La tarification du carbone s’étend dans le monde

Transition énergétique et marchés carbone La tarification directe du carbone couvre désormais près d’un tiers des émissions mondiales, indique la Banque mondiale dans un nouveau rapport qui met en avant son ancrage progressif au cœur des politiques climatiques mondiales. «Un peu plus de 29% des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont désormais soumises à une tarification directe du carbone», estime l’institution internationale dans ce document qui recense 87 politiques de tarification du carbone en vigueur dans le monde, soit sept de plus par rapport à l’année dernière. Dans son rapport annuel intitulé «Etat et tendances de la tarification du carbone 2026 », l’organisation affirme que ce chiffre pourrait passer à un tiers environ si les instruments en cours d’élaboration sont mis en œuvre dans plusieurs grandes économies émergentes. D’après ledit document, publié cette semaine, les recettes publiques tirées de la tarification du carbone ont triplé au cours de la dernière décennie, passant de moins de 30 milliards de dollars en 2016 à plus de 107 milliards de dollars en 2025. L’étude révèle que toutes les grandes économies à revenu intermédiaire ont déjà instauré ou envisagent de mettre en place des instruments de tarification directe du carbone, à l’instar de l’Inde et du Vietmam où les évolutions les plus significatives ont été observées au cours de l’année écoulée. On y apprend également que les prix du carbone ont progressé de 7% depuis l’édition précédente et ont doublé au cours de la dernière décennie. Le prix moyen atteint désormais près de 21 dollars la tonne équivalent CO2 (tCO2e). Pour Paschal Donohoe, directeur général et directeur de la gestion des connaissances du Groupe de la Banque mondiale, «la tarification et les marchés du carbone peuvent jouer un rôle important en permettant aux pays de définir leur propre bouquet énergétique». D’après lui, «bien conçus, ils peuvent contribuer à stimuler l’efficacité et l’innovation, tout en mobilisant des ressources au service des priorités de développement». En ce qui concerne les marchés, le rapport de la Banque mondiale fait état d’une augmentation de 8% du volume total des crédits carbone émis dans le monde entre 2024 et 2025, précisant toutefois que les prix des crédits carbone ont accusé une légère baisse tout au long de l’année 2025. Toujours selon l’organisation, « les crédits générés par certains types de projets ont cependant continué de se négocier à des prix supérieurs ; cela concerne notamment les crédits utilisables par les compagnies aériennes internationales ainsi que ceux issus de projets de préservation des forêts et de reboisement bénéficiant d’une notation élevée ». Le rapport de la Banque mondiale sur l’état et les tendances de la tarification du carbone vise à dresser un panorama actualisé des instruments de tarification du carbone existants et émergents dans le monde, y compris les initiatives internationales, nationales et infranationales, rappelle l’institution en ajoutant qu’il identifie les principaux développements relatifs à toutes les formes de tarification directe du carbone. Ainsi, depuis plus de vingt ans, il « aide les décideurs politiques et le secteur privé à mieux comprendre l’évolution des marchés carbone et les perspectives qu’ils ouvrent », se réjouit Paschal Donohoe. Pour rappel, l’un des axes de soutien de la Banque mondiale aux pays dans la réalisation de leurs objectifs de développement porte sur l’élargissement de l’accès aux financements rendus disponibles par les marchés du carbone, rappelle l’institution dans un communiqué. Alain Bouithy
Les pays du bassin du Congo tracent une voie stratégique vers les marchés carbone grâce à des feuilles de route pour monétiser la richesse forestière

Six pays du bassin du Congo — Cameroun, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Guinée équatoriale, Gabon et République du Congo — travaillent à prendre des mesures audacieuses pour débloquer des paiements fondés sur les résultats et le financement climatique. Les feuilles de route stratégiques pour le marché du carbone et le financement climatique dans le secteur forestier des pays du bassin du Congo,nouvellement lancées et développées avec le soutien de la Banque mondiale, servent de plans pour transformer la vaste richesse forestière de la région en un moteur puissant de croissance résiliente au climat, de développement durable et d’emplois verts. Ces feuilles de route fournissent des plans spécifiques à chaque pays, pour aider les pays du bassin du Congo à haute forêt et faible déforestation (HFLD) à s’engager de manière crédible et efficace sur les marchés mondiaux du carbone, à mobiliser un financement basé sur les résultats et à transformer leurs actifs forestiers en moteurs de croissance résiliente face au climat. Adaptées à la préparation et au paysage institutionnel de chaque pays, les feuilles de route s’appuient sur les données fondamentales des Comptes écosystémiques forestiers et recommandations politiquespour le bassin du Congo pour créer un cadre complet alignant les objectifs nature et climatique avec les priorités nationales de développement. Dans le cadre des services analytiques et consultatifs (ASA) plus larges de la Banquemondiale pour le bassin du Congo, ces feuilles de route visent à transformer le récit du développement régional — passant d’une perte ou dégradation forestière à une croissance axée sur les forêts. « Les forêts du bassin du Congo offrent plus que la simple régulation climatique mondiale — elles représentent des actifs financiers essentiels et une opportunité de développement », a déclaré Chakib Jenane, directeur régional de la pratique de la Banque mondiale pour la région Afrique de l’Ouest et du Centre. « Ces feuilles de route constituent le lien crucial et montrent comment les pays peuvent convertir le capital naturel en investissements tangibles générant des revenus, des emplois et de la résilience pour les communautés locales. » Les feuilles de route appellent à une coordination institutionnelle renforcée, des mécanismes équitables de partage des bénéfices, ainsi qu’à des systèmes numériques robustes de Surveillance, Reporting et Vérification (MRV) alignés sur l’article 6 de l’Accord de Paris. Alors que des pays comme le Gabon, la République du Congo progressent avec des accords pilotes basés sur les résultats et des progrès REDD+, d’autres comme la Guinée équatoriale et la République centrafricaine en sont aux premiers stades de leur développement. Les opportunités abondent également en République démocratique du Congo et au Cameroun. Les feuilles de route mettent en lumière les lacunes et priorisent les actions clés qui permettront aux pays de tirer parti du potentiel des marchés du carbone et du financement climatique. « Les marchés du carbone peuvent changer la donne pour les pays du bassin du Congo — mais seulement si les conditions favorables sont en place », a déclaré Cheick Fantamady Kanté, directeur de division de la Banque mondiale pour le Cameroun, la République centrafricaine, la Guinée équatoriale, le Gabon et la République du Congo. « Ces feuilles de route stratégiques offrent un guide pratique de bout en bout pour que les gouvernements mettent en œuvre le financement carbone, en mettant l’accent sur la bonne gouvernance, l’engagement du secteur privé et les bénéfices pour les communautés locales. » Élaborées à travers de larges consultations des parties prenantes et ancrées dans des priorités nationales, ces feuilles de route aident les pays à : Ces feuilles de route climatiques pour les marchés du carbone représentent une convergence d’emplois, d’environnements et d’agendas économiques. BM