tout en améliorant leurs conditions de travail et l’éfficacité du service. Dans le cadre de la modernisation du service des passeports, peut être faudrait-il que les autorités examinent les quelques options, ici, proposées. Elles tiennent lieu de réformes. La délivrance des passeports devrait redevenir une action publique, propre, régulière, expurgée de la cohorte des désagréments et autres blocages actuels qui, de bout en bout, noircissent le service en charge de l’opération. C’est là un objectif immédiat. D’autant que l’état des choses est encore plus complexe pour les Congolais de l’étranger dont la demande de passeport transite par les Représentations diplomatiques congolaises. Après une première procédure à l’Ambassade, les documents sont ensuite transférés à Brazzaville. Le retour du passeport, à l’Ambassade, établi, en bonne et due forme, à Brazzaville, est tout un problème où pèse la durée d’acquisition définitive. Cette chaîne de transmission peut entraîner des retards et des problèmes de suivi. La durée d’acquisition définitive

RD Congo. Le passeport congolais à 99 USD…

RD Congo. Le passeport congolais à 99 USD…

TRIBUNE. Comme on peut le lire dans cet arrêté interministériel signé le 10 novembre 2020 par la ministre des Affaires étrangères, Marie Tumba Nzenza, et le ministre des Finances, Sele Yalaghuli, le nouveau prix du passeport biométrique est fixé à l’équivalent en franc congolais de 99 USD. Deux clauses du même arrêté interministériel sont intéressantes : Primo, les dispositions antérieures qui livraient le passeport à 185$ sont abrogées et le présent décret est entré en vigueur dès le 10 novembre 2020 dernier; Secundo, le délai d’attente pour la livraison du passeport biométrique est fixé à 7 jours pour les requérants se trouvant à Kinshasa et à 14 jours pour ceux des provinces et à 28 jours pour ceux de l’extérieur du pays. Le prochain combat du peuple congolais sera de rappeler à ses dirigeants l’exemple sud-africain où le passeport est valable pour 10 ans et coûte 22 $. En attendant cette secondé étape, voyons voir désormais dans les faits concrets la matérialisation de ce décret pour soulager enfin les congolaises et les congolais ! Par Germain Nzinga (Chercheur indépendant)