De survivant à champion mondial de la lutte contre le paludisme

Le paludisme est une maladie évitable qui fait encore plus d’un demi-million de victimes chaque année en Afrique , principalement des enfants de moins de cinq ans. La chercheuse ougandaise Krystal Birungi, elle-même survivante du paludisme, a consacré sa vie et sa profession à changer cette réalité. Krystal Mwesiga Birungi, scientifique ougandaise, défenseure de la lutte contre le paludisme et associée de recherche et de sensibilisation chez Target Malaria Uganda à l’Uganda Virus Research Institute (UVRI), a accompli une série de réalisations exceptionnelles qui reflètent son engagement de toute une vie pour éliminer le paludisme et protéger la vie des enfants à travers l’Afrique et au-delà. Son parcours est profondément personnel. Son enfance a été marquée par des crises de paludisme répétées et par la crainte que son jeune frère ne survive pas. « Ces premières années ont ancré en moi la conviction que le paludisme n’est pas seulement un défi scientifique, mais aussi une injustice morale et sociale », explique Birungi. Aujourd’hui, Krystal apporte cette double force d’expérience vécue et de rigueur scientifique aux initiatives qui façonnent l’avenir de la santé publique, de l’égalité et de la survie de l’enfant. Une voix sur la scène mondiale En 2025, Krystal a contribué par un essai percutant à « Espoir pour la vie sur notre planète : Inspiration pour sept générations », un recueil mondial de réflexions dirigé par Osvald Bjelland. Son essai, « Briser les chaînes : S’attaquer aux inégalités de santé publique dans la lutte contre le paludisme », a été lancé à Londres, accompagné de contributions de personnalités telles que Dame Jane Goodall et le pape François. Elle a utilisé son essai pour mettre en lumière le fardeau disproportionné du paludisme sur les femmes et les enfants africains, et pour plaider en faveur de l’équité et de l’investissement dans des innovations de pointe et des réformes politiques. Renforcer le leadership – localement et internationalement En septembre 2025, Krystal Birungi a été sélectionnée pour intégrer la promotion 2025-2026 du programme Leaders Afrique de la Fondation Obama . Parmi plus de 200 acteurs du changement mondial, elle fait partie des 35 Africains sélectionnés pour bénéficier d’une formation en leadership, engagement civique et collaboration intersectorielle. Krystal participe régulièrement à des missions de plaidoyer mondiales (notamment avec le Global Fund Advocates Network), sensibilisant les décideurs politiques, les donateurs et le public à la recherche, à la prévention et à l’équité en matière de paludisme. Le Fonds mondial , partenaire clé dans la lutte contre le paludisme, a indiqué en 2025 que son travail global (contre le VIH, la tuberculose et le paludisme) avait permis de sauver 70 millions de vies depuis sa création, avec une baisse de 63 % des taux de mortalité combinés. Le combat de Krystal pour la survie de l’Afrique La survie même de Krystal donne un sens aigu à son action en faveur des Africains. « En 2023, 94 % des cas de paludisme et 95 % des décès dus à cette maladie dans le monde se sont produits en Afrique. Je suis motivée chaque jour par les données et par les visages qui se cachent derrière, car chaque statistique représente l’enfant, l’ami ou la famille de quelqu’un », ajoute Birungi. Sur de nombreuses scènes internationales, Krystal a partagé un récit saisissant de ses souffrances d’enfance. Son frère était victime de convulsions dues au paludisme, sa famille était malade à répétition et ne pouvait pas se permettre d’acheter des médicaments vitaux. Cette histoire personnelle nourrit à la fois son empathie et sa détermination. Elle a contribué à expliquer des outils complexes tels que les moustiquaires à double insecticide, les répulsifs spatiaux, les nouvelles formulations de médicaments, les vaccins et les moustiques génétiquement modifiés, soulignant qu’aucun outil n’est suffisant et que l’implication de la communauté, le leadership national et les préoccupations en matière d’équité comptent à chaque étape du processus. En tant qu’entomologiste, Krystal réitère le rôle essentiel de la recherche en cours, de la compréhension du comportement des moustiques au développement d’outils de nouvelle génération pour soutenir et renforcer l’équité en santé publique. D’ici 2035, elle estime que le monde peut faire passer le paludisme d’une menace commune à une maladie gérable et largement évitable, grâce à des vaccins, de meilleurs outils, des systèmes de santé solides et une recherche axée sur l’équité. D’ici 2040, le rêve est d’éliminer complètement la maladie dans de nombreuses zones à forte prévalence, grâce à des technologies comme le lecteur génétique qui contribueront à stopper complètement la transmission. Krystal affirme que sa vision n’est pas seulement un optimisme scientifique, mais un appel à la responsabilité collective : les donateurs mondiaux, les gouvernements africains, les institutions de recherche et les communautés doivent investir, innover et diriger ensemble. AMA
