RDC. Messe en mémoire de Chérubin Okende : Ce qu’a dit le Cardinal Ambongo

RDC. Messe en mémoire de Chérubin Okende : Ce qu’a dit le Cardinal Ambongo

Mercredi 18 juillet, le cardinal Fridolin Ambongo a présidé une célébration eucharistique en mémoire de l’honorable Chérubin Okende dont le corps ensanglanté et sans vie a été retrouvé le 13 juillet dans sa jeep Toyota dans la commune de Kingabwa. L’homélie prononcée par l’archevêque de Kinshasa a été inspirée de deux textes bibliques : celui sur le meurtre d’Abel par son frère Cain ( Gen 4, 1-13) et celui sur l’Amour de l’ennemi (Mt 5, 20-22. 38-48) et s’articule principalement sur cinq points importants : 1. Sur le témoignage de la vie chrétienne de l’illustre défunt. Le célébrant principal a commencé par porter témoignage sur la vie spirituelle de celui qui a quitté la terre des hommes. Il a alors parlé d’une « disparition brusque et incompréhensible » d’un homme qui reconnaissait sa « petitesse devant Dieu », qui vivait au quotidien dans la crainte de Dieu et dans la pratique des sacrements et qui avait une « grande dévotion » pour la vierge Marie. Chérubin Okende fut un chrétien catholique convaincu et pratiquant qui consacrait la journée de mercredi de chaque semaine au jeûne et à la prière et qui a été « abattu d’une manière aussi ignominieuse que lâche ». La Messe célébrée en la mémoire de Cherubin Okende, citoyen congolais et chrétien catholique de l’archidiocèse de Kinshasa, a eu pour principal objectif de prier pour le repos de son âme et pour la paix en RDC qui va à la dérive. 2. Sur la violence endémique en RD Congo. “La violence, d’où qu’elle vienne est laide. Elle est d’une laideur repoussante car elle détruit la dignité de l’homme créé à l’image de Dieu. Et toute violence est rejetée par le cœur sacré du Christ car elle vient du démon” enseigne le prélat. Revenant sur la mort violente de Cherubin Okende, le cardinal considère cette mort non pas comme un fait isolé mais plutôt un événement inscrit dans un climat de terreur “planifiée” qui règne à Kinshasa et dans tout le pays. “Ces meurtres qu’on enregistre partout dans notre pays ne sont pas des actes spontanés, ils ont été réfléchis, planifiés et exécutés » Il dit s’inquiéter des « tournures nouvelles » de ces violences sur toute l’étendue du territoire national et, dans ce contexte, la mort de Chérubin Okende vient renforcer la psychose déjà ambiante. 3. Il réclame Justice pour Cherubin Okende Le cardinal a porté son regard sur cet événement tragique qui est arrivé sur la vie de ce digne fis du Congo et de l’Eglise et a choisi de commencer par des questionnements ci-après : – Pourquoi toute cette violence (…) dans le pays ? – Pourquoi cette montée de l’intolérance ? – Que gagne-t-on à vouloir mettre fin de manière crapuleuse à la vie de son frère, de sa sœur? – D’où vient cette banalisation de la vie humaine et le culte de la violence verbale et physique ? – Aurions-nous perdu, au Congo, le sens de l’humain en sacrifiant la dignité de la personne humaine sur l’autel de nos intérêts partisans? Puis il poursuit : “Cette dernière question, je me la pose depuis plusieurs années. Depuis quand la vie des Congolais ne comptent plus ? Depuis quand on peut tuer 2, 12, 22, 33, 44 ou 104 personnes dans l’Est de notre pays sans que ça ne choque plus personne dans le pays ? Qu’est-ce qui nous arrive ? Pourquoi cette annihilation morale collective ? Depuis quand on a cessé de s’émouvoir devant la mort d’un être humain? Depuis quand a-t-on commencé comme fait normal, les nouvelles récurrentes des meurtres, tueries, égorgements à travers le pays ? Pourquoi le pays ne s’arrête plus et ne pleure plus lorsqu’un Congolais est tué ? Revenant sur le meurtre de Cherubin Okende, le cardinal exige des « enquêtes justes, objectives et impartiales » pour que justice soit faite, pour que les responsabilités des uns et des autres soient établies, pour que le crime ne reste plus impuni au Congo et pour que la justice équitable génère un Congo nouveau où chaque congolais se sentira vivre en paix et en toute sécurité. 4. Un message poignant aux nombreux CAÏNS congolais Le cardinal s’est clairement adressé aux nombreux Cains congolais en ces termes : “A vous qui tuez nos frères et soeurs, sachez que vos actes ne resteront pas impunis…’Même si la justice humaine ne peut rien faire, celle de Dieu est incorruptible. Chacun recevra ce qui lui est dû ». Pour être plus clair sur ses propos, il répète: « À vous qui tuez ou exercez une certaine violence humaine, personne n’échappera à la justice de Dieu » Il exhorte au changement de cœur de ceux qui tuent par l’épée car comme il le disait dans son homélie du 14 juillet dernier, le jugement de Dieu sera inéluctable pour ceux qui promettent la mort aux autres. “Qu’ils n’oublient guère les 4 vérités dernières auxquelles aucun être humain n’échappe, à savoir la mort, le jugement dernier, le paradis ou l’enfer ». 5. Le cardinal en appelle à la responsabilité collective de tous les congolais. L’exhortation du cardinal est au final un appel à la conversion, à la pratique de la justice et à l’avènement de l’amour et de la paix en RD Congo. À cet effet, le cardinal convoque toutes les congolaises et tous les congolais à leur « devoir de responsabilité et de respect de la dignité humaine ». Car tellement de signaux actuels indiquent qu’au Congo la vie n’est plus sacrée. C’est devenu quelque chose de banal. Et pourtant a clamé le cardinal : « aucune communauté, aucune nation ne peut se construire sur le meurtre, sur l’assassinat, sur le mépris de la personne humaine et de la dignité de la personne humaine ». Avant de lancer cet avertissement: « Un pays qui ne respecte pas la dignité humaine va tout droit dans sa ruine. » Cette Messe a été l’occasion en or pour l’archevêque de Kinshasa de lancer un appel pressant aux congolais de ne pas