Mali : une crise politique et sécuritaire aggravée par la mise à l’écart du politique

TRIBUNE. La crise malienne, loin de se résumer à une simple lutte contre le terrorisme, révèle une recomposition profonde des équilibres politiques, sécuritaires et institutionnels. Pour en comprendre les ressorts, une distinction essentielle s’impose. D’un côté, les groupes jihadistes, tels que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda, poursuivent un projet idéologique fondé sur la violence et doivent être combattus sans ambiguïté. De l’autre, les acteurs liés à la question de l’Azawad, historiquement engagés dans des revendications politiques et territoriales, inscrites dans le cadre de l’Accord d’Alger. Confondre ces deux dynamiques constitue une erreur d’analyse majeure. Un basculement depuis les coups d’État : Le Mali a connu une rupture institutionnelle avec le coup d’État du 18 août 2020, suivi d’un second le 24 mai 2021, consolidant l’arrivée au pouvoir du colonel Assimi Goïta. Ces événements ont marqué une confiscation du pouvoir politique par les militaires, interrompant un processus démocratique déjà fragile. Pour de nombreux observateurs, il s’agit d’une victoire confisquée au peuple malien, dont les aspirations à une gouvernance démocratique ont été mises entre parenthèses. L’effacement progressif du politique: Depuis lors, la classe politique a été progressivement écartée de la gestion du pays et des conflits. Les partis politiques, les organisations de la société civile et les acteurs du débat public ont vu leur rôle réduit, puis marginalisé. Ce processus a culminé avec des décisions particulièrement marquantes : Ces mesures ont profondément restreint l’espace démocratique et supprimé les cadres traditionnels de médiation. Or, dans un contexte de crise, l’absence de relais politiques favorise mécaniquement la montée des logiques de confrontation. Des alliances opportunistes sur fond de vide politique Dans ce contexte, les alliances observées sur le terrain — y compris des rapprochements ponctuels entre groupes rebelles et jihadistes — ne sont pas fortuites. Elles s’inscrivent dans une dynamique où l’absence de cadre politique structurant laisse place à des convergences opportunistes. Ces alliances ne sont pas la cause de la crise, mais bien le symptôme d’un déséquilibre plus profond. Un isolement régional et international croissant Parallèlement, le Mali s’est progressivement isolé sur la scène régionale et internationale. Les relations avec la CEDEAO se sont fortement dégradées, aboutissant leur retrait de cette institution régionale, et à des tensions durables avec plusieurs États de la sous-région. Sur le plan international, la rupture avec certains partenaires traditionnels a réduit les capacités de coopération et les marges de manœuvre diplomatiques. Le recours controversé aux mercenaires russes: Dans ce contexte d’isolement, les autorités maliennes ont fait le choix de recourir à des acteurs sécuritaires russes, notamment le groupe Wagner, remplacé par Africa Corps. Présenté comme une alternative stratégique, ce partenariat soulève de nombreuses critiques : Loin de stabiliser la situation, ce choix a contribué à accentuer les tensions et à dégrader davantage l’image du Mali sur la scène internationale. Une crise aggravée, des libertés en recul : La militarisation de la gestion de la crise n’a pas permis d’améliorer durablement la situation sécuritaire. Parallèlement, les restrictions des libertés publiques se sont multipliées :-Réduction au silence des voix critiques Ces évolutions traduisent un recul préoccupant des principes démocratiques et justifient en grande partie la situation sécuritaire actuelle. Une sortie de crise nécessairement politique : Face à une crise multidimensionnelle, une réponse exclusivement militaire apparaît insuffisante. La stabilisation du Mali passe par : Le retour à un ordre constitutionnel légitime apparaît aujourd’hui comme une condition essentielle pour espérer une sortie de crise durable. Par Paraclet Milos HEMILEMBOLO Secrétaire national chargé des relations internationales de la Convergence Citoyenne.