L’influence significative et remarquable des femmes dans la lutte contre le paludisme

SANTE. Le paludisme est une maladie endémique qui menace l’ensemble de la population au Burkina Faso. Les plus vulnérables sont les femmes et les enfants, qui sont touchés par cette maladie de manière disproportionnée. Target Malaria est conscient du rôle déterminant des femmes et des jeunes dans la lutte contre le paludisme. En tant que principales dispensatrices de soins et groupe vulnérable, les femmes sont au cœur de notre stratégie. Dans le cadre de ses activités d’engagement des parties prenantes, Target Malaria vise à renforcer l’implication et l’éducation de ces groupes clés sur les méthodes actuelles de lutte antivectorielle, ainsi que sur les nouvelles technologies, comme les moustiques génétiquement modifiés. Cette approche inclusive assure une meilleure compréhension et adoption des outils innovants dans la lutte contre le paludisme. Selon le Ministère de la Santé du Burkina Faso, le paludisme est à l’origine de 43 % des consultations auprès d’un prestataire de santé, de plus de 60 % des hospitalisations et de 30 % des décès. En 2022, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a estimé à 8 millions le nombre de cas de paludisme et à 16 669 le nombre de décès liés à cette maladie dans ce pays. « Étant donné que la maladie ne fait pas de discrimination, ce sont les femmes qui portent le fardeau sociétal et économique du paludisme. Cette maladie se propage dans des situations d’extrême pauvreté, intensifiant de facto les difficultés et accentuant les inégalités existantes », déclare le Dr Léa Paré Toé, Coordinatrice chargée de l’Engagement des Parties Prenantes du programme Target Malaria Burkina Faso. Selon un rapport du RMB Partnership to End Malaria et Malaria no More intitulé « The case for investing in a gendered approach to the fight against malaria », des centaines de millions de femmes enceintes et d’enfants de moins de cinq ans sont particulièrement vulnérables au paludisme. Il convient de souligner que les enfants de moins de cinq ans représentent les deux tiers de tous les décès dus à cette maladie endémique. D’autres, en particulier les adolescentes, se heurtent aux nombreuses lacunes sexospécifiques dans la couverture des services de lutte contre le paludisme, ce qui a parfois des répercussions à vie. Target Malaria, un consortium de recherche à but non lucratif, est un pionnier dans l’utilisation de l’impulsion génétique, un mécanisme génétique naturel, visant à une modification génétique chez les moustiques qui transmettent le paludisme, biaisant de ce fait le taux d’hérédité tout en affectant leur capacité à se reproduire. Cette approche innovante promet d’être une méthode potentiellement durable et rentable pour réduire la population de moustiques du paludisme et, en fin de compte, mettre fin à la transmission du paludisme dans le futur. Selon le Dr Paré Toé, « les domaines de la science et de la recherche ont de plus en plus besoin des femmes et d’un engagement sans précédent auprès de celles-ci, des jeunes et des enfants au sein des communautés ». Elle ajoute que son rôle consiste principalement à impliquer les communautés locales de Bobo-Dioulasso et des villages de Bana et Souroukoudinga. « Notre équipe s’est focalisée sur les femmes et les jeunes, en mettant en exergue leur rôle essentiel dans la sensibilisation des populations au sujet des potentiels interventions et traitements actuels contre le paludisme ». Ces engagements comprennent l’organisation de réunions communautaires, d’ateliers éducatifs, de pièces de théâtre interactives et la participation à la série vidéo Voix du terrain – permettant aux membres de la communauté de partager leur expérience du paludisme et leurs impressions sur le travail de Target Malaria. Ces échanges visent à favoriser une meilleure compréhension du fonctionnement de la technologie de l’impulsion génétique et de son impact potentiel sur les communautés. Ces activités sont essentielles pour permettre aux équipes et aux communautés d’apprendre à se connaître, d’instaurer la confiance et de créer des canaux de communication réguliers. Problématique du genre dans la transmission et le traitement du paludisme « En matière de soins de santé, les femmes sont souvent les premières à intervenir dans leur famille, et les jeunes enfants