Comprendre la stratégie militaire de la Russie à l’aune de ses objectifs politiques

Comprendre la stratégie militaire de la Russie à l’aune de ses objectifs politiques

OPINION. Un mois après le début de son intervention en Ukraine, la Russie a annoncé qu’elle allait désormais concentrer ses forces sur le Donbass. Aussitôt l’annonce faite, les médias occidentaux et leurs experts se sont lancés dans leur exercice favori : prendre leurs fantasmes pour de la réalité, en établissant une corrélation entre la décision russe et la prétendue résistance héroïque des Ukrainiens. Sans sous-estimer la détermination de l’armée ukrainienne, il convient tout de même de relativiser les faits. Le stratège militaire prusse Carl Von Clausewitz (1780-1831), dans un essai de stratégie militaire qui a inspiré plusieurs grands dirigeants du monde occidental et oriental, a expliqué que la guerre est une continuation de la politique par d’autres moyens. « Nous voyons donc que la guerre n’est pas seulement un acte politique, mais un véritable instrument politique, une continuation des relations politiques, un accomplissement de celles-ci par d’autres moyens », écrit Clausewitz qui ajoute : « Ce qui demeure propre à la guerre relève purement de la nature singulière de ses moyens. » Bien que la stratégie militaire de la Russie en Ukraine reste floue et quoi qu’en disent les médias et experts occidentaux, une chose semble assez claire : on ne saurait dissocier la stratégie militaire russe des objectifs politiques poursuivis par Moscou en Ukraine. Et ces objectifs sont liés aux exigences posées par la Russie en décembre dernier dans un document soumis aux États-Unis. La suite, on la connaît. Ce qu’il faut comprendre ici, c’est que la Russie n’est pas en guerre contre l’Ukraine, mais bien contre les États-Unis qui instrumentalisent ce pays et ses valets européens à des fins géopolitiques. En outre, l’Ukraine n’est qu’un détail de ce « grand jeu » dans lequel les deux grandes puissances (USA-Russie) jouent leur partition. Sur le terrain, l’armée russe affronte une armée ukrainienne épaulée par les forces spéciales américaines et européennes. Bien que les Russes gagnent du terrain non sans difficulté, la tâche se révèle très problématique pour eux car certains segments de l’armée ukrainienne (notamment les unités composées d’extrémistes néonazis) se servent de la population civile comme boucliers. Reste que pour la Russie, l’objectif est et reste politique. Dans mon post du 1er février 2022, j’avais avancé deux scénarios au cas où les exigences de Moscou n’étaient respectées pas par Washington. Dans le premier, j’avais émis l’hypothèse d’une déstabilisation totale de l’Ukraine via les sécessionnistes du Donbass. Quand on analyse la stratégie militaire de la Russie, l’on se rend bien compte que c’est cette voie qui semble avoir été privilégiée, avec une tentation d’aller plus loin encore, quitte à faire sauter le régime de Kiev. Aujourd’hui, l’Ukraine n’est plus que l’ombre d’elle-même. Se infrastructures militaires ont été réduites en miettes. Quoi qu’en disent les Occidentaux, qui se perdent en divagations et explications tendancieuses sur la prétendue « guerre éclair » de l’armée russe qui se serait heurtée à la résistance des Ukrainiens, le fait est que l’Ukraine est déjà dans le coma économiquement, politiquement et militairement. Voilà pourquoi le président Volodymyr Zelenskyy veut à tout prix à discuter avec Vladimir Poutine pour mettre fin à la guerre. Voilà pourquoi l’armée russe a décidé de concentrer ses efforts sur le Donbass où se trouve le gros de l’armée ukrainienne. Il s’agit de la seconde phase de l’intervention qui pourrait aboutir à la désintégration de l’Ukraine. Du moins dans sa partie est. Un objectif politique qui semble s’être imposé à Vladimir Poutine face à la félonie et à l’arrogance des pays occidentaux, qui ne savent plus trop à quel saint se vouer, se contentant ainsi de multiplier les sanctions pour dissimuler l’impuissance de leur puissance… Par Patrick Mbeko