sont ceux qui souffrent le plus des effets dévastateurs du paludisme », déclare le Dr Paré Toé. « La plupart du temps, les femmes, en particulier dans les communautés rurales et mal desservies, ont une autonomie et un accès aux ressources financières limités, ce qui peut restreindre leur capacité à obtenir des soins de santé adéquats en temps opportun. En outre, les normes sociétales et les responsabilités, telles que la garde des enfants et la gestion du foyer, augmentent leur vulnérabilité aux piqûres de moustiques, tôt le matin et tard le soir, lorsque les moustiques sont plus actifs », explique Krystal Birungi, Coordinatrice de l’Entomologie sur le Terrain – Target Malaria Ouganda. Par ailleurs, les femmes adultes ne sont pas les seules à s’occuper de leurs enfants. Les jeunes filles sont souvent tenues de s’occuper de leurs frères et sœurs malades, ce qui les empêche de poursuivre leurs études. “Au-delà de l’innovation scientifique, notre mission représente un engagement en faveur du co-développement, de l’excellence et de la responsabilité, en reconnaissant les contributions inestimables des femmes africaines dans la lutte contre le paludisme », ajoute le Dr Paré Toé. Imaginer un monde sans paludisme Selon le rapport « The Malaria Dividend » publié récemment à la demande de Malaria No More UK, un avenir sans paludisme aurait un impact considérable sur le développement des pays où la maladie est endémique. Il permettrait notamment d’alléger la charge de morbidité qui pèse sur les femmes et les enfants africains, et donc d’améliorer la santé des familles et des communautés. La baisse des taux de mortalité infantile permettrait à un plus grand nombre d’enfants de réaliser pleinement leur potentiel et contribuerait à une société plus équitable et bien formée, ainsi qu’à une économie florissante. Les femmes, débarrassées des effets dévastateurs du paludisme, pourraient participer pleinement à la vie active et à la vie en communauté, ce qui favoriserait la croissance économique et le développement. « Avec moins de ressources consacrées au traitement du
La conférence TED2024 sous le signe de la lutte contre le paludisme : le Professeur Diabaté dénonce le « prix de la pauvreté »

Abdoulaye Diabaté, chef du service d’Entomologie Médicale et de Parasitologie à l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé de Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso, et chercheur principal de Target Malaria Burkina Faso, a partagé son expérience du paludisme et sa détermination acharnée à l’éliminer. L’intervention du Professeur Diabaté a mis en exergue les effets dévastateurs du paludisme, singulièrement en Afrique, mettant ainsi l’accent sur le besoin urgent de solutions novatrices. “Le paludisme est intrinsèquement lié à la pauvreté. De ce fait, c’est vraiment lamentable d’être pauvre”, a déclaré le Professeur Diabaté, tout en évoquant ainsi la bataille qu’il mène contre cette maladie depuis son enfance. « Chaque année, 200 millions de cas sont enregistrés dans le monde et environ 600 000 personnes en meurent. Pour beaucoup, il est simplement question de statistiques, mais pour moi, c’est une histoire personnelle et tragique. La plupart de ces décès surviennent en Afrique, où les enfants et les femmes enceintes paient le plus lourd tribut.” Le professeur Diabaté a vécu une expérience sans précédent qui met en évidence l’impact profond du paludisme sur les individus et les familles, suscitant ainsi ses efforts inlassables pour éliminer la maladie. Target Malaria est un consortium international de recherche composé de scientifiques, d’équipes d’engagement des parties prenantes, de spécialistes de l’évaluation des risques et d’experts en communication et en réglementation. Ceux-ci sont basés en Afrique, en Amérique du Nord et en Europe et sont tous dévoués à la lutte contre le paludisme. En sa qualité de chercheur principal de Target Malaria au Burkina Faso, le Professeur Diabaté s’est appesanti sur les efforts de collaboration du consortium avec les pays gravement touchés par le paludisme en Afrique et leurs partenaires aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Italie. Il a mis en avant le potentiel de la technologie de l’impulsion génétique pour révolutionner la lutte contre le paludisme, tout en offrant une approche durable et économique dans la prévention de la maladie. Reconnaissant les défis et le scepticisme entourant la technologie de l’impulsion génétique, en Afrique, le Professeur Diabaté a souligné l’engagement de Target Malaria en faveur d’une participation transparente des parties prenantes et du renforcement des capacités, permettant ainsi aux scientifiques africains de jouer un rôle clé dans la lutte contre le paludisme. Target Malaria accorde la priorité à l’engagement du public tout au long du processus de recherche, en veillant à ce que les membres de la communauté jouent un rôle actif dans la conception, la mise en œuvre et les résultats de la recherche. Le consortium accorde une grande importance aux perspectives inestimables que les communautés et leurs dirigeants apportent à la table des négociations. “Nous ne séparons pas la recherche de la société. Une grande partie de notre travail consiste à favoriser une collaboration significative à chaque étape. Ce sont les personnes les plus touchées par la maladie et leurs opinions sont essentielles à la réussite de notre travail », ajoute-t-il. La stratégie d’engagement des parties prenantes fait appel à des spécialistes en sciences sociales, à des experts en communication et à des praticiens de l’engagement qui œuvrent à promouvoir le dialogue à tous les niveaux des parties prenantes. « En nous appuyant sur ces connaissances, nous adaptons une gamme d’outils de communication visant à transmettre efficacement des informations sur notre projet et sur les méthodes de prévention du paludisme. Notre approche garantit que les informations destinées à chaque public sont accessibles et pertinentes. Ce qui favorise par voie de conséquence, une prise de décision éclairée et une action concertée en vue de notre objectif commun d’élimination du paludisme », a-t-il déclaré. Revenant sur son expérience à TED2024, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme (25 avril), le Professeur Diabaté a exprimé toute sa gratitude pour la reconnaissance de ses actions sur la scène internationale. « Participer à la conférence TED a été une expérience très enrichissante. Cela témoigne de l’importance des efforts collectifs visant à se servir de l’ingéniosité humaine afin d’éliminer le paludisme et d’améliorer la santé mondiale. » Sa détermination à contribuer à une Afrique exempte du paludisme a été encore plus poignante. Le discours du Professeur Diabaté a mis en avant les compétences et l’expertise des scientifiques africains sur la scène internationale. Sa vision est porteuse d’espoir et son discours a suscité des conversations, inspirant le soutien à la technologie de l’impulsion génétique de Target Malaria et au développement d’une nouvelle génération de scientifiques africains.
L’Afrique face à une véritable tempête dans la lutte contre le paludisme : Les dirigeants appellent à l’action urgente et à de plus grands engagements de ressources
Son Excellence le Président Umaro Sissoco Embaló, président de l’Alliance des dirigeants africains contre le paludisme (ALMA), a annoncé samedi que l’Afrique se trouve au cœur d’une véritable tempête qui menace de perturber les services essentiels vitaux contre le paludisme. L’Afrique se trouve confrontée à des menaces grandissantes et au risque d’un regain d’incidence et de mortalité du paludisme. Les insuffisances budgétaires critiques des programmes de lutte contre le paludisme, liées au malaise financier qui continue de sévir dans le monde, l’impact du changement climatique, la résistance aux insecticides et aux médicaments et les situations humanitaires, suscitent des crises sans précédent qu’il importe de résoudre de toute urgence si l’on veut éviter une recrudescence du paludisme. « Si nous n’agissons pas dès maintenant, nous risquons de voir grimper la mortalité du paludisme, conséquence de l’insuffisance de fonds, de menaces biologiques et des perturbations climatiques », a déclaré Son Excellence le Président Embaló, dans un discours prononcé en son nom par Son Excellence Carlos Pinto Pereira, Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et des Communautés, République de Guinée-Bissau. Et d’ajouter : « La lutte contre le paludisme n’en offre pas moins une voie viable vers une approche pleinement intégrée, où chaque secteur contribue aux efforts d’établissement de systèmes de santé pérennes et résilients. » Dans le contexte des défis grandissants du développement mondial, dont le ralentissement économique global particulièrement ressenti en Afrique, l’accès à l’objectif d’élimination du paludisme et la résolution d’autres problèmes sanitaires, concernant notamment les maladies tropicales négligées, se trouvent confrontés à de nombreux obstacles. En dépit d’une ferme volonté politique et d’un solide arsenal d’interventions, les progrès vers l’élimination du paludisme sont en perte de vitesse. Le sixième rapport annuel sur les progrès de la lutte contre le paludisme en Afrique donne le ton pour les victoires clés afin de renverser la tendance contre le paludisme. Le rapport fait état d’un profond écart de ressources, en ce que les États membres se trouvent face à un déficit budgétaire chiffré à 1,5 milliard de dollars US à l’horizon 2026 pour maintenir seulement la couverture actuelle, inadéquate, des interventions essentielles contre le paludisme. Ce déficit, lié à la crise financière mondiale et au coût accru des produits essentiels requis pour contrer la menace de la résistance, pourrait donner lieu à un redoublement de la mortalité du paludisme, ramenant le spectre des pires scénarios redoutés au début de la pandémie de COVID-19. De plus, un financement annuel supplémentaire de 5,2 milliards de dollars US est nécessaire pour que le continent progresse vers l’élimination, en permettant la pleine mise en œuvre des plans stratégiques nationaux. Les États membres, en collaboration avec les partenaires multisectoriels nationaux et mondiaux, doivent agir rapidement pour combler ces déficits et financer entièrement les plans stratégiques nationaux contre le paludisme. Le rapport expose par ailleurs la vague montante de la menace que fait peser le changement climatique sur la santé, y compris le paludisme et les maladies tropicales négligées. Représentant 4 % à peine des émissions mondiales de carbone, l’Afrique subit un impact disproportionné de catastrophes liées au climat, telles que canicules, inondations et sécheresses, qui laissent aussi présager un regain du paludisme et d’autres maladies à transmission vectorielle sur le continent. Un programme intégré doit être adopté pour parer à ces menaces grandissantes. La lutte contre le paludisme est un modèle pionnier de renforcement des systèmes de santé, de préparation aux soins de santé primaires et aux pandémies et un excellent exemple concernant l’impact du changement climatique sur la santé. La communauté mondiale se doit d’accroître son soutien aux mesures d’atténuation et d’adaptation, non sans veiller tout à la fois à ce que l’Afrique relève le défi de plein front et contribue aux ressources supplémentaires requises pour vaincre, une fois pour toutes, la maladie. Le rapport reconnaît les investissements sur le long terme et les efforts héroïques déployés par les pays, les partenaires et les agents de santé communautaire, partout en Afrique, aux fins de la lutte contre le paludisme. Le continent africain n’en supporte pas moins toujours un gigantesque fardeau, à hauteur de 94 % de l’incidence totale du paludisme (233 millions de cas) et de 95 % de sa mortalité (580 000 décès). Les victimes le plus lourdement affectées par la maladie restent les enfants : environ 78 % de la mortalité totale du paludisme dans la région concernent les moins de cinq ans. « Les instruments de lutte existants ploient sous la menace de la résistance», a déclaré Son Excellence l’ambassadrice Minata Samate Cessouma, commissaire à la Santé, aux affaires humanitaires et au développement social auprès de la Commission de l’Union africaine. « Pour retrouver le bon cap, il nous faut ajouter de nouvelles armes à notre arsenal contre le paludisme. Côté positif, nous avons de quoi contrer efficacement ces menaces. » Et d’ajouter : « Ces nouveaux atouts sont plus efficaces mais ils coûtent plus cher. La fabrication locale et les efforts d’influence du marché par les États membres et les partenaires peuvent faire baisser certains coûts et rendre les produits abordables et accessibles, au profit ultime d’un plus grand impact. » Le Rapport d’étape 2023 de l’Union africaine sur le paludisme révèle quelques avancées positives contre le paludisme et sur d’autres plans sanitaires, à travers notamment le recours stratégique aux cartes de score de santé. L’utilisation des données aux fins d’une programmation en temps réel a entraîné nettement l’action, en termes de mobilisation de ressources, de formation, de mentorat, de stratégies d’approvisionnement pour résoudre les insuffisances de stock, ainsi que d’engagement communautaire accru dans plus de 40 pays d’Afrique. Ces données en temps réel et les outils de carte de score pour la redevabilité et l’action ont aidé les pays à gérer plus efficacement les goulots d’étranglement et à mieux entraîner l’action. Le rapport préconise un lancement accéléré des campagnes nationales « Zéro Palu ! Je m’engage » ; 29 pays ont d’ores et déjà adopté l’initiative. L’établissement de conseils et fonds nationaux multisectoriels pour l’élimination du paludisme est vital au plaidoyer, à l’action, à la mobilisation de ressources et à la redevabilité. Ces conseils ont déjà mobilisé l’équivalent de plus de 50 millions de dollars US en Afrique,
Afrique: le président Kenyatta, nouveau directeur de l’ALMA, définit ses priorités en matière de lutte contre le paludisme

Le président kényan Uhuru Kenyatta, qui a récemment été nommé président de l’Alliance des dirigeants africains contre le paludisme (ALMA), a annoncé les quatre priorités de son mandat de deux ans, avec pour objectif d’éliminer le paludisme sur le continent d’ici 2030. Ce programme révolutionnaire aborde les principaux défis de la lutte contre le paludisme, indique un communiqué parvenu à notre Rédaction. « Ces défis incluent l’engagement insuffisant des femmes, des enfants et des jeunes, un manque de financement de la part des secteurs privés, publics et nationaux, ainsi que la menace de la stagnation du financement des donateurs », souligne la même source. Lors d’une conférence de presse, le président Uhuru Kenyatta a déclaré que « bien que des progrès dans la lutte contre le paludisme aient été réalisés ces dix dernières années, nous devons éviter la complaisance et obtenir des ressources supplémentaires pour battre le paludisme et sauver des vies si nous voulons que l’Afrique du futur, telle qu’elle est définie dans l’Agenda 2063, devienne réalité. Par conséquent, nous avons défini quatre domaines d’action ambitieux qui établissent le programme pour mon mandat en tant que président de l’ALMA : 1. La numérisation et les données en temps réel La création d’une plateforme numérique pour offrir un accès en temps réel aux données liées au paludisme au niveau national améliorera les initiatives de prévention et d’élimination du paludisme. Un meilleur accès aux données facilitera la prise de décisions stratégiques et ciblera les ressources pour faire chuter le nombre de cas et de décès liés au paludisme. Cette innovation stimulera et mobilisera le secteur existant de la R&D et des technologies sur le continent africain. Cela améliorera également le partage et l’accès étendu aux Bilans Nationaux Responsabilité et Action, permettant ainsi aux citoyens de toutes les sphères d’activité et à tous les niveaux d’être conscients de leur situation concernant le paludisme et d’avoir les moyens d’agir. L’engagement auprès des blocs régionaux en Afrique Travailler avec huit blocs économiques régionaux pour engager un dialogue interactif avec les chefs d’État et de gouvernement afin de faire face aux principaux défis et proposer des solutions pour l’élimination du paludisme. Cela inclut l’utilisation de technologies innovantes pour mettre en place des bilans régionaux analysés et traités par les chefs d’État et de gouvernement afin de partager les enseignements tirés et les meilleures pratiques , ainsi que la création de prix d’excellence pour valoriser les bonnes performances au niveau régional. Fonds et comités pour l’élimination du paludisme La création d’au moins 15 nouveaux fonds et comités pour l’élimination du paludisme. Cela stimulera la sensibilisation et l’engagement multisectoriel de haut niveau sur le plan national tout en améliorant la mobilisation des ressources domestiques. Le « Groupe consultatif de la jeunesse » La création d’une « Armée de la jeunesse contre le paludisme » en travaillant avec de jeunes leaders sur l’ensemble du continent africain pour défendre la participation de la jeunesse et l’engagement de ressources pour l’élimination du paludisme. « L‘Armée de la jeunesse contre le paludisme » encouragera l’innovation, la recherche et le développement pour créer un groupe de partisans et de défenseurs de la lutte contre le paludisme. » « Les priorités de son Excellence le président Uhuru Kenyatta ont reçu le soutien immédiat de l’Union africaine. Nous savons que la réussite dans ces quatre domaines de priorité accélérera la marche vers l’élimination du paludisme en Afrique », a commenté son excellence Mme Amira El-Fadil, commissaire aux affaires sociales de la Commission de l’Union africaine. « Le leadership des chefs d’État et de gouvernement qui font de l’élimination du paludisme une priorité politique est essentiel à l’élimination du paludisme en une génération. Je pense que les quatre priorités du président Kenyatta, portées par l’innovation et un engagement accru de l’ensemble des parties prenantes, constituent la bonne approche. Cela garantit également que des nouvelles ressources soient disponibles et que d’avantage de communautés soient inclues dans ce mouvement contre le paludisme », a déclaré le Dr Abdourahmane Diallo, PDG de RBM Partnership to End Malaria. Le paludisme reste un défi de taille en Afrique. À lui seul, le continent représente 93 % des cas de paludisme et 94 % des décès liés au paludisme dans le monde. Il est urgent d’agir dans les 10 pays sévèrement touchés, qui sont responsables de 67 % des cas de paludisme dans le monde et 62 % des décès. Ces pays sont le Nigeria, La République Démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire, le Mozambique, le Niger, le Burkina Faso, le Mali, l’Angola et la Tanzanie. Avec